Critique Zombi Child

Zombi Child
Dans sa quête d'équilibre, le film vacille entre la fascination pour l'histoire de son zombi et le désintérêt pour son pensionnat de jeunes filles. Entre la gravité d'un monde et la futilité de l'autre, le réalisateur peine à dépasser le stade...

Verdict Note : Intéressant dans son ensemble. Intéressant dans son ensemble.

Par Pierre LARVOL

Critique du Film

Parfois, tout peut se jouer à une simple lettre. D'un mot à l'autre, d'une signification à l'autre, d'un destin à l'autre. Le zombi du réalisateur français Bertrand Bonello n'a en commun que le mouvement de ses lointains confrères de la pop culture, les zombies. Un curieux et mystique voyage dans le temps où, dans un contraste surprenant, dialoguent la France d'aujourd'hui et l'Haïti d'hier.

Une proposition singulière, à l'identité forte et aux questionnements profonds sur la transmission et l'appropriation. Une autre façon de découvrir la figure du zombie.

Haïti, 1962. Un homme s'effondre au milieu de la rue. Plus tard, un cortège l'amène dans une tombe du cimetière, dernière demeure du défunt. Malheureusement pour Clairvius Narcisse, la vie autant que la mort lui ont été retirées : un autre enfer l'attend, celui des plantations. Flottant dans un entre-deux, réduit à un corps, le pauvre homme est esclave de sa condition de zombi. Cinquante ans plus tard, dans le silence de la nuit du pensionnat de la Légion d'honneur à Paris, une adolescente haïtienne partage à ses nouvelles amies les rites et histoires de sa famille. Au risque pour l'une d'entre elles, en proie à un chagrin amoureux, de commettre par la suite l'irréparable.

Jouant des liens, aussi bien entre la vie et la mort, que des lieux et époques, Zombi Child est une proposition singulière. La petite fille de Clairvius Narcisse trace d'une certaine manière, un sillon dans le temps. Son héritage culturel, emprunt de traditions mystiques, est une somme qui intéresse. Rejetée dans un premier temps par une sororité de jeunes filles, sa différence se transforme finalement en curiosité, lui donnant ainsi accès au groupe. C'est à la lueur des bougies qu'elles se retrouvent le soir pour discuter et notamment échanger sur les rites haïtiens. Et c'est peut-être là que le bât blesse le plus dans le dernier film de Bertrand Bonello : le jeu d'équilibriste du réalisateur et scénariste peine parfois à convaincre. Zombi Child ne parvient que timidement à créer le frottement attendu entre les temporalités, donnant une impression d'assister au croisement improbable de deux films. Entre le tragique destin de Clairvius Narcisse et celui de Fanny, qui souhaite oublier celui qu'elle portait dans son cœur quelques jours plus tôt, il y a en effet une certaine marge. Heureusement, le film en joue dans son dernier acte au travers de la figure d'un puissant esprit, ne comprenant pas son intervention pour un chagrin d'amour.

Pour autant, malgré ses errements scénaristiques, les thématiques restent intéressantes et s'avèrent particulièrement bien amenées par l'historien Patrick Bucheron lors d'une scène où apparaît l'essence du film : son questionnement sur l'appropriation. Appropriation du corps, de la culture, de l'histoire, à l'heure du libéralisme. Plus que simplement documenté sur les coutumes haïtiennes, le film a justement bénéficié d'un tournage en Haïti. C'est d'ailleurs là sa force, Zombi Child se montrant à quelques occasions à la frontière du documentaire. Sa photographie, naturelle et à la lumière rare, restitue avec justesse et humilité l'intrigant univers qu'il emprunte. De magnifiques plans, sensibles et maîtrisés, parcourent le film. La bande originale de Bertrand Bonello accompagne également efficacement l'œuvre.

Aussi imparfait et maladroitement écrit soit-il, Zombi Child n'en reste pas moins surprenant. Dans sa quête d'équilibre, le film vacille entre la fascination pour l'histoire de son zombi et un certain désintérêt pour son pensionnat de jeunes filles. Entre la gravité d'un monde et la futilité de l'autre, le réalisateur peine à dépasser le stade de la théorie. Reste une proposition singulière, à l'identité forte et aux questionnements profonds sur la transmission et l'appropriation. Une autre façon de découvrir la figure du zombie.

Informations

Détails du Film Zombi Child
Origine France - Indisponible Signalétique Tous Publics
Catégorie Film Genre Drame
Version Cinéma Durée 103 '
Sortie 12/06/2019 Reprise -
Réalisateur Bertrand Bonello Compositeur
Casting Wislanda Louimat - Adilé David - Louise Labeque
Synopsis Haïti, 1962. Un homme est ramené d'entre les morts pour être envoyé de force dans l'enfer des plantations de canne à sucre. 55 ans plus tard, au prestigieux pensionnat de la Légion d'honneur à Paris, une adolescente haïtienne confie à ses nouvelles amies le secret qui hante sa famille. Elle est loin de se douter que ces mystères vont persuader l'une d'entre elles, en proie à un chagrin d'amour, à commettre l'irréparable.

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