Critique Hors normes

Hors normes
Hors normes, plein d'excellentes intentions et de bons sentiments, baignant dans le politiquement correct et n'hésitant pas à basculer de temps à autre dans le cliché humaniste et sentimental, quémandant presque l'approbation pavlovienne du spectateur.

Verdict Note : Maladroit sur de nombreux points. Maladroit sur de nombreux points.

Par David Speranski

Critique du Film

Il faut reconnaître à Olivier Nakache et Eric Tolédano un certain courage assez rare dans le cinéma français, celui d'aborder des sujets difficiles, voire complètement casse-cous, le handicap physique dans Intouchables, les sans-papiers de Samba, puis après la parenthèse macroniste du Sens de la Fête, cherchant à réconcilier des familles diamétralement opposées du cinéma français, par exemple en faisant se côtoyer Gilles Lellouche et Vincent Macaigne, l'autisme dans leur nouveau film Hors normes. Comme ils l'avouent eux-mêmes, "essayer de faire rire et de divertir à travers des sujets très durs, c'est un peu notre marque de fabrique". Cette recette est encore à l'œuvre dans Hors normes, parfaitement huilée, pleine d'excellentes intentions et de bons sentiments, baignant dans le politiquement correct et n'hésitant pas à basculer de temps à autre dans le cliché humaniste et sentimental, quémandant presque l'approbation pavlovienne du spectateur. Peut-être un peu trop?

Hors normes, plein d'excellentes intentions et de bons sentiments, baignant dans le politiquement correct et n'hésitant pas à basculer de temps à autre dans le cliché humaniste et sentimental, quémandant presque l'approbation pavlovienne du spectateur.

Pour Hors normes, Tolédano et Nakache se sont ouvertement inspirés de deux associations oeuvrant dans le milieu des enfants et adolescents autistes, le Silence des Justes et le Relais Ile-de-France. Rebaptisées dans le film La Voix des Justes et l'Escale, ces associations ne bénéficient pas de l'agrément de l'administration française, alors qu'elles accomplissent un travail remarquable, en accueillant des cas complexes qui ne trouvent nulle part d'accompagnement. Le film se concentre sur les deux responsables de ces associations, Bruno et Malik, dans leurs tentatives d'assister au mieux de jeunes autistes cherchant à s'intégrer dans la vie "normale". On suivra en particulier trois cas, Joseph qui ne peut s'empêcher de tirer la sonnette d'alarme dans les transports et d'opérer une fixation obsessionnelle sur Brigitte, sa collègue de travail, Dylan, un jeune noir réfractaire à l'autorité,  potentiellement agressif et Valentin qui porte en permanence un casque de boxeur afin de se protéger de violences qu'il chercherait à s'infliger à lui-même...

Mélangeant acteurs professionnels et véritables autistes, dans une optique presque documentaire, le film s'avère assez drôle, essentiellement en ce qui concerne les séquences mettant en scène le personnage loufoque et poétique de Joseph et quelques scènes de drague plus ou moins volontaires et maladroites, impliquant le personnage de Bruno (Vincent Cassel) ou de Dylan, en extase devant une orthophoniste interprétée par la charmante Lyna Khoudri (remarquée dans Papicha). On mettra au crédit de Tolédano et Nakache, une excellente direction d'acteurs, réussissant la prouesse d'encadrer de jeunes autistes, ce qui n'a pas dû être simple au quotidien. 

En revanche, malgré ces quelques points positifs, Hors normes présente plusieurs difficultés qui tiennent quasiment toutes au regard porté par Nakache et Tolédano sur le phénomène de l'autisme. Tout d'abord, les jeunes autistes accompagnés dans le film ne se trouvent pas au centre du film mais servent de seconds rôles et de faire-valoir aux vedettes représentées par Vincent Cassel et Reda Kateb. Il aurait peut-être fallu inverser le rapport de préséance à l'écran, afin de mettre les autistes au cœur du film. D'une certaine manière, Hors normes ne cherche pas tant à cerner l'autisme qu'à rendre hommage au travail des accompagnants. D'autre part, ce qui a été relevé par des spécialistes de l'autisme, le film ne cherche aucunement à dénoncer l'exclusion des autistes par la société mais la prend comme une donnée existante, sans essayer de la remettre en cause. Les comportements autistes sont constamment observés de l'extérieur, sans véritable empathie, certaines réactions violentes pouvant même engendrer une réaction de rejet.  

Car là où le bât blesse chez Tolédano et Nakache, c'est comme souvent leur absence quasi-totale de style cinématographique. On ne pourra recenser qu'une seule véritable idée de mise en scène dans Hors normes, ce qui, sur deux heures, s'avère assez négligeable, lorsque la caméra essaie de cadrer Valentin et le laisse volontairement ou pas dans le flou, échouant à faire le point dans tous les sens du terme sur son cas. Cet échec photographique révèle de manière symptomatique l'impuissance des cinéastes à rendre compte de l'autisme. A aucun moment nous ne sommes réellement invités à partager les sentiments de Valentin ou de Jérôme, considérés principalement comme des éléments perturbateurs qui dérèglent le bel ordonnancement du monde. Lorsque la musique devient soudainement plus forte, Hors normes se met aussitôt à ressembler alors à un vague spot de publicité sur les effets positifs des associations sur les enfants et adolescents autistes. Comprenez-nous bien, nous nous trouvons totalement du côté de ces associations et espérons même que le film changera le regard sinon sur les enfants autistes, du moins sur ces associations qui les accompagnent. Néanmoins, il ne s'agit pas ici de juger de l'impact social éventuel d'un film mais d'évaluer sa qualité artistique et esthétique qui montre dans cet exemple de sérieuses faiblesses. Le climax révélateur est atteint lorsque Nakache et Tolédano finissent par cadrer Vincent Cassel ému jusqu'aux larmes, et plus précisément son œil gauche presque embué par une larme qui ne veut pas couler. Cette insistance lourdingue à guetter cette larme qui se refuse à être versée est finalement assez symbolique de la roublardise des metteurs en scène qui cherchent bien davantage à provoquer une réaction pavlovienne de mouton de Panurge qu'à considérer avec l'attention qu'elle mérite la question délicate de l'autisme. 

Informations

Détails du Film Hors normes
Origine France Signalétique Tous Publics
Catégorie Film Genre Comédie
Version Cinéma Durée 114 '
Sortie 23/10/2019 Reprise -
Réalisateur Eric Toledano - Olivier Nakache Compositeur
Casting Vincent Cassel - Reda Kateb - Bryan Mialoundama
Synopsis Bruno et Malik vivent depuis 20 ans dans un monde à part, celui des enfants et adolescents autistes. Au sein de leurs deux associations respectives, ils forment des jeunes issus des quartiers difficiles pour encadrer ces cas qualifiés "d'hyper complexes". Une alliance hors du commun pour des personnalités hors normes.

Publicité Amazon - Soutenez Retro-HD

Publicité Google - Soutenez Retro-HD

Publicité Google - Soutenez Retro-HD

Publicité Amazon - Soutenez Retro-HD

Laissez un commentaire

Publicité Google - Soutenez Retro-HD

Dernières Critiques