Critique Parasite (Gisaengchung)

Parasite
Si le jury souhaite récompenser un film esthétiquement sans faille qui transpire de contemporanéité, Parasite, flamboyant symbole de son époque, est alors tout trouvé pour remporter la Palme d’or.

Verdict Note : Exceptionnel ! Exