Critique 1917

1917
Pour traiter ce sujet de la vacuité de toute guerre, Sam Mendes a choisi la technique du plan-séquence dans le cadre d'un dispositif d'immersion. Or, il faut bien le reconnaître, la technique du film est absolument éblouissante, reliant de manière...

Verdict Note : Intéressant dans son ensemble. Intéressant dans son ensemble.

Par David Speranski

Critique du Film

Le film de guerre a connu bien des avatars et demeure presque un passage obligé pour tout metteur en scène qui se voudrait tous terrains. La guerre du Vietnam a connu ses chantres : Coppola (Apocalypse Now), Cimino (Voyage au bout de l'enfer), Oliver Stone (Platoon), Kubrick (Full Metal Jacket), De Palma (Outrages). Certains autres se sont focalisés sur la Seconde Guerre Mondiale : John Ford (Les Sacrifiés), Spielberg (Il faut sauver le soldat Ryan), Eastwood (Mémoires de nos pères, Lettres d'Iwo Jima), Tarantino (Inglourious Basterds), Christopher Nolan (Dunkerque). Enfin d'autres ont préféré rendre compte de la Première Guerre Mondiale : Kubrick (Les Sentiers de la gloire), Dupontel (Au revoir là-haut), James Gray (The Lost City of Z.). C'est au tour de Sam Mendes de livrer son film de guerre, 1917, pour lequel il a eu l'idée de tourner en (faux) unique plan-séquence, essayant de mettre le spectateur en situation d'immersion totale.  

Pour traiter ce sujet de la vacuité de toute guerre, Sam Mendes a choisi la technique du plan-séquence dans le cadre d'un dispositif d'immersion. Or, il faut bien le reconnaître, la technique du film est absolument éblouissante, reliant de manière presque imperceptible des plans-séquences parfaitement conçus.

Le 6 avril 1917, deux jeunes soldats britanniques, Blake et Schofield, écopent d'une mission-suicide, rejoindre le reste de leur armée au-delà des lignes ennemis, afin de remettre un message pour empêcher un assaut qui se révélerait désastreux. Leur mission s'avère d'autant plus dramatique que, parmi les soldats de l'armée qu'ils doivent rejoindre, se trouve le frère de Blake...

Pour traiter ce sujet de la vacuité de toute guerre, Sam Mendes a choisi la technique du plan-séquence dans le cadre d'un dispositif d'immersion. Or, il faut bien le reconnaître, la technique du film est absolument éblouissante, reliant de manière presque imperceptible des plans-séquences parfaitement conçus. Ces plans-séquences ne cachent pas leur nature d'artificialité, à la manière de La Corde d'Hitchcock ou de Birdman d'Innaritu, mais il s'agit pour ces metteurs en scène, comme pour Sam Mendes, de réaliser le fantasme de filmer une action en un seul mouvement continu. D'autres y sont d'ailleurs parvenus sans tricherie comme Alexandre Sokourov dans L'Arche russe ou Sébastien Schipper pour Victoria. Dans le cas présent, Sam Mendes et Roger Deakins, magnifique chef opérateur ayant œuvré chez les Coen ou Denis Villeneuve, ont réussi une magnifique performance car, à chaque explosion ou effondrement, l'impression de réalisme est incroyablement bluffante, contribuant à la sensation d'immersion voulue. Néanmoins, il faudrait jeter un sort à cette mystique du plan-séquence continu qui fait qu'on accorde bien plus d'attention à la performance technique et à l'impression de réalisme qu'à la croyance dans les personnages et la situation dramatique.

C'est un peu le cas ici. Le spectateur se trouve tellement forcé d'être en immersion qu'il finit par ne remarquer que la durée des plans-séquences et la virtuosité technique, au point de se demander si Sam Mendes et Roger Deakins n'ont pas davantage réalisé ce film pour décrocher des Oscars de la meilleure mise en scène et/ou de la meilleure photographie, qui ne seraient pas immérités que pour témoigner contre la guerre. Trop de plans-séquences tuent le plan-séquence et surtout la crédibilité du film. Cela est d'autant plus vrai que le scénario demeure extrêmement simple et basique, se résumant à l'énoncé d'une mission-suicide. Sam Mendes n'écrit pas d'habitude ses scénarios et c'est peut-être préférable. Le suspense est assez vite éventé car l'on devine sans se forcer lequel des deux soldats va survivre et si cette mission arrivera jusqu'à son terme. Par conséquent, le spectateur devra surtout admirer le tour de force qui se résume à de l'onanisme cinématographique. Les acteurs, des révélations telles que George MacKay (vu dans Captain Fantastic) ou Dean-Charles Chapman (Tommen Baratheon de Game of Thrones, qui a un peu forci, on l'espère, uniquement pour le rôle), se soumettent de bonne grâce au dispositif voulu par Sam Mendes, tandis que les acteurs plus connus (Benedict Cumberbatch, Richard Madden, Mark Strong) sont confinés à des apparitions.

Il n'en demeure pas moins qu'il est possible de se demander ce que Sam Mendes a voulu dire de plus dans 1917 que ce qui a déjà été dit sur l'horreur de la guerre, car on garde surtout en mémoire l'impression d'avoir participé en immersion à un jeu vidéo, bien plus que d'avoir partagé une expérience de vie et de réflexion.

Informations

Détails du Film 1917
Origine Angleterre Signalétique Tous Publics
Catégorie Film Genre Drame - Guerre - Historique
Version Cinéma Durée 119 '
Sortie 15/01/2020 Reprise -
Réalisateur Sam Mendes Compositeur
Casting Benedict Cumberbatch - Richard Madden - George Mackay
Synopsis Pris dans la tourmente de la Première Guerre Mondiale, Schofield et Blake, deux jeunes soldats britanniques, se voient assigner une mission à proprement parler impossible. Porteurs d’un message qui pourrait empêcher une attaque dévastatrice et la mort de centaines de soldats, dont le frère de Blake, ils se lancent dans une véritable course contre la montre, derrière les lignes ennemies.

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