Critique Jojo Rabbit

Jojo Rabbit
Bien que souhaitant marcher sur les empreintes laissées par Le Dictateur de Chaplin ou To be or not to be de Lubitsch, Jojo Rabbit demeure essentiellement une agréable comédie, bien interprétée et mise en scène, qui se laisse voir sans déplaisir,...

Verdict Note : Intéressant dans son ensemble. Intéressant dans son ensemble.

Par David Speranski

Critique du Film

Précédé de rumeurs flatteuses et du Prix du Public au Festival de Toronto, Jojo Rabbit débarque enfin sur nos écrans. Cette satire de l'Allemagne nazie part d'un postulat pour le moins original : durant la Seconde Guerre Mondiale, un gamin allemand de dix ans s'est inventé un ami imaginaire sous les traits d'Adolf Hitler et adopte donc sans le savoir les tenants et les aboutissants de la doctrine nazie. Le film est donc raconté du point de vue provocateur d'un gamin nazi. Taika Waititi qui s'était surtout illustré, après quelques films indépendants, dans le blockbuster Thor Ragnarök, endosse le rôle de l'ami imaginaire et parvient à imprimer un rythme réjouissant de comédie à sa satire. Néanmoins, Waititi échoue quelque peu à dépasser les limites de son pitch alléchant dans une œuvre qui manque peut-être de souffle et d'ampleur pour marquer définitivement les esprits.  

Bien que souhaitant marcher sur les empreintes laissées par Le Dictateur de Chaplin ou To be or not to be de Lubitsch, Jojo Rabbit demeure essentiellement une agréable comédie, bien interprétée et mise en scène, qui se laisse voir sans déplaisir, si on n'exige pas d'un film d'explorer les tréfonds de la conscience.

Sous le Troisième Reich, Jojo, gamin allemand solitaire, se trouve isolé et martyrisé par rapport aux autres enfants. Il s'est inventé un ami imaginaire qui a pris l'apparence d'Adolf Hitler. Totalement endoctriné, il ne voit pas le mal qui pourrait exister dans le nazisme, jusqu'à ce qu'il découvre que sa mère cache dans sa maison une jeune fille juive... 

Même si Jojo Rabbit possède un protagoniste enfant, ce film n'est pas vraiment pour les enfants puisqu'il repose sur un postulat assez affreux mais véridique lorsqu'on y réfléchit : pendant la Seconde Guerre Mondiale, les très jeunes Allemands ont tous sans exception été nazis, car leur lavage de cerveau a commencé au berceau. Partant de ce postulat, Waititi en tire un effet de contraste saisissant par le hors-champ qu'il présuppose, les exactions et autres horreurs commises par les soldats nazis. Tout va donc pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles dans la fiction de Jojo Rabbit, un monde aux dimensions d'un cerveau d'enfant qui ne peut concevoir le Mal. En ce sens, la première partie du film, montrant les rouages du nazisme comme une pitoyable et sordide bureaucratie, s'avère assez efficace, en tant que comédie pure, bien aidée par une Scarlett Johansson, dont on oublie trop souvent qu'elle est aussi éblouissante dans la comédie que le drame, ayant fait ses classes chez Woody Allen. Sans aller jusqu'à des accusations manifestement excessives de négationnisme, on peut certes regretter que le film n'interroge pas les rapports que l'enfance peut entretenir avec le Mal, ou ne montre ou ne suggère pas réellement les dangers effectifs et toujours vivaces de l'idéologie fasciste, en essayant d'en tirer des conclusions, enfermant au contraire le jeune Jojo dans la tour d'ivoire de son imaginaire. Etrangement, bien que étiquetée comme comédie, ce film n'est que relativement drôle, les saynètes mettant en scène Hitler (interprété par Waititi lui-même) tombant souvent à plat, hormis la séquence de fouille de la maison par la Gestapo avec son avalanche de "Heil Hitler". Le film trouve plutôt son rythme quand il aborde les rivages de la comédie romantique à la Wes Anderson (Moonrise Kingdom), grâce à Thomasin McKenzie, lumineuse de présence, qu'on a grand plaisir à retrouver après Leave no trace, (l'avenir du cinéma lui appartient peut-être) et surtout ceux du drame, avec les personnages de la mère et du commandant K. (Sam Rockwell) qui acquièrent sur la fin une profondeur inattendue.  

Là où le bât blesse surtout, c'est que Jojo Rabbit ne parvient pas à dépasser les limites de son pitch prometteur : la relation avec l'ami imaginaire, copie conforme d'Hitler, demeure assez superficielle, tandis que le retournement de conscience attendu, suite à la découverte d'Elsa, la jeune juive, ne provoque pas le choc dramatique que l'on aurait pu espérer. En mère apprenant l'ouverture d'esprit et la tolérance, Scarlett Johannson se montre néanmoins encore une fois absolument impeccable. Bien que souhaitant marcher sur les empreintes laissées par Le Dictateur de Chaplin ou To be or not to be de Lubitsch, Jojo Rabbit demeure essentiellement une agréable comédie, bien interprétée et mise en scène, qui se laisse voir sans déplaisir, si on n'exige pas d'un film d'explorer les tréfonds de la conscience. Enfin, cerise sur le gâteau, le film se clôt sur la version allemande de Heroes, Helden, le titre culte de David Bowie et Brian Eno, dans un moment de simili-comédie musicale qui laisse entrevoir les sommets que le film aurait pu atteindre. 

Informations

Détails du Film Jojo Rabbit
Origine Etats Unis Signalétique Tous Publics
Catégorie Film Genre Comédie Dramatique - Guerre
Version Cinéma Durée 108 '
Sortie 29/01/2020 Reprise -
Réalisateur Taika Waititi Compositeur Michael Giacchino
Casting Scarlett Johansson - Sam Rockwell - Rebel Wilson - Taika Waititi - Thomasin Harcourt McKenzie
Synopsis Jojo est un petit allemand solitaire. Sa vision du monde est mise à l’épreuve quand il découvre que sa mère cache une jeune fille juive dans leur grenier. Avec la seule aide de son ami aussi grotesque qu'imaginaire, Adolf Hitler, Jojo va devoir faire face à son nationalisme aveugle.

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