Critique Anna

Anna
Anna, en comparaison, réévaluerait à la hausse le fort maladroit Red Sparrow de Francis Lawrence, plus ou moins bâti sur la même intrigue, au niveau d'un chef-d'oeuvre, c'est dire l'étendue du désastre.

Verdict Note : A louper sans aucun regret. A louper sans aucun regret.

Par David Speranski

Critique du Film

Plongé dans une tourmente qui semble n'en plus finir, Luc Besson fait face actuellement à une dizaine d'accusations d'agressions sexuelles et à la mise en sauvegarde judiciaire de sa société EuropaCorp. Il aurait donc bien besoin d'un succès public et critique, assez immédiat, pour redorer son image et renflouer sa société. Par conséquent, il a décidé de revenir à ses fondamentaux : une héroine forte dans un film d'action et d'espionnage, recette éprouvée de beaucoup de ses films à partir de Nikita dont Anna semble le remake plus ou moins avoué. Nous ne nous prononcerons pas ici sur sa situation judiciaire mais uniquement sur la réussite ou non de son film. Luc Besson, a-t-il eu raison de revenir au type d'histoire qui a fait en grande partie sa renommée dans les années 90?

Anna, en comparaison, réévaluerait à la hausse le fort maladroit Red Sparrow de Francis Lawrence, plus ou moins bâti sur la même intrigue, au niveau d'un chef-d'oeuvre, c'est dire l'étendue du désastre.

Si on se souvient un peu de Nikita, ce film nous narrait l'histoire d'une délinquante qui était reconvertie en espionne, sous l'influence d'une mentor féminine, et se retrouvait ballottée entre un amoureux ignorant de son activité secrète et un patron des services d'espionnage, plus ou moins également amoureux d'elle. Cette fois-ci, Besson a internationalisé son intrigue : Anna est une espionne russe, prise entre deux feux, le KGB et la CIA. Néanmoins, en résumant, si on remplace Jeanne Moreau par Helen Mirren et Tchéky Karyo par Cillian Murphy, on se retrouve approximativement devant la même histoire. 

Le principal problème, c'est que Besson n'y croit plus et ce faisant, ne peut plus nous y faire croire. Là où Anne Parillaud exprimait une certaine rage d'actrice méprisée, Sasha Luss (attention aux contrepèteries) n'a que son apparence lisse et sa silhouette impeccable de mannequin à promener de séquence en séquence. Dans les années 90, Besson bénéficiait de l'effet de surprise : il était quasiment le seul à entreprendre ce type de film, en particulier en France. Ce n'est plus le cas aujourd'hui. Pour n'en citer qu'un, Atomic Blonde de David Leitch avec Charlize Theron représente un exemple récent de ces films d'espionnage. La comparaison s'avère extrêmement défavorable à Besson, non seulement par rapport à son passé mais également par rapport à ses concurrents directs. Avec ses afféteries narratives, "six mois avant", "trois mois après", de retours en arrière incessants et de projections en avant lassantes, qui feraient passer le Resnais première manière pour un narratif linéaire, Besson masque du vide.  Anna, en comparaison, réévaluerait à la hausse le fort maladroit Red Sparrow de Francis Lawrence, plus ou moins bâti sur la même intrigue, au niveau d'un chef-d'oeuvre, c'est dire l'étendue du désastre. 

D'Anna, il restera surtout une séquence assez impressionnante de baston dans un grand restaurant. Néanmoins, en la voyant, on finit par réaliser que Besson, en mettant en scène des femmes fortes dans des séquences d'action, ne revendique ni n'assume en fait aucun féminisme. S'il le fait, c'est pour imiter des metteurs en scène qui ont été ses modèles, Ridley Scott et James Cameron, qui, eux, le faisaient par féminisme volontaire. Chez Besson, la femme est vue comme un vecteur d'action, comme pour Nikita, la Matilda de Léon, Jeanne d'Arc, Lucy, Laureline, etc. mais en aucun cas comme une entité revendicatrice par rapport aux hommes. Or, pour la première fois dans un film de Luc Besson, on entendra à la fin une réplique où Besson essaiera de se raccrocher de manière assez pathétique à la vague du #metoo: "ça suffit, les mâles dominants!". Cette réplique est finalement contredite par une autre, la réplique finale, qui, même si elle est prononcée par une femme, donne une idée de la véritable pensée de Luc Besson : "Bitch!", que nous ne traduirons pas, par respect pour la gent féminine.  

Informations

Détails du Film Anna
Origine France Signalétique Tous Publics
Catégorie Film Genre Action - Thriller
Version Cinéma Durée 90 '
Sortie 10/07/2019 Reprise -
Réalisateur Luc Besson Compositeur Eric Serra
Casting Cillian Murphy - Helen Mirren - Luke Evans - Sasha Luss
Synopsis Les Matriochka sont des poupées russes qui s’emboîtent les unes dans les autres. Chaque poupée en cache une autre. Anna est une jolie femme de 24 ans, mais qui est-elle vraiment et combien de femmes se cachent en elle ? Est-ce une simple vendeuse de poupées sur le marché de Moscou ? Un top model qui défile à Paris ? Une tueuse qui ensanglante Milan ? Un flic corrompu ? Un agent double ? Ou tout simplement une redoutable joueuse d’échecs ? Il faudra attendre la fin de la partie pour savoir qui est vraiment ANNA et qui est "échec et mat".

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