Critique Ad Astra

Ad Astra
Avec Ad Astra, James Gray a réalisé un film absolument passionnant, mais relativement peu accessible et assez abstrait, qui prend tout son sens lorsqu'il est replacé dans le cadre de l'œuvre du metteur en scène.

Verdict Note : Exceptionnel ! Exceptionnel !

Par David Speranski

Critique du Film

On avait laissé James Gray aux confins de l'Amazonie, entre Brésil et Bolivie, au début du 19ème siècle, à la recherche de The Lost City of Z. Son nouveau film Ad Astra le voit cette fois-ci aux confins de l'espace en 2120. Pourtant, l'un étant le jumeau inversé de l'autre, l'ironie du cinéma veut que les thématiques restent quasiment les mêmes : partir, revenir ; le complexe d'Œdipe, mis en scène dans une grave relation père-fils ; le retour problématique vers les siens, lorsque le rêve ou le cauchemar du voyage s'interrompt. Contrairement à ce qui s'était passé dans The Lost City of Z. (où Brad Pitt avait abandonné le projet), cette fois-ci, Brad Pitt soutient bien Ad Astra de toute son aura, en étant de tous les plans. Le paradoxe réside dans le fait que tous les paramètres semblent réunis pour un succès commercial de James Gray et qu'il finisse par nous livrer son film le plus abstrait, le plus expérimental, le plus dépouillé et dénué de toutes concessions.

Avec Ad Astra, James Gray a réalisé un film absolument passionnant, mais relativement peu accessible et assez abstrait, qui prend tout son sens lorsqu'il est replacé dans le cadre de l'œuvre du metteur en scène.

Vers 2120, Roy McBride, astronaute de la NASA, doit partir en mission pour retrouver son père, Clifford McBride, disparu depuis une mission spatiale de recherche de vie extra-terrestre, autour de Neptune qui aurait des répercussions dangereuses sur la Terre. Ce faisant, il va essayer de régler ses problèmes relationnels avec celui dont il a suivi la vocation.

James Gray envisage donc à nouveau les rapports père-fils comme dans The Lost City of Z., mais cette fois-ci, envisagés du point de vue du fils. Gray a toujours été un ciné-fils néo-classique qui a d'emblée annoncé vouloir se ranger du côté des classiques, des cinéastes qu'il admire plus que tout, au risque de ne pas dépasser leur influence : Coppola, Kubrick, Scorsese, essentiellement. Cette recherche du père, influence quasiment divine qu'on ne voit (presque) pas et qui domine notre vie, échappe largement au film de science-fiction proprement dit. Le genre chez Gray ne représente en fait qu'un prétexte pour livrer son auto-psychanalyse sur grand écran. D'une certaine manière, on pourrait affirmer que c'est le cas pour tous les projets intéressants de science-fiction de ces dernières années. Sans remonter jusqu'à 2001 l'Odyssée de l'espace de Kubrick (grande admiration de Gray et à qui il est impossible, voire injuste de comparer son nouveau film, tant 2001 est immense), les autres films récents d'astronautes nous ont montré une femme devant faire son deuil en plein espace infini (Gravity d'Alfonso Cuaron), un père renouant le contact à travers le temps et l'espace avec sa fille (Interstellar de Christopher Nolan) et Neil Armstrong, un astronaute dépressif depuis la perte de sa fille, qui lui rendra un hommage discret en allant sur la Lune (First Man de Damien Chazelle). Gray radicalise cette démarche en montrant le règlement du plus intime et psychologique dans un espace infini. Néanmoins, son style se rapproche de certains exemples auxquels on penserait peu, comme Solaris d'Andrei Tarkovksi, pour les images rémanentes des proches qui surgissent dans sa mémoire, Apocalypse Now de Francis Ford Coppola (le film qui a décidé de sa vocation de cinéaste), pour la longue quête de Willard en direction d'un Colonel Kurtz, effrayant comme un dieu ou père menaçant, et surtout The Tree of Life de Terrence Malick, via la présence de Brad Pitt, pour le commentaire permanent en voix off et le caractère introspectif des pensées.   

Par conséquent, avec Ad Astra, James Gray a réalisé un film absolument passionnant, mais relativement peu accessible et assez abstrait, qui prend tout son sens lorsqu'il est replacé dans le cadre de l'œuvre du metteur en scène. Les faits réels se mélangent avec les souvenirs, les rêves, les images rémanentes, jusqu'à former un magma assez indistinct de passé et d'onirisme. La mise en scène, à la fois visuelle et en particulier sonore, est incontestablement très réussie. Avouons néanmoins que The Lost City of Z. nous semblait plus abouti, mais que le règlement du complexe d'Œdipe ouvre peut-être à James Gray de nouvelles voies cinématographiques qui pourraient s'avérer passionnantes à suivre.

Informations

Détails du Film Ad Astra
Origine Etats Unis Signalétique Tous Publics
Catégorie Film Genre Drame - Science - Fiction
Version Cinéma Durée 124 '
Sortie 18/09/2019 Reprise -
Réalisateur James Gray Compositeur
Casting Brad Pitt - Liv Tyler - Tommy Lee Jones - Donald Sutherland - Ruth Negga
Synopsis L’astronaute Roy McBride s’aventure jusqu’aux confins du système solaire à la recherche de son père disparu et pour résoudre un mystère qui menace la survie de notre planète. Lors de son voyage, il sera confronté à des révélations mettant en cause la nature même de l’existence humaine, et notre place dans l’univers.

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