Critique Mickey and the bear

Mickey and the bear
Un moment doux-amer, un portrait fille-père qui vise juste, un conte irrésistible sur l'émancipation. Un récit d'une force intime bouleversante.

Verdict Note : Un très bon moment en perspective. Un très bon moment en perspective.

Par Justine VIGNAL

Critique du Film

Celui qui reste

Énième pépite soutenue par l'ACID, Mickey and the bear a fait sensation au 72ème Festival de Cannes. En effet, le premier long-métrage d'Annabelle Attanasio a attisé l'intérêt, dont celui de Leonardo DiCaprio en personne ! Entre les montées de tapis rouge, l'acteur a pris le temps pour se faufiler incognito à une projection de ce récit d'apprentissage, raison suffisante pour susciter la curiosité. Sélectionné dans plus de 7 festivals, dont 6 nominations au Festival de Deauville, Mickey and the bear s’enracine dans le plus beau terreau du cinéma américain indépendant, celui de la sensibilité plus vraie que nature.

Un moment doux-amer, un portrait fille-père qui vise juste, un conte irrésistible sur l'émancipation de la jeunesse. Un récit d'une force intime bouleversante.

Une situation originale mais pas si atypique pour une partie de l'Amérique : une fille doit s'occuper de son père accro aux opiacés. Mickey, c'est la fille ultra-responsable pour compenser l'incapable The Bear, un père ravagé par son stress post-traumatique de guerre. Un récit réalistico-onirique sur une relation fille-père inhabituelle.

Un délicieux mélange entre l'émotivité de Leave no trace (en plus rythmé) et l'épopée intérieure et féminine de Take me somewhere nice.

En substance, Mickey and the bear évoque un délicieux mélange entre l'émotivité de Leave no trace (en plus frontal et plus rythmé) et l'épopée intérieure et féminine de Take me somewhere nice avec en bonus une belle critique de l'Amérique. Si au premier abord, il serait facile de qualifier ce récit d’académique à cause de certaines impressions de  "déjà-vu" relatives au genre dans lequel il s'inscrit. Somme toute, l’originalité se retrouve dans des fulgurances inhérentes à son caractère de film de femme. Notamment, le choix de point de vue, celui de la jeune femme, marque forcément l'esprit car rarement adopté ouvertement pour ce style de film d'auteur.

Nous suivons un duo fusionnel (et proche de la combustion spontanée) dans ce qu'il y a de plus complexe à rendre sensible cinématographiquement et pourtant de plus simple à appréhender : la quotidienneté. Ici, les sensations de Mickey deviennent nôtres, et nous avons autant de mal qu'elle à gérer les aléas psychologiques de son père. Sur ce point, le travail de mise en scène d'Attanasio est remarquable, surtout certaines scènes en huis clos dans lesquelles l'univers du couple fille-père semble au bord de l'implosion. On comprend la tendresse qu'ils se portent et leurs adversités en un regard.

La dimension chargée et impulsive du père nous met en tension constante. Et la progressivité de toute l'orchestration filmique, particulièrement celle du montage, amène assez naturellement à des instants hors du commun. Comme des gestes et des réflexions déplacés provenant du père, lesquels, en s'accumulant, atteignent notre propre individualité. Celle de Mickey se voit écorchée vive, lorsque son père la confond avec sa propre mère décédée. Une scène d'une rare violence.

Des gestes habituels sont capturés avec précision, leurs interactions et dialogues intérieurs deviennent palpables grâce au jeu des acteurs extrêmement juste. Le premier rôle de Camila Morrone s'ancre comme un rôle dramatique important qu'elle incarne avec intelligence et grand cœur. Toute sa prestation se perçoit comme bluffante de naturel. Ce genre d'interprétation redonne une valeur à l'expression "une étoile est née". 

En creux, le film soulève des réflexions nécessaires sur l'envers de l'American Dream et de ses laissés-pour-compte. Attanasio n'hésite pas à prendre les problématiques liés à son sujet à bras-le-corps : les armes, les séquelles des soldats, la maladie psychiatrique, la figure de virilté, l'héritage famillial... Et l'intéret de Mickey and the bear demeure dans l'adaptabilité de ses réflexions, on pourrait les déplacer en France ou 20 ans auparavant et le résultat fonctionnerait tout autant.

Un questionnement amené avec sagesse ressort en particulier : jusqu'où prendre sur soi pour ceux que l'on aime? L'attrait de Mickey and the bear consiste aussi dans la justesse de son propos et son non-manichéisme. Qui est le méchant de l'histoire? Le père irresponsable? Il a ses raisons, pouvons-nous réellement le blâmer? Et la fille? Doit-elle rester pour s'occuper de son père?

De par son sujet et des enjeux qui en découlent, Mickey and the bear ne représentait pas un film facile à réaliser. Sur certains points, on peut même le considérer comme un défi, tant sur le plan de sa production que de la caractérisation risquée des personnages. Le défi a été remporté à partir du moment où notre empathie mord à l'hameçon, c'est-à-dire, dès les premiers instants. Un moment doux-amer, un portrait fille-père qui vise juste, un conte cinématographique irrésistible sur l'émancipation. Un récit d'une force intime bouleversante.

Informations

Détails du Film Mickey and the bear
Origine Etats Unis Signalétique Tous Publics
Catégorie Film Genre Drame - Tranche de Vie
Version Cinéma Durée 89 '
Sortie 12/02/2020 Reprise 12/02/2020
Réalisateur Annabelle Attanasio Compositeur
Casting James Badge Dale - Camila Morrone
Synopsis Mickey Peck, une adolescente du Montana, a la lourde responsabilité de s'occuper de son père, un vétéran accro aux opiacés. Quand l'opportunité se présente de quitter pour de bon le foyer, elle fait face à un choix impossible...

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