Critique Judy

Judy
Judy, biopic académique dans tous les sens du terme, théâtral et empesé, et conçu, voire complètement formaté pour plaire aux membres de l'Académie des Oscars, n'a pas manqué sa cible, puisque Renée Zellweger, elle-même sur le retour, a ramené...

Verdict Note : Maladroit sur de nombreux points. Maladroit sur de nombreux points.

Par David Speranski

Critique du Film

De la petite fille prodige à la star déchue, Judy Garland est restée pour l'ensemble des spectateurs un mythe, classée 8ème parmi les actrices de légende par l'American Film Institute. Il est en effet rare de voir plus bel exemple d'un destin brisé à la courbe inéluctablement descendante, après avoir tutoyé les plus hauts sommets. Il n'est donc guère étonnant qu'Hollywood, après avoir façonné cette étoile et l'avoir plus ou moins détruite, s'en soit emparée pour en constituer un biopic, de manière à ce que la boucle soit bouclée. Judy, biopic académique dans tous les sens du terme, théâtral et empesé, et conçu, voire complètement formaté pour plaire aux membres de l'Académie des Oscars, n'a pas manqué sa cible, puisque Renée Zellweger, elle-même sur le retour, a ramené l'Oscar de la meilleure actrice, de la fameuse cérémonie.  

Judy, biopic académique dans tous les sens du terme, théâtral et empesé, et conçu, voire complètement formaté pour plaire aux membres de l'Académie des Oscars, n'a pas manqué sa cible, puisque Renée Zellweger, elle-même sur le retour, a ramené l'Oscar de la meilleure actrice, de la fameuse cérémonie.

Lors de l'hiver 1968, Judy Garland débarque à Londres pour donner un récital à guichets fermés au Talk of The Town. Fatiguée, au bout du rouleau, elle s'égare entre ses amours désespérément perdues d'avance, ses contraintes professionnelles qui l'épuisent, ses enfants qui l'attendent...Comment va-t-elle s'en sortir?

"Be a clown,
Be a clown,
All the world loves a clown
Act the fool, play the calf
And you'll always have the last laugh", entendait-on dans Le Pirate de Vincente Minnelli. C'était Judy (avec Gene Kelly) qui claironnait cet hymne à la joie. Mais dans Judy, le film, il n'y a plus vraiment matière à rire. C'est le drame d'une inéluctable déchéance. Adaptant la comédie musicale End of the Rainbow de Peter Quilter, Rupert Goold, surtout spécialisé dans les mises en scène de théâtre, a choisi de se concentrer sur la dernière année de la vie de Judy Garland, lorsque tout était déjà joué d'avance, et que Judy, à 47 ans, en faisait largement dix de plus. Or, un vrai auteur aurait pu explorer bien des pistes dans un projet de biopic sur Judy Garland: l'enfance et l'adolescence, pleines de promesses, la manière dont les vices vont avoir raison de l'édifice de la star, etc. Non, Rupert Goold préfère se focaliser sur la déchéance et la mort qui guette. C'eût été un beau sujet mais il eût fallu un Cassavetes pour le dramatiser suffisamment. D'une certaine manière, Cassavetes a tourné ce biopic de Judy Garland, même si aucune chanson n'y figure. Il s'intitule Opening night, emporté au-delà des conventions par une Gena Rowlands en état de grâce. Ce n'est pas faire injure à Renée Zellweger que d'énoncer qu'elle remplit son cahier des charges, sans pour autant le transcender, en étant figée derrière son masque de femme vieillissante. Anne Hathaway, peut-être trop jeune pour le rôle, aurait été un choix plus risqué mais bien plus passionnant. Zellweger incarne parfaitement Judy Garland mais rien ne dépasse, tout résidant dans la posture de la chanteuse en survie. En effet, Zellweger possède l'âge du rôle (50 ans) et en plus, un passé professionnel et privé en phase avec le personnage de Judy Garland, ayant eu un passé glorieux (ex-Bridget Jones) et se trouvant en quête de rédemption/résurrection.

Mais malheureusement, rien ne transparaît vraiment dans son interprétation qui empile cliché sur cliché, en oubliant de nous procurer le simple frisson de la vie. A côté d'elle, Jessie Buckley, toujours remarquable après Wild Rose ou Chernobyl, existe véritablement en assistante dévouée. C'est presque la seule à émerger d'un torrent de clichés sur les amants et producteurs de la fantasque Judy. Signalons quand même la prometteuse Darci Shaw qui ouvre le film en Judy Garland jeune et laisse imaginer ce que le film aurait pu devenir s'il s'était focalisé sur la première partie de la carrière de Judy Garland, un tout autre film, bien plus beau, de l'autre côté de l'arc-en-ciel, over the rainbow. Ce film existe en pointillés dans les deux ou trois scènes confiées à Darci Shaw car il eût été plus intéressant de montrer comment Judy Garland a sombré, que de la voir, ayant déjà sombré. Darci Shaw en enfant blessée, en adulte flétrie, cela aurait donné sur les écrans un film bien plus fascinant. On peut donc regretter a posteriori que Zellweger ait raflé tous les prix d'interprétation féminine, ne laissant aucune miette à ses compétitrices, alors que Scarlett Johansson (Marriage Story) ou Saiorse Ronan (Les Filles du Docteur March) manifestaient plus de vitalité, de justesse et d'émotion, même si leurs rôles paraissaient moins ambitieux sur le papier. On rappelle souvent que le cinéma, c'est la mort au travail, en oubliant trop facilement le mot travail, qui signifie implicitement lutte, conflit, résistance. Dans Judy, l'actrice-chanteuse a déjà baissé les bras et n'étonnera personne, lorsqu'elle finira par s'écrouler sur scène. A côté de ce biopic inerte, A Star is born de Bradley Cooper, bien qu'imparfait et cédant à des facilités, paraît presque être un chef-d'oeuvre, car il parvient à faire ressentir le phénomène de vases communicants des succès et des échecs. Un vrai biopic sur Judy Garland reste encore à réaliser...D'une certaine manière, en plus du film de Cassavetes qui en serait une version inversée et triomphale, ce biopic a déjà été réalisé, elle y jouait même, c'était Une Etoile est née de George Cukor, sommet dramatique de sa carrière, où elle voyait se refléter en elle le spectre de la déchéance de Norman Maine.

Informations

Détails du Film Judy
Origine Etats Unis Signalétique Tous Publics
Catégorie Film Genre Drame
Version Cinéma Durée 118 '
Sortie 26/02/2020 Reprise -
Réalisateur Rupert Goold Compositeur Gabriel Yared
Casting Rufus Sewell - Renée Zellweger - Finn Wittrock - Jessie Buckley
Synopsis Hiver 1968. La légendaire Judy Garland débarque à Londres pour se produire à guichets fermés au Talk of the Town. Cela fait trente ans déjà qu’elle est devenue une star planétaire grâce au Magicien d’Oz. Judy a débuté son travail d’artiste à l’âge de deux ans, cela fait maintenant plus de quatre décennies qu’elle chante pour gagner sa vie. Elle est épuisée. Alors qu’elle se prépare pour le spectacle, qu’elle se bat avec son agent, charme les musiciens et évoque ses souvenirs entre amis ; sa vivacité et sa générosité séduisent son entourage. Hantée par une enfance sacrifiée pour Hollywood, elle aspire à rentrer chez elle et à consacrer du temps à ses enfants. Aura-t-elle seulement la force d’aller de l’avant ?

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