Critique Love

Love
Quand il filme le désarroi d’un homme qui sait qu’il a laissé filer l’amour de sa vie et qu’il va devoir vivre le reste de son existence avec ce souvenir brûlant, il touche au coeur d’une inaltérable blessure qui se trouve chez la plupart...

Verdict Note : Exceptionnel ! Exceptionnel !

Par David Speranski

Critique du Film

Porno or not porno ?

Love a réussi à créer l’événement lors d’une des séances de minuit les plus bondées de l’histoire du Festival de Cannes. Retombée l’excitation de découvrir les images du nouveau long métrage de Gaspar Noé, que reste-t-il de cette oeuvre soi-disant provocatrice ? Vendu comme un mélodrame sexuel, Love est-il du porno d’auteur ? Grâce à ce film, Noé a peut-être davantage creusé ses obsessions formelles et thématiques, ce qui rend la question de la pornographie complètement secondaire.

Quand il filme le désarroi d’un homme qui sait qu’il a laissé filer l’amour de sa vie et qu’il va devoir vivre le reste de son existence avec ce souvenir brûlant, il touche au coeur d’une inaltérable blessure qui se trouve chez la plupart de ceux qui ont réellement aimé.

Le scénario pourrait tenir sur du papier à cigarettes. Murphy (nommé ainsi à cause de la fameuse loi), marié et père d’un enfant, se souvient de son amour pour Electra, qui fut sans doute la femme de sa vie. Il revoit tous les épisodes de son histoire d’amour, en partant de la fin pour revenir au début. Mais bizarrement, cela n’est pas trop gênant car Noé se concentre ainsi sur sa recherche de l’amour disparu. Pour la pornographie, dès la première scène, le ton est donné : deux amants se masturbent lentement sur une Gymnopédie d’Erik Satie. Filmée comme un tableau dans un long plan fixe, jusqu’à la jouissance du partenaire masculin, la scène est très belle et surtout classieuse comme dirait Gainsbourg. En fait, la grammaire du porno (gros plans gynécologiques, fellations interminables) est complètement occultée pour un filmage plus proche de l’érotisme : plongées sur les corps, plans-séquences langoureux et accompagnement musical de grand luxe (la séquence de triolisme, très réussie, est réalisée sur fond de simili-Hendrix avec la guitare qui glapit aux moments adéquats).

Noé a peut-être davantage creusé ses obsessions formelles et thématiques, ce qui rend la question de la pornographie complètement secondaire.Par conséquent, Love n’est pas un film porno, mais un long métrage érotique avec scènes explicites. De plus, si on se penche sur les propos de Noé lors de sa conférence de presse, il énonce : « L’idée, c’est surtout de raconter l’état amoureux, y compris les relations sexuelles, et en montrant les parties intimes. Dans mon film, y’a du vrai, y’a du faux. Le sujet n’est pas ce qui a été fait sur le plateau, mais ce qu’il y a à l’image, et si le sentiment amoureux est bien représenté ». Si on rapproche cette déclaration des remerciements à des acteurs X au générique de fin, ainsi qu’au filmage qui laisse parfois un doute sur la réalité de l’acte sexuel représenté, on peut parfaitement concevoir que, comme Lars Von Trier dans Nymphomaniac, Gaspar Noé a sans doute utilisé des doublures et que ses acteurs ne sont nullement impliqués dans la réalité des actes sexuels « effectifs » du film.

Ce questionnement résolu, que retient-on de Love ? Que l’intérêt de Noé, ce n’est pas tant la pornographie que la représentation du sexe avec des sentiments. Murphy, dans le film, est un réalisateur, fan de 2001, qui déclare avoir l’intention de filmer du sexe sentimental, une forme de sexualité qui ne peut être que plus forte et plus belle à l’écran selon lui. Dans l’équation cinématographique, l’aspect émotionnel se révéle donc indispensable et c’est en cela que Love ne peut être assimilé à de la pornographie basique. Alors certes, on peut reprocher beaucoup de choses à Gaspar Noé : son narcissisme assumé (il apparaît dans le film en marchand d’art obsédé, portant perruque), sa misogynie (les femmes en prennent pour leur grade, côté insultes, et n’ont jamais droit à la représentation de leur orgasme), son homophobie larvée, sa narration inversée assez agaçante, son côté potache (via le seul plan qui justifie dans le film l’utilisation de la 3D). Mais quand il filme le désarroi d’un homme qui sait qu’il a laissé filer l’amour de sa vie et qu’il va devoir vivre le reste de son existence avec ce souvenir brûlant, il touche au coeur d’une inaltérable blessure qui se trouve chez la plupart de ceux qui ont réellement aimé.

Informations

Détails du Film Love
Origine France - Belgique Signalétique Interdit aux moins de 18 ans
Catégorie Film Genre Drame - Romance - Erotique - Pornographique
Version Cinéma Durée 129 '
Sortie 15/07/2015 Reprise -
Réalisateur Gaspar Noé Compositeur Aucun
Casting Karl Glusman - Aomi Muyock - Klara Kristin
Synopsis Un 1er janvier au matin, le téléphone sonne. Murphy, 25 ans, se réveille entouré de sa jeune femme et de son enfant de deux ans. Il écoute son répondeur. Sur le message, la mère d'Electra lui demande, très inquiète, s'il n'a pas eu de nouvelle de sa fille disparue depuis longtemps. Elle craint qu'il lui soit arrivé un accident grave. Au cours d'une longue journée pluvieuse, Murphy va se retrouver seul dans son appartement à se remémorer sa plus grande histoire d'amour, deux ans avec Electra. Une passion contenant toutes sortes de promesses, de jeux, d'excès et d'erreurs...

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