Critique J'accuse

J'accuse
Plus volontariste dans ses intentions que profondément ressenti, plutôt froid et distancié, J'accuse ne parvient malheureusement pas toujours à nous intéresser à ses personnages, en dépit d'une jolie performance de Jean Dujardin, tout en intensité...

Verdict Note : Intéressant dans son ensemble. Intéressant dans son ensemble.

Par David Speranski

Critique du Film

Le scandale a éclaté fin août lorsque Lucrécia Martel, présidente argentine du Jury de la Mostra de Venise, a déclaré qu'elle n'assisterait pas à la présentation de J'Accuse de Roman Polanski, et qu'elle se sentait particulièrement mal à l'aise par rapport à sa présence en compétition. Elle est ensuite revenue sur ses déclarations et n'a pas vu d'inconvénient à ce qu'il participe à la Mostra. Le palmarès définitif en fait état puisque J'accuse a finalement remporté le Grand Prix du Jury, soit le deuxième prix par ordre d'importance après le Lion d'Or de Venise. Il n'en fallait pas plus pour que les admirateurs de Polanski l'estiment lésé, voire volé. Qu'en est-il vraiment, après avoir vu ce film-dossier sur l'affaire Dreyfus qui a bouleversé la France à la fin du 19ème siècle et au début du XXème?

Plus volontariste dans ses intentions que profondément ressenti, plutôt froid et distancié, J'accuse ne parvient malheureusement pas toujours à nous intéresser à ses personnages, en dépit d'une jolie performance de Jean Dujardin, tout en intensité réprimée, et de quelques tentatives réussies d'aérer cette atmosphère étouffante

L'affaire est complètement racontée du point de vue du lieutenant-colonel Picquart, antisémite au départ, qui finit par découvrir les preuves de l'innocence du capitaine Dreyfus, accusé d'espionnage, et qui va le défendre au péril de sa carrière, voire de sa vie. Son antisémitisme de façade ou de convention va peu ou prou s'écrouler devant l'urgence de faire éclater au grand jour la vérité sur l'affaire. Il sera ainsi secondé par Emile Zola qui écrira un article resté fameux qui donne son titre au film, J'accuse.

On passera rapidement sur le parallèle plus qu'indécent dressé par Polanski entre le sort de Dreyfus, innocent complet, et le sien, qui a malgré tout a minima un comportement criminel inscrit dans son casier, pour lequel il a récolté une sanction insignifiante par rapport à la moyenne des crimes de cette catégorie. Polanski n'a pas tort en invoquant l'existence toujours préjudiciable de l'antisémitisme qui continue à envahir les consciences et influencer les agressions et réprimandes à l'égard des Juifs, mais son cas particulier n'est peut-être pas le meilleur exemple d'une chasse aux sorcières concernant des personnes qui n'ont rien à se reprocher.  Quoi qu'il en soit, il vaut mieux dans la plupart des cas juger d'une œuvre en faisant abstraction des intentions - parfois erronées - de son auteur.

J'accuse est donc un film-dossier très sérieux et apparemment documenté, où Polanski, aidé de son scénariste Robert Harris qui adapte pour la circonstance son propre ouvrage, L'Affaire D., s'attache à reconstituer dans le moindre détail les méandres de l'affaire Dreyfus, imbroglio au croisement de films de tribunal et d'espionnage. Il adopte pour cela le point de vue d'un personnage amené à évoluer, le lieutenant-colonel Picquart, le véritable héros du film. Nous nous ne prononcerons pas sur la vérité historique de ce qui est narré dans J'accuse, le cinéma embellissant souvent les légendes. Peut-être le lieutenant-colonel était-il plus lâche et opportuniste que véritablement courageux, peut-être son antisémitisme était-il toujours aussi profondément enraciné en lui, ce que son comportement dans l'épilogue du film tendrait à corroborer. Non, il n'est nullement question d'apprécier J'accuse sous l'angle moral des déclarations de son réalisateur et encore moins quant à la véracité historique des faits qu'il se propose de nous conter, même si cela pourrait avoir son importance sur la valeur d'authenticité du film.

Seul l'aspect strictement cinématographique nous importe et sur cet aspect-là, J'accuse arbore une forme stylistique extrêmement brillante, voire exemplaire, une direction d'acteurs éblouissante de précision, un montage sans faille, une direction artistique impressionnante où ne manque aucun bouton de guêtre ni même la poussière, (détail important révélant le passage du temps, qui ne se trouve guère dans Portrait de la jeune fille en feu, par exemple), une superbe photographie et enfin un magnifique travail sur la musique (Alexandre Desplat) et l'ambiance sonore. On a ainsi souvent l'impression que Polanski a mis au service de son histoire toutes les ressources de sa science des effets cinématographiques, tous ses tours de magie de mise en scène. L'œuvre s'impose donc par un classicisme discret et sobre qui ne cherche pas à se faire remarquer ni à s'imposer outre mesure. Par conséquent, Polanski opère un redressement spectaculaire dans son œuvre qui était tombée antérieurement dans les bas-fonds de D'après une histoire vraie. Il est assez coutumier du fait puisqu'il a signé Chinatown après la débâcle de What, Frantic après la catastrophe de Pirates ou Le Pianiste suite à la dérive de La Neuvième porte, comme s'il fallait qu'il soit poussé dans ses ultimes retranchements, au bord du gouffre critique et financier pour sortir le meilleur de lui en tant qu'artiste.

Pourtant si J'accuse est très séduisant, formellement parlant, il ne montre aucune velléité de renouvellement, d'inspiration ou d'innovation. Par rapport à la splendeur muette du Pianiste, J'accuse privilégie sa nature de film de procès et s'avère bavard, très (trop?) bavard et sent parfois un peu trop le formol et la naphtaline. Plus volontariste dans ses intentions que profondément ressenti, plutôt froid et distancié, J'accuse ne parvient malheureusement pas toujours à nous intéresser à ses personnages, en dépit d'une jolie performance de Jean Dujardin, tout en intensité réprimée, et de quelques tentatives réussies d'aérer cette atmosphère étouffante (le duel, le crime en pleine rue, les réactions à l'article de Zola). Par conséquent, Roman Polanski n'a été ni lésé ni volé à Venise par rapport au Joker de Todd Phillips ou Ad Astra de James Gray, des films qui essayaient au moins de tenter quelque chose de différent par rapport à ce que leurs metteurs en scène avaient déjà réalisé.

Informations

Détails du Film J'accuse
Origine France Signalétique Tous Publics
Catégorie Film Genre Thriller - Drame - Historique
Version Cinéma Durée 132 '
Sortie 13/11/2019 Reprise -
Réalisateur Roman Polanski Compositeur Alexandre Desplat
Casting Jean Dujardin - Emmanuelle Seigner - Grégory Gadebois - Louis Garrel
Synopsis Pendant les 12 années qu’elle dura, l’Affaire Dreyfus déchira la France, provoquant un véritable séisme dans le monde entier. Dans cet immense scandale, le plus grand sans doute de la fin du XIXème siècle, se mêlent erreur judiciaire, déni de justice et antisémitisme. L’affaire est racontée du point de vue du Colonel Picquart qui, une fois nommé à la tête du contre-espionnage, va découvrir que les preuves contre le Capitaine Alfred Dreyfus avaient été fabriquées. A partir de cet instant et au péril de sa carrière puis de sa vie, il n’aura de cesse d’identifier les vrais coupables et de réhabiliter Alfred Dreyfus.

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