Critique Vita et Virginia (Vita and Virginia)

Vita et Virginia
Vita et Virginia parvient à transcender le genre du biopic littéraire, en réussissant à faire vivre devant nous deux êtres qui s'aimaient.

Verdict Note : Intéressant dans son ensemble. Intéressant dans son ensemble.

Par David Speranski

Critique du Film

Le biopic d'écrivaines représente une mini-tendance du cinéma d'aujourd'hui, qui plus est, lorsque ledit biopic est réalisé par une femme metteur en scène. On peut ainsi rapprocher Vita et Virginia de Chanya Button, sur l'histoire d'amour clandestine, (car homosexuelle), entre Vita Sackville-West et la géniale Virginia Woolf, de Mary Shelley de Haifaa al-Mansour. Dans les deux cas, il s'agit de deux femmes écrivaines, britanniques, visionnaires et trop en avance sur leur époque, considérées par des réalisatrices, un peu moins visionnaires, s'appliquant surtout à restituer de manière plus ou moins sage et classique leurs tourments et états d'âme.  

Vita et Virginia parvient à transcender le genre du biopic littéraire, en réussissant à faire vivre devant nous deux êtres qui s'aimaient.

En 1922, Vita Sackville-West, aristocrate provocatrice, et Virginia Woolf, femme de lettres introvertie, se rencontrent. Toutes les deux mariées, elles font faire fi de leurs ménages respectifs et des convenances pour se lancer à corps et cœur perdu dans une passion clandestine et régénératrice. 

Stylistiquement, on aurait pu craindre de Vita et Virginia les travers habituels de ce type de biopic, c'est-à-dire l'académisme du film d'époque. Or, même si son film n'en est pas complètement exempt, Chanya Button, grande spécialiste de Virginia Woolf à qui elle a consacré un mémoire, a su éviter en grande partie cet écueil. Tout d'abord, elle a décidé d'éviter la trop grande ressemblance des comédiennes avec les modèles littéraires, ce qui donne ainsi plus de vie, de naturel et paradoxalement, de vraisemblance. Contrairement à Nicole Kidman dans The Hours, qui a dû s'affubler d'un faux nez extrêmement voyant pour incarner Virginia Woolf, (ce qui a lui a valu le seul Oscar de sa carrière), Elizabeth Debicki interprète la romancière sans artifice de maquillage ou de prothèse. On pourrait certes reprocher à la comédienne sa trop grande beauté par rapport à la véritable Virginia Woolf qui témoignait de traits beaucoup plus ingrats. Mais en fait, Debicki interprète de l'intérieur l'écrivaine et réussit à traduire à l'écran son intensité et sa psyché. 

Ensuite, Chanya Button a beaucoup travaillé la bande-son de son film, à base de bruits de machines à écrire et de halètements féminins. Elle a même choisi à l'instar d'une Sofia Coppola dans Marie-Antoinette, d'accompagner des images de reconstitution d'époque par une musique électro récurrente, de très bon aloi, qui modernise discrètement et élégamment l'ensemble du film. Visuellement, elle a également choisi de montrer la correspondance entre Vita et Virginia par des plans face caméra légèrement floutés qui s'inspirent des mêmes regards caméra issus du romanesque Les Deux Anglaises et le Continent de François Truffaut. On imagine sans peine que Chanya Button ait voulu s'inspirer de la vision romanesque et exaltée de l'amour que François Truffaut chérissait.   

Elle parvient en partie à le faire, grâce surtout à ses comédiennes, Gemma Arterton et Elizabeth Debicki, toutes les deux remarquables de subtilité et de retenue, surtout la deuxième. L'impressionnante différence de taille entre les deux, Debicki avoisinant le mètre 90, finit même par raconter le contraste entre les deux personnalités de Vita et Virginia, entre la femme normale, quoique aristocrate, et le génie planant dans les hautes sphères de l'intellect. Vita et Virginia parvient également à faire ressentir sans lourdeur le féminisme précurseur de ces deux personnalités hors du commun. Il est amusant de constater que Vita Sackville-West qui écrivait aussi, vendait beaucoup plus d'ouvrages que Virginia Woolf à l'époque, ce que le film ne se prive pas de rappeler à maintes reprises.  Le film se termine par la rédaction du roman Orlando, inspiré par Vita, qui renouvelle la notion du genre du personnage et la réflexion sur l'identité et l'art. On en est légèrement frustré car le film ne raconte donc pas la suite de l'amour de Vita et de Virginia et la manière dont elles sont restées amies, en dépit de la fin de leur amour, ce qui aurait pu s'avérer au moins aussi intéressant. Néanmoins, malgré quelques imperfections et un aspect fatalement trop verbeux, Vita et Virginia parvient à transcender le genre du biopic littéraire, en réussissant à faire vivre devant nous deux êtres qui s'aimaient.  

Informations

Détails du Film Vita et Virginia (Vita and Virginia)
Origine Angleterre Signalétique Tous Publics
Catégorie Film Genre Drame - Biopic - Romance
Version Cinéma Durée 110 '
Sortie 10/07/2019 Reprise -
Réalisateur Chanya Button Compositeur
Casting Gemma Arterton - Isabella Rossellini - Elizabeth Debicki
Synopsis Virginia Woolf et Vita Sackville-West se rencontrent en 1922. La première est une femme de lettres révolutionnaire, la deuxième une aristocrate mondaine. Quand leurs chemins se croisent, l'irrésistible Vita jette son dévolu sur la brillante et fragile Virginia. Commence une relation passionnelle qui fait fi des conventions sociales et de leurs mariages respectifs. La fascination que Virginia ressent pour Vita, l'abîme entre sa vie d’artiste et le faste de l'excentrique aristocrate donneront naissance à Orlando, une de ses œuvres maîtresses, bouleversante réflexion sur le genre et sur l’art.

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