Critique The OA - Saison 1 (The OA - Season 1)

The OA - Saison 1
The OA (The Original Angel) est une œuvre-manifeste à haute densité émotionnelle, mystique et philosophique : l’amour et la foi peuvent abattre les frontières entre le monde des vivants et des morts.

Verdict Note : Exceptionnel ! Exceptionnel !

Par Jean HARTLEYB

Critique de la Série

Le mystère Brit/Prairie Marling…

Des premiers courts-métrages tournés dans un quartier anonyme de Los Angeles à la production à flux tendu de franchises plus ou moins dispensables, le cinéma américain a dès l’origine été envisagé par ses promoteurs et financiers comme le principal levier de diffusion de l’American Way of Life. En proie à des mouvements de revendications sociales et raciales, à des accès de violence sur ses minorités et à un oubli volontaire des épisodes les plus douloureux de sa jeune histoire, la nation américaine n’avait sans doute pas d’autre alternative que d’éteindre les premiers doutes et questionnements sur ses origines et ses génocides récents en faisant du 7ème art son agent de propagande attitré. Entre intérêts bien compris, films de commande et coproductions, l’histoire est depuis lors riche d’interférences entre les grands studios et Washington. « Aux Etats-Unis, on assiste depuis toujours à un conflit quasi-religieux des valeurs et l’une des conséquences de cette bataille est un système partisan où, plutôt que de chercher le centre, les armées des Bleus et des Rouges se battent à mort sur les traditions et la modernité, la foi et le cosmopolitisme, l’égalité des chances et l’égalité des résultats. » (Jack Citrin)

The OA (The Original Angel) est une œuvre-manifeste à haute densité émotionnelle, mystique et philosophique : l’amour et la foi peuvent abattre les frontières entre le monde des vivants et des morts.

Un centre névralgique existe bien dans la culture américaine, formatant visions et représentations du monde. Entre histoire et mémoire, réalité(s) et fictions, récits de fondation et purs divertissements, blockbusters et films non-distribués, film engagé et screwball comedy, le cinéma américain et plus récemment l’univers sériel imposent depuis un siècle à l’ensemble des publics ses archétypes, ses mythologies, ses relectures, ses topographies, ses héros, ses fantasmes, ses poncifs, ses normes de féminité et de virilité, son iconographie, ses abréviations visuelles, ses dramaturgies, ses chefs-d’œuvre et ses dumb guy films (films de crétins), son intertextualité, ses séquences narratives, son impérialisme doctrinal, sa force de frappe marketing, ses expérimentations ou ses dogmes formels. Trop longue cette phrase ? Hollywood vaut bien une hyperbole…

Au milieu donc coulerait une rivière, sauvage par endroits, plus lisse à d’autres. Il existe autant de manières d’appréhender “Hollywood” que d’analyser le “Rosebud” de Charles Foster Kane. Opium du peuple, outil de gouvernance et de diffusion du soft power américain, agent de propagation du sexisme ordinaire, de l’objectivation du corps féminin, de l’inégalité entre les sexes et de leurs exacts contre-modèles, usine à rêves et caisse de résonance des grandes peurs collectives, “Hollywood” est un peu tout cela. Bras culturel de l’idéologie dominante et fabrique du consentement, le cinéma américain vacille parfois sur ses fondations lorsque quelques-unes de ses plus éminentes incarnations à l’écran font le choix de s’écarter du conformisme ambiant en prenant le risque de ternir leur image, leur plan de carrière et leur réputation.

« Toute star est l’expression d’un désir collectif inconscient ». Malraux ne s’y était pas trompé : la célébrité hollywoodienne est à des années-lumière de son actuel et insignifiant avatar, le “people”. Lorsqu’elles se rangent aux côtés des minorités (LGBTQ+, migrants, SDF), des femmes (#HeForShe, #MeToo, #Sisterhood, #WomensWave…), de l’environnement, de l’UNICEF, de l’aide aux réfugiés climatiques et aux victimes de catastrophes naturelles, de la lutte contre la faim et la malnutrition, de l’abolition de la peine de mort ou des candidats à l’élection présidentielle, les stars américaines incarnent et personnifient ce que les Etats-Unis _ avec toutes ses imperfections _ nous ont offerts en partage : des idéaux prêts à l’emploi, une certaine idée de l’engagement et du vivre-ensemble, l’espoir de meilleurs lendemains malgré les épreuves de la vie.

