Critique Voyage à deux (Two For The Road)

Voyage à deux
A l'heure où les personnes ne font plus réellement d'efforts pour vivre ensemble, et où les relations se délitent en ayant à peine commencé, Voyage à deux représente un message d'espoir pour ceux qui souhaitent faire durer leur couple.

Verdict Note : Exceptionnel ! Exceptionnel !

Par David Speranski

Critique du Film

On se souvient surtout aujourd'hui des comédies musicales de Stanley Donen, celles coréalisées avec Gene Kelly (Un Jour à New York, l'illustrissime Chantons sous la pluie, Beau fixe sur New York) et celles mettant en scène Fred Astaire (Mariage Royal, Drôle de frimousse). On a peut-être un peu tort de négliger les films de sa deuxième période, où abandonnant la comédie musicale, passée de mode, il s'est reconverti dans la comédie dramatique et/ou l'intrigue policière (Indiscret, Charade, Arabesque). Voyage à deux, réalisé en 1967, représente sans doute l'apogée de cette deuxième partie de carrière et peut-être de son œuvre tout entière. Ressorti dans une très belle édition collector chez Wild Side, le film, un peu méconnu, mérite a minima de figurer parmi les fleurons de son auteur, voire comme le meilleur film qu'il a pu réaliser. Ce sont un peu les derniers feux de l'Age d'Or d'Hollywood, avant le Nouvel Hollywood, et surtout l'un des derniers témoignages de la beauté irradiante d'Audrey Hepburn, avant qu'elle n'arrête provisoirement sa carrière. 

A l'heure où les personnes ne font plus réellement d'efforts pour vivre ensemble, et où les relations se délitent en ayant à peine commencé, Voyage à deux représente un message d'espoir pour ceux qui souhaitent faire durer leur couple.

Mark et Joanna Wallace ont l'habitude de passer leurs vacances d'été sur la Côte d'Azur en France. C'est là que tout a commencé pour eux, où ils se sont rencontrés, se sont aimés en partant sur les routes en faisant de l'auto-stop, se sont aimés, sont revenus avec un couple d'amis en voiture, sont revenus à nouveau avec leur fille, puis ensemble sans leur fille, le temps ayant passé...L'histoire d'un couple racontée de manière fragmentée, à coups audacieux de juxtapositions temporelles, à travers leurs joies et leurs désillusions. 

Stanley Donen n'est jamais meilleur que lorsqu'il a un collaborateur qui coécrit avec lui ses films et le pousse dans les infimes retranchements de son talent. C'était le cas avec Gene Kelly avec les chefs-d'oeuvre que l'on a déjà cités ; c'est bien évidemment le cas sur Voyage à deux, où le scénario de Frédéric Raphael se montre absolument essentiel à la réussite du film. La thématique du couple à la dérive n'est pas nouvelle mais s'est renouvelée via Antonioni (L'Avventura, La Nuit, L'Eclipse). Il faudrait même remonter jusqu'à Voyage en Italie de Roberto Rossellini pour trouver l'influence lointaine de Voyage à deux : un homme et une femme qui se sont aimés et ne parvenant plus à se retrouver, partent sur la route en voiture. Néanmoins Voyage à deux n'est pas un film existentiel jusqu'à l'outrance et demeure drôle, faussement léger et irrésistiblement jubilatoire. La Nouvelle Vague est passée par là : Donen s'inspire ouvertement de la rapidité d'un Truffaut (Jules et Jim), de l'aspect ensoleillé du Mépris, de Pierrot le Fou ou de La Collectionneuse. Un drame se joue sous nos yeux mais il est presque dissimulé derrière un soleil écrasant, illuminant tous les paysages de la French Riviera. 

