Critique Les Faussaires de Manhattan (Can you ever forgive me)

Les Faussaires de Manhattan
Les Faussaires de Manhattan se coule paresseusement dans l'imitation de formes compassées et désuètes, et ne parviendra pas à se raccrocher aux wagons de la grande histoire du cinéma,

Verdict Note : Moyen. Moyen.

Par David Speranski

Critique du Film

On avait entendu parler de ce film, essentiellement par les Oscars, grâce à la nomination de Melissa McCarthy comme meilleure actrice en février 2019. Jusqu'alors, Melissa McCarthy était surtout connue comme actrice comique, ayant conquis le grand public avec son second rôle hilarant dans Mes Meilleures amies de Paul Feig, l'une des rares comédies mettant principalement en vedette des femmes. Depuis, elle est devenue la star de films conçus pour elle et autour d'elle, Les Flingueuses, Arnaque à la carte, Spy et SOS Fantômes, au point qu'on pourrait presque parler de films "de" Melissa McCarthy, tout comme des personnes évoquent certains De Funès ou Adam Sandler par le nom de leur acteur principal et non celui de leur metteur en scène. Les Faussaires de Manhattan lui donne donc l'occasion du premier grand virage dramatique de sa carrière. Comment l'a-t-elle pris? Restera-t-il longtemps dans les mémoires?

Les Faussaires de Manhattan se coule paresseusement dans l'imitation de formes compassées et désuètes, et ne parviendra pas à se raccrocher aux wagons de la grande histoire du cinéma,

Ceux qui s'attendront à rire à gorge déployée en allant voir Les Faussaires de Manhattan se trompent manifestement de porte. Tout au plus, y sourit-on et encore de manière assez grinçante. Ce film suit les dérives et mésaventures d'une quinquagénaire, vieille fille alcoolique, vivant avec son chat, ancienne biographe à succès, qui a laissé passer sa période de gloire et touche depuis régulièrement le fond : pas d'argent, pas de vie sociale, pas de reconnaissance critique. Après avoir bien sombré, elle trouve un semblant de solution en imitant le style d'écrivains décédés dans des dédicaces de bouquins et correspondances qu'elle vend à prix élevé. Elle va entraîner dans cette arnaque un dandy gay (excellent Richard E. Grant), ce qui lui permettra d'esquisser un semblant de rapport humain...

Inspiré par une histoire vraie, Les Faussaires de Manhattan nous montre en effet Melissa McCarthy endossant le rôle de Lee Israel, personnage assez antipathique et surtout très solitaire, grande perdante de la vie, que l'on ne cherchera pas du tout à qualifier de magnifique. Elle a tout simplement tout raté, sa vie personnelle, sa carrière d'écrivaine, et se montre absolument détestable dans ses rapports humains. Seul son chat trouve grâce à ses yeux. La performance de McCarthy consiste à, sans effectuer le moindre racolage humoristique, à rendre ce personnage attachant et humain, ce qui n'allait pas de soi au départ. Toutes proportions gardées, cette interprétation s'apparente à celles de beaucoup de comiques s'attaquant à des rôles dramatiques : McCarthy fait ici son Tchao Pantin et le réussit plutôt bien. Elle est en plus assez aidée par son partenaire Richard E. Grant qui compose avec elle un tandem de vrais-faux amis relativement crédible, constituant la colonne vertébrale de ce film.

"Colonne vertébrale", on utilise à dessein cette expression, car hors de ce tandem, point de salut. Le film aurait dû être réalisé par Nicole Holofcener, réalisatrice assez talentueuse, en particulier de certains épisodes de Six Feet Under, qui avait engagé Helena Bonham Carter puis Julianne Moore pour le rôle de Lee Israel. Suite à sa défection, elle a été remplacée par Marielle Heller qui n'a guère su insuffler le rythme nécessaire à cette histoire de faux-semblants et de masques littéraires. En-dehors des compositions des rôles principaux, on se retrouve donc avec une histoire de minables arnaqueurs à la petite semaine qui se raccrochent à la grande histoire littéraire par raccroc, en imitant sans essayer de créer. Néanmoins, Les Faussaires de Manhattan se coule paresseusement dans l'imitation de formes compassées et désuètes, et ne parviendra pas à se raccrocher aux wagons de la grande histoire du cinéma, même si on pense de très loin à La Chienne de Jean Renoir, pour le destin des œuvres artistiques. Comme les tableaux dans La Chienne, les dédicaces et autres correspondances continueront à imposer l'empire du faux, en devenant des œuvres cotées. Ce ne sera pas le destin de ce film, aussitôt vu, aussitôt oublié, qui restera à l'état de croûte artistique.

Informations

Détails du Film Les Faussaires de Manhattan (Can you ever forgive me)
Origine Etats Unis Signalétique Tous Publics
Catégorie Film Genre Comédie Dramatique - Biopic
Version Cinéma Durée 107 '
Sortie 31/07/2019 Reprise -
Réalisateur Compositeur
Casting Melissa McCarthy - Richard E. Grant
Synopsis Ancienne auteure à succès aujourd’hui sans le sou, Lee Israel se découvre par hasard un don exceptionnel : celui d’imiter à la perfection le style de grands romanciers. Avec l’aide de son ami Jack, elle monte une arnaque imparable: rédiger de fausses correspondances entre auteurs célèbres, que Jack revend à prix d’or aux collectionneurs new-yorkais. Grisés par le succès, les deux faussaires ne voient pas que le FBI commence à s’intéresser à eux…

Publicité Amazon - Soutenez Retro-HD

Publicité Google - Soutenez Retro-HD

Publicité Google - Soutenez Retro-HD

Publicité Amazon - Soutenez Retro-HD

Laissez un commentaire

Publicité Google - Soutenez Retro-HD

Dernières Critiques