Critique Wild Rose

Wild Rose
A chaque plan, la présence de Jessie Buckley est si tétanisante qu'elle parvient presque à nous faire oublier les clichés mélodramatiques qu'elle est chargée de défendre.

Verdict Note : Intéressant dans son ensemble. Intéressant dans son ensemble.

Par David Speranski

Critique du Film

Sorti en catimini au milieu de l'été, Wild Rose bénéficie actuellement d'une rumeur flatteuse parmi nombre de films musicaux inondant régulièrement les écrans. Depuis moins d'un an, avec A Star is born, Bohemian Rhapsody, Rocketman, Teen Spirit, Her Smell et autres Yesterday, les films ayant pour prétexte ou fil rouge la musique n'ont guère manqué au cinéma. Ils consacrent en effet l'alliance surpuissante de deux moyens d'expression artistiques qui, conjugués, permettent d'atteindre souvent au plus profond l'âme du spectateur. Quid de Wild Rose, film d'un metteur en scène inconnu au bataillon propulsant une actrice tout aussi inconnue au premier rang?

A chaque plan, la présence de Jessie Buckley est si tétanisante qu'elle parvient presque à nous faire oublier les clichés mélodramatiques qu'elle est chargée de défendre.

Wild Rose plonge au cœur d'un rêve impossible : une ex-délinquante, entre 25 et 30 ans, aux allures d'adolescente mal dégrossie, Rose-Lynn sort de prison, retrouve ses deux jeunes enfants, issus d'une idylle adolescente et surtout son immense projet, devenir une star de la country music, l'équivalent d'une nouvelle Patsy Cline. Seul problème, elle est née et habite à Glasgow, en Ecosse, ce qui s'avère un peu loin de Nashville...De plus, sa mère, boulangère, préférerait de très loin qu'elle se réinsère socialement et trouve un métier "raisonnable"... Malgré cela, Rose-Lynn espère ne pas abandonner son rêve qui semble s'éloigner de plus en plus...    

Par rapport à A Star is born, où Ally, le personnage de Lady Gaga, devient une star, le temps de milliers de vues-éclairs sur Internet de sa participation à un concert,  Wild Rose montre plutôt la galère du quotidien où des artistes talentueux (et d'autres moins) traînent dans l'anonymat le plus complet, sans qu'un miracle improbable ne vienne s'emparer de leur destin. Face à la tournure de conte de fées hollywoodien, le film de Tom Harper se situe davantage dans une veine Ken Loachienne où le sordide du quotidien imprime le sceau de la fatalité de manière poisseuse sur la bonne volonté des protagonistes. Nous sommes en effet à Glasgow et non pas en Amérique, et mine de rien, cela change tout. On partage alors des conversations non désirées avec des voisines, on voit miroiter comme horizon de réussite une invitation à une atroce fête de patronage, on fait le ménage en rêvant à des concerts imaginaires. Jessie Buckley, qu'on pense au départ beaucoup trop jeune pour incarner le personnage d'une mère de deux enfants, joue de cet argument scénaristique pour camper son personnage. Rose-Lynn est à la fois épatante par sa fraîcheur et sa détermination inflexible, et beaucoup trop immature pour s'assumer, en tant que mère ainsi que ses deux enfants. Or, pour se réaliser en tant qu'artiste, il faudra qu'elle parvienne à s'assumer avec ses forces et ses faiblesses.

Même si le film ne surprend guère, en particulier dans le descriptif de la relation mère-fille (l'une s'étant sacrifiée pour que l'autre puisse enfin se réaliser, etc.), et dans son style cinématographique, classique sans étincelles, qui reste globalement dans le registre du naturalisme loachien-dardennien (Rose-Lynn étant néanmoins plus aimable et sympathique qu'une Rosetta), le projet a néanmoins le bon goût d'éviter l'improbable Deus ex machina qui aurait pu survenir lors de la visite du mythique Nashville. Aucun producteur plus ou moins véreux ne se jettera aux pieds de Rose-Lynn lorsqu'elle s'échappera de la visite du Grand Ole Pry pour essayer sa voix au micro de la grande et vénérable salle de concert. Le but du film n'était pas en effet de montrer comment une personne peut réussir, ce qui arrive à quelques élus sur des dizaines de millions, mais comment elle pourra s'accepter et avancer dans la vie.

 En ce sens, la performance de Jessie Buckley est éblouissante, faisant fondre alternativement les spectateurs par ses élans d'enthousiasme et ses moments de tristesse. A la fois fille-mère perdue, jeune femme en réinsertion sociale et artiste en devenir, elle joue sur tous les tableaux, sans faillir un seul instant.  On la reverra sans doute très vite partout : elle écume déjà toutes les séries britanniques de ces dernières saisons : Chernobyl, Guerre et Paix, etc. A chaque plan, sa présence est si tétanisante qu'elle parvient presque à nous faire oublier les clichés mélodramatiques qu'elle est chargée de défendre. "There's no place like home", telle est la morale de l'histoire, leçon de modestie et d'humilité à l'usage de toute personne ayant des rêves et se devant de les conformer à la réalité, qui permet à Wild Rose de prendre une place, touchante et attachante, dans le rayon bien fourni des "success stories".

Informations

Détails du Film Wild Rose
Origine Angleterre Signalétique Tous Publics
Catégorie Film Genre Comédie - Drame - Film Musical
Version Cinéma Durée 100 '
Sortie 17/07/2019 Reprise -
Réalisateur Tom Harper (III) Compositeur
Casting Sophie Okonedo - Julie Walters - Jessie Buckley
Synopsis A peine sortie de prison et de retour auprès de ses deux enfants, Rose-Lynn n’a qu’une obsession : quitter Glasgow pour devenir chanteuse de country à Nashville. Tiraillée entre sa passion et ses obligations de mère, la jeune femme va devoir faire des choix…

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