Pourtant la plus grande influence du film n'est ni Truffaut ni Godard ou Rohmer, mais un auteur contemporain de la Nouvelle Vague, sans y avoir réellement appartenu, Alain Resnais. Car la caractéristique principale de Voyage à deux réside dans sa déconstruction chronologique. L'histoire du couple est racontée mais dans le désordre, mélangeant cinq époques différentes de leur vie : la rencontre et les premiers temps de l'amour, le retour avec un autre couple, le retour sans enfant, les vacances avec enfant, le temps de la maturité difficile à accepter. Ce faisant, nous ne sommes pas très éloignés du temps déchronologique des films de Resnais (Hiroshima mon amour, Marienbad ou surtout Je t'aime, je t'aime, que Voyage à deux précède d'une année, et auquel il aurait parfaitement pu emprunter son titre).

Ressorti dans une très belle édition collector chez Wild Side, le film, un peu méconnu, mérite a minima de figurer parmi les fleurons de son auteur, voire comme le meilleur film qu'il a pu réaliser.

Car on aurait pu croire que Voyage à deux serait une Autopsie d'un amour, pour paraphraser le titre du film de Preminger. Le début du film, entre vacheries sur le couple et mélancolie poisseuse, peut y faire penser. Le film commence ainsi par cet échange dévastateur : "- Ils n'ont pas l'air heureux. - Il y a de quoi. Ils viennent de se marier. "  Ce ne sera pas le dernier échange de réparties de ce style : "Qu'est ce qui ne se dit rien, en restant assis en face l'un de l'autre. - Un couple marié. " Ou encore " Le sexe, c'est au moment où l'on peut le plus en profiter que cela finit par perdre tout son intérêt. " Pourtant Voyage à deux ne se contente pas de montrer les aspects négatifs du mariage, c'eût été trop facile. Il va au contraire ménager un subtil équilibre entre les moments de romantisme, de bonheur et d'exaltation et ceux de tristesse, de désillusions, de souffrance cruelle. Pour cela, Stanley Donen est bien assisté par des Stradivarius du jeu, Albert Finney, excellent dans son rôle d'architecte un peu mufle, et surtout la divine Audrey Hepburn qui livre dans Voyage à deux l'une de ses meilleures interprétations en femme blessée. Paradoxalement, le fait qu'elle ne soit pas, en dépit de sa silhouette longiligne et de ses jambes proches de la perfection,  parfaitement crédible dans les flash-backs de jouvencelle de 20 ans, (elle en avait 38 au moment du tournage) ne joue pas contre le film mais fait réfléchir sur le temps qui passe. On a sans doute rarement montré aussi bien la beauté physique d'Audrey Hepburn qui n'a jamais paru aussi grande à l'écran, ce qui n'est pas l'un des moindres atouts du film. 

Voyage à deux n'est pas une démolition en règle de l'institution du mariage mais au contraire montre comment le faire survivre et durer, en dépit d'infidélités (plus tolérée ici du côté du mari que de l'épouse, seul aspect un peu daté du film) ou de l'ennui qui s'infiltre sans crier gare dans la relation. A l'heure où les personnes ne font plus réellement d'efforts pour vivre ensemble, et où les relations se délitent en ayant à peine commencé, Voyage à deux représente un message d'espoir pour ceux qui souhaitent faire durer leur couple. Il suffit pour cela d'entendre Stanley Donen raconter dans le commentaire audio du film comment des dizaines de couples l'ont remercié pour avoir aussi bien décrit l'histoire d'un mariage au quotidien. 

Informations

Détails du Film Voyage à deux (Two For The Road)
Origine Etats Unis Signalétique Tous Publics
Catégorie Film Genre Drame
Version Cinéma Durée 101 '
Sortie 20/09/1967 Reprise -
Réalisateur Stanley Donen Compositeur Henry Mancini
Casting Albert Finney - Claude Dauphin - Audrey Hepburn - Eleanor Bron - William Daniels - Gabrielle Middleton
Synopsis En douze ans, Mark Wallace et son épouse Joanna ont effectué trois fois la route qui relie Londres au Midi de la France. Mais entre d'une part le joyeux périple où Mark la rencontra, l'aima, la séduisit, et d'autre part le morne voyage d'un couple usé par l'habitude et l'incompréhension, seuls les paysages sont restés les mêmes...

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