Critique Sympathie pour le diable

Sympathie pour le diable
Brillamment mis en scène, impressionnant de maîtrise pour un premier long-métrage, Sympathie pour le diable nous plonge avec intensité dans la ville assiégée de Sarajevo au début des années 90.

Verdict Note : Un très bon moment en perspective. Un très bon moment en perspective.

Par Pierre LARVOL

Critique du Film

Derrière le titre du film tiré du livre éponyme du reporter de guerre français Paul Marchand, une question de toujours : celle de l'ambivalence des hommes, fil rouge d'une histoire tour à tour heureuse et tragique. Poignant récit de l'interminable siège de Sarajevo, Sympathie pour le diable s'interroge notamment sur la place de ces spectateurs que sont les journalistes de guerre, témoins aux regards et sensibilités multiples. Face aux drames d'une guerre meurtrière, la mollesse de l'opinion publique, l’inaction de l'appareil politique, mais surtout la détresse d'une population : un appel à agir pour le journaliste Paul Marchand. L'énergique portrait d'une voix engagée au cœur d'un terrain miné.

Novembre 1992, le siège de Sarajevo dure depuis maintenant sept mois. Présent en tant que reporter de guerre pour couvrir le conflit, Paul Marchand assiste et rend compte du quotidien de cette ville meurtrie. Alors que les combats s'enlisent et que le nombre de civils tués augmente, le journaliste ne supporte plus l'inactivité de la communauté internationale. Il décide alors de franchir la ligne de l'objectivité en prenant parti. Armé de son franc parlé, il tente tant bien que mal de faire réagir l'opinion publique, quitte à précipiter sa propre fin.

Inspiré du récit de Paul Marchand, Sympathie pour le diable dépeint avec intelligence et vérité le siège le plus long de notre histoire moderne. Au plus proche de ses personnages, le scénario ne tombe pas dans la manichéisme en tentant bien au contraire de mettre en avant toute l’ambiguïté de la guerre. Un temps où chaque choix compte, où l'homme révèle sa grandeur comme sa petitesse. Au milieu du vacarme, des débris et des drames humains, la vie continue de s'organiser : le bonheur se faufile notamment au travers d'un bon repas, d'une rencontre, d'une danse. Des moments malheureusement éphémères, la guerre ne trouvant aucune conclusion. Le cinéaste parvient par ailleurs, sans pathos, à capter l'émotion de cette ville sur le fil où les tirs de snipers constituent une menace permanente. Les destins vacillent, les certitudes aussi.

Autant engagé auprès des habitants de Sarajevo que dans un combat intérieur, Paul Marchand ne supporte plus l'immobilisme de la communauté internationale. Jouant avec le feu, il s'approche au péril de sa propre vie des deux camps et tente de rendre compte de l'absurdité de la situation. Loin d'être une hagiographie du journaliste français, Sympathie pour le diable met bien en avant la dualité de ce personnage contrasté. Atteint dans ses convictions, il décide d'agir et s'émancipe petit à petit de la neutralité imposé par son travail : il passe ainsi de spectateur à acteur. Montrant plus largement la pluralité des regards, allant du journaliste consciencieux cherchant à rendre compte du quotidien à ceux n'hésitant pas à jouer du spectaculaire de la situation, à la limite du voyeurisme, le film ne tranche pas sur la meilleure façon d'agir. Rien n'est simple en temps de guerre, les limites sont troubles et les questions plus nombreuses que les réponses. Plus largement une idée accompagne le film : celle de la place de ces journalistes internationaux dans une ville où ils n'ont aucune attache, Sarajevo n'étant qu'un drame supplémentaire à couvrir. Là où la fuite est rendue difficile pour la population locale, les reporter peuvent quelques jours plus tard retrouver le calme de leur foyer. Lorsque Paul Marchand propose à une jeune traductrice de partir pour rejoindre le temps d'une escapade une charmante ville italienne, elle refuse : Sarajevo n'est pas un travail, c'est chez elle.

Brillamment mis en scène, impressionnant de maîtrise pour un premier long-métrage, Sympathie pour le diable nous plonge avec intensité dans la ville assiégée de Sarajevo au début des années 90. Oeuvre aux allures de documentaire, ne cédant ni à la facilité, ni au pathos, le film de Guillaume de Fontenay cherche plutôt à capter une vérité : celle de l’ambiguïté de la guerre. Un film poignant, dur et surtout nécessaire.

Informations

Détails du Film Sympathie pour le diable
Origine France Signalétique Tous Publics
Catégorie Film Genre Guerre
Version Cinéma Durée 100 '
Sortie 27/11/2019 Reprise -
Réalisateur Compositeur
Casting Vincent Rottiers - Niels Schneider
Synopsis Sarajevo, novembre 92, sept mois après le début du siège. Le reporter de guerre Paul Marchand nous plonge dans les entrailles d’un conflit fratricide, sous le regard impassible de la communauté internationale. Entre son objectivité journalistique, le sentiment d’impuissance et un certain sens du devoir face à l’horreur, il devra prendre parti.

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