Dans les recensions mises en ligne sur les sites web spécialisés, au milieu des Shailene Woodley, Ellen Page, Emma Watson, Lena Dunham, America Ferrera ou Natalie Portman, toutes ouvertement engagées dans de grandes causes sociétales, un nom manque systématiquement à l’appel, celui de Brit Marling. Comment expliquer la méconnaissance entourant ses engagements politiques, sa créativité, son talent d’écriture, la virtuosité de ses arcs narratifs, ses partis pris artistiques osés, ses prises de risque financier et la dimension spirituelle de ses questionnements, sinon par son peu d’appétence pour les tapis rouges et les célébrations œcuméniques (hormis à Sundance), sa discrétion dans les grands médias américains, l’incuriosité d’une corporation peut-être un peu trop habituée à courir aux avant-premières mainstream ou plus prosaïquement son absence dans la distribution d’un blockbuster ayant marqué les esprits ? A moins que sa prestance naturelle ou ses multiples casquettes d’actrice, scénariste, réalisatrice, productrice et…d’ancienne salariée de Goldman Sachs n’effraient le tout-venant journalistique ?

Si son physique “pneumatique” (Huxley) aurait logiquement dû braquer les projecteurs médiatiques sur elle et qu’il n’en a rien été (les féministes sur le qui-vive auront noté, je l’espère, que la mention de sa plastique avantageuse vient en dernier), difficile d’éclaircir le mystère, d’autant que Brit Marling a été à la manœuvre de films bardés de distinctions dans de nombreux festivals, aussi pertinents, aboutis, (perfectibles), originaux et dans l’air du temps que The East (Zal Batmanglij 2013), Another Earth (Mike Cahill, 2011) ou Sound of My Voice (Zal Batmanglij, 2011). Où il est question d’écoterrorisme, de mondes parallèles, de rémission, de philosophie immatérialiste, de sacrifice de soi, de lutte contre les courants sectaires et de conflits moraux. Soit autant de portes d’entrée pour pénétrer un univers riche et à la complexité assumée mais peut-être trop avare de connivence pour faciliter les présentations.

Curieusement, le succès public autant que d’estime de la série The OA (diffusée sur Netflix depuis 2016), dont elle est l’interprète principale et la coscénariste, ne semble pas avoir complètement rebattu les cartes. The OA (The Original Angel) est une œuvre-manifeste à haute densité émotionnelle, mystique et philosophique. Le pitch ? Prairie Johnson (née Nina Azarova), fille d’un oligarque russe dans une “première” vie, a été adoptée par un couple d’Américains de la middle-class à la mort (?) de son père. Aveugle, Nina/Prairie s’est construite autour de deux traumas fondateurs : une expérience de mort imminente (suite à un accident de la route survenu sur fond de règlements de compte mafieux) et la conviction de pouvoir un jour retrouver son père dans un monde parallèle. Son enlèvement par un savant-fou au sortir de l’adolescence, sa séquestration pendant sept années dans une cage en verre avec quatre autres compagnons d’infortune (dont la surdouée chanteuse d’indie rock Sharon Van Etten) vont affermir une certitude profondément ancrée en elle depuis l’enfance : l’amour et la foi peuvent abattre les frontières entre le monde des vivants et des morts.

How ? En reconstituant le groupe originel, composé à présent d’une enseignante et de 3 jeunes convertis à sa croyance (tous en pleine crise identitaire pour des raisons dévoilées au fur et à mesure du récit) et en effectuant avec eux une sublime chorégraphie (imaginée par Ryan Heffington) ouvrant les portes vers une autre dimension de l’existence. Signes d’une époque troublée, des flashmobs sont régulièrement organisés au pied de la Trump Tower à New York (https://www.youtube.com/watch?v=vlRNnC7GupQ)... La supplique “Angel, take me with you !” clôt la première saison. On serait tenté de la reprendre à notre compte et de la compléter par la célèbre citation de Milton “The world is a fine place and worth fighting for” pour l’adresser respectueusement à Brit/Nina/Prairie. En espérant que les grands studios se souviennent un jour de ce qu’ils doivent à l’engagement et au charisme de l’une des plus talentueuses de leurs stars…

Informations

Détails de la Série The OA - Saison 1 (The OA - Season 1)
Origine Etats Unis Signalétique Tous Publics
Catégorie Série Genre Drame
Version TV Durée 60 '
Sortie 16/12/2016 Reprise -
Réalisateur Zal Batmanglij - Brit Marling Compositeur
Casting Jason Isaacs - Alice Krige - Brit Marling - Scott Wilson - Phyllis Smith - Emory Cohen
Synopsis Prairie Johnson portée disparue depuis plusieurs années, réapparaît tout à coup. La jeune femme ne peut reconnaître personne puisqu'elle était aveugle avant sa disparition. Elle a regagné la vue, beaucoup de questions s'articulent autour de sa mystérieuse disparition et réapparition au point que cette affaire intrigue le FBI et effraie sa famille.

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