Critique Take me Somewhere Nice (TAKE ME SOMEWHERE NICE)

TAKE ME SOMEWHERE NICE
Naviguant aisément entre la maîtrise visuelle de Léonor Serraille pour Jeune Femme (Caméra d'Or 2017) et la spontanéité explosive de Laetitia Dosch, Take me somewhere nice se tient tranquillement devant nous, tel un sage qui aurait compris toutes...

Verdict Note : Un très bon moment en perspective. Un très bon moment en perspective.

Par Justine VIGNAL

Critique du Film

Road Trip en terre inconnue

Voilà. Elle se trouve ici la plus belle surprise de la sélection ACID Cannes. Cela ne sert à rien de continuer les recherches. Take me somewhere nice éblouit d'autant plus que sa réalisatrice assume un univers très particulier seulement après quelques courts-métrages (qui avaient déjà enthousiasmé de nombreux festivals, dont une sélection de Import aux Oscars, tout de même!). Pour son premier long, Ena Sendijarević réussit à métamorphoser un sujet ordinaire (des jeunes désorientés) en un magnifique tableau vivant, capturant son spectateur grâce à ses pinceaux de bonne fée et le happant en son sein.

Alma, une jeune Hollandaise presque adulte, voyage en Bosnie à la recherche d'un père qu'elle n'a jamais rencontré. Elle embarque pour un road trip imprévisible à travers tout le pays, accompagnée de son cousin et son meilleur ami...

Naviguant aisément entre la maîtrise visuelle de Léonor Serraille pour Jeune Femme (Caméra d'Or 2017) et la spontanéité explosive de Laetitia Dosch, Take me somewhere nice se tient tranquillement devant nous, tel un sage qui aurait compris toutes les souffrances et les joies qu'apportent la vie.

Merveilleux récit d'apprentissage, Take me somewhere nice touche par la sincérité avec laquelle il dépeint des personnages complexes, atypiques et éprouvés juste par le fait d'exister. L'authenticité du film est telle qu'on jurerait avoir vécu ce road trip existentiel à leurs côtés, nos yeux suintants malgré nous, atteints par tant de beauté tragique et burlesque. Non sans rappeler les dramédies de Justine Triet, Ena Sendijarević maîtrise déjà l'art funambulesque des situations tragi-comiques. Ainsi, la parfaite proportion de silences gênants provoque des rires inexplicables (Alma donne à manger à ses poissons morts comme si c'était habituel). Naviguant aisément entre la maîtrise visuelle de Léonor Serraille pour Jeune Femme, la Caméra d'Or 2017, et la spontanéité explosive de Laetitia Dosch (dans le même film ou dans Gaspard va au mariage), Take me somewhere nice se tient tranquillement devant nous, tel un sage qui aurait compris toutes les souffrances et les joies qu'apportent la vie.

Le personnage d'Alma donne l'impression de retrouver la petiote de Little Miss Sunshine, 15 ans plus tard, avec ses yeux toujours grands ouverts mais désormais vitreux de tristesse, reflétant une âme avide de vie et brinquebalée en son flot violent. Un flot qu'elle tente de dompter grâce à l'appropriation de son corps. Ni prude, ni conservatrice, la sexualité d'Alma guérit la violence qu'elle a subie et libère les tensions qu'elle ressent encore. La pure originalité du film réside là, dans la manière de traiter le désir féminin : la pulsion sexuelle féminine devient animale et naturelle. Alma décide de prendre son plaisir dans les toilettes d'un train ou en plein milieu de la nuit et de la forêt... Si Abdellatif Kechiche est accusé d'apologie du "male gaze" pour son Mektoub my love : Intermezzo, Take me somewhere nice représente une bouffée de "female gaze" honnête et qui fait du bien. Voici enfin un film qui parle de la corporalité féminine avec justesse et humour.

La sincérité du propos s'accompagne d'un univers formel obsédant. Là où un format 4/3 cherche à retrouver l'atmosphère du cinéma muet (The Lighthouse), Take me somewhere nice l'utilise pour retranscrire une impression profondément contemporaine, semblable à une photo Instagram qui prendrait vie sous nos yeux. Les couleurs pastels tape-à-l’œil et omniprésentes accentuent le style instagrammable, contrebalancé par de nombreuses perspectives en grands angles sur les différents lieux de vie où passe la protagoniste (un motel vieillot, des paysages grandioses...) qui évoquent une œuvre tatiesque ultra-moderne. Sendijarević doit être passionnée par les pieds et les jambes car ces derniers se retrouvent souvent en mouvement au centre du cadre. Étonnamment sans propriétaires, les membres ressemblent à des orphelins sans buste, égarés eux aussi dans ce récit rocambolesque. Les dialogues peu nombreux permettent une immersion émotionnelle accrue et impressionnent dès qu'ils surgissent : "Artiste ou prostituée c'est la même chose, on recherche de l'attention et de l'argent." L'intelligence du film frappe de plein fouet et demeure longtemps en mémoire grâce à l'équilibre bien dosé entre profondeur et légèreté. Avec une force tranquille, Ena Sendijarević marque le cinéma de sa griffe aiguisée et nous laisse impatients de découvrir sa prochaine pépite.

Informations

Détails du Film Take me Somewhere Nice (TAKE ME SOMEWHERE NICE)
Origine Pays-Bas - Indisponible Signalétique Indisponible
Catégorie Film Genre Comédie - Drame - Tranche de Vie
Version Cinéma Durée 91 '
Sortie Prochainement Reprise -
Réalisateur Ena Sendijarevic Compositeur Ella Van der Woude
Casting Sara Luna Zorić - Lazar Dragojević - Ernad Prnjavorac
Synopsis Alma voyage depuis les Pays-Bas jusqu'à la Bosnie pour rendre visite à son père qu'elle n'a jamais rencontré. Accompagnée de son cousin et d’un ami, elle s’embarque dans un road-trip imprévisible au cœur du pays.

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