Critique Lillian

Lillian
Lillian est un beau moment de cinéma, dramatique et exceptionnel, qui nous fait vivre la perception d'un autre être humain, étranger au monde, d'une femme nous ressemblant et ayant l'air à la fois si loin, si proche de nous.

Verdict Note : Exceptionnel ! Exceptionnel !

Par David Speranski

Critique du Film

"Elle est libre, Lillian...Certains disent qu'ils l'ont vue voler..." pourrait-on dire en paraphrasant la chanson d'Hervé Cristiani. Avec ce portrait d'une jeune femme en quête d'identité, perdue à New York, qui décide de rentrer à pied jusqu'en Russie, son pays d'origine, Andreas Horvath, documentariste de formation, signe pour sa première œuvre de fiction l'un des plus beaux films de cette année. Traversée de l'Amérique profonde, dont une grande partie a voté en majorité Trump, hommage discret et merveilleux à la beauté de la nature et inscription d'un être humain dans sa relation au Cosmos, Lillian est tout cela à la fois. En dépit de la multiplicité des thèmes qui se superposent sur la page blanche qu'incarne le personnage, Lillian, le film, ressemble à une ligne droite, épurée, où le schéma dramatique est réduit à l'essentiel. Une femme marche et cherche à rentrer chez elle, sans péripéties dramatiques ni dialogues. On pourrait trouver ce schéma cinématographique quelque peu aride. Bien au contraire, Lillian est passionnant à chaque seconde car se montre complètement ouvert sur la beauté et le monde, ce qui n'est guère donné à tous les films.  

Lillian est un beau moment de cinéma, dramatique et exceptionnel, qui nous fait vivre la perception d'un autre être humain, étranger au monde, d'une femme nous ressemblant et ayant l'air à la fois si loin, si proche de nous.

L'histoire de ce film est lointainement inspirée d'un fait divers qui s'est réellement produit en 1927 : Lillian Alling, émigrée sans ressources, a traversé les Etats-Unis de New York jusqu'en Alaska, pour atteindre le détroit de Behring et rejoindre son pays d'origine. Horvath a conservé ce fascinant fil rouge dramatique et l'a transposé de nos jours. Au début du film, Lillian cherche à se faire employer dans le milieu pornographique mais se retrouvera rejetée, avant même d'avoir pu essayer. N'ayant pas d'argent, elle va traverser les Etats-Unis à pied...

Lillian, le personnage, va donc nous faire voyager à travers les paysages somptueux et parfois désertiques des Etats-Unis. Elle ne liera connaissance avec personne, excepté un shérif qui voudra la prévenir des dangers de son périple, une gérante de magasin d'alimentation qui lui apportera spontanément de l'aide et un redneck local qui va la harceler. Elle se retrouvera surtout confrontée à la beauté et aux dangers de la nature, Elle ne demandera aucun secours, se contentant de voler des vêtements et de l'alimentation dans des magasins d'économie solidaire. Une femme confrontée à son identité d'être humain, de corps souffrant, en mutation, et à l'expérience indescriptible de la solitude.

Lilian, le film, est par conséquent un immense pari cinématographique amplement réussi qui revient aux origines du cinéma sonore, quasiment sans dialogues. La bande sonore est remplie par des émissions de radio qui indiquent l'atmosphère du moment, l'état politique du pays. Pas de musique en revanche, hormis quelques accords au synthétiseur, réalisés par Andréa Horvath lui-même, afin de mieux nous plonger en immersion dans l'aventure de Lillian, le parcours qu'elle effectue, voire dans sa tête et ce qu'elle peut ressentir. Pas d'intrigue dramatique non plus pour ne pas nous distraire de la confrontation-conversation silencieuse qu'elle doit entretenir avec le Cosmos. Le film nous projette comme rarement des films l'ont fait au milieu des paysages magnifiques des Etats-Unis, en disposant parfois d'une vision satellitaire qui nous permet de nous représenter Lillian comme un grain de sable précieux et infime au cœur d'un infiniment grand.

Certains ont rapproché Lillian de Into the wild de Sean Penn. Or, il s'agissait plus d'une histoire de survie et de rébellion dans le film américain alors que Lillian joue plutôt la carte de la description neutre, sans affects ni émotion mélodramatique surajoutée. La thématique de la survie représente le motif dramatique dans les deux cas mais Lillian, le personnage, n'est aucunement une rebelle. Elle s'est fixé un objectif et cherche simplement, tant bien que mal, à rentrer dans son pays. Si on voulait se rapprocher le plus possible des émotions ressenties lors de la projection de ce film, on serait certainement plus inspiré d'évoquer Sans toit ni loi d'Agnès Varda pour le passage des saisons vécu par un personnage féminin (à la différence que Mona est plus contestataire par rapport à la société de consommation mais n'a pas d'objectif défini), La Ballade de Bruno de Werner Herzog ou les films d'Harmony Korine pour leur peinture de l'Americana délaissée, de territoires abandonnés, où la nature peut étendre son règne, ou encore Under the Skin de Jonathan Glazer, car Lillian, ainsi que le personnage de Scarlett Johansson, fonctionne de manière autistique, comme une extra-terrestre qui n'a rien à communiquer de particulier aux habitants de cette planète.

Porté par l'interprétation à fleur de peau de Patrycja Planik, une photographie qui atteint souvent le sublime, en mettant en relation l'infiniment petit d'une silhouette à l'intérieur de l'infiniment grand d'un paysage qui paraît sans limites, un montage précis et toujours extrêmement juste, reliant de manière visuelle et sonore les éléments de la vie du personnage, Lillian est un beau moment de cinéma, dramatique et exceptionnel, qui nous fait vivre la perception d'un autre être humain, étranger au monde, d'une femme nous ressemblant et ayant l'air à la fois si loin et si proche de nous.  

Informations

Détails du Film Lillian
Origine Autriche Signalétique Tous Publics
Catégorie Film Genre Drame - Romance
Version Cinéma Durée 128 '
Sortie 25/05/2019 Reprise -
Réalisateur Andreas Horvath Compositeur
Casting Patrycja Planik
Synopsis Lillian, une émigrante échouée à New York, décide de rentrer à pied dans sa Russie natale. Déterminée, elle débute son long voyage. Un « road movie » à travers les Etats-Unis jusqu’au froid de l’Alaska. La chronique d’une lente disparition.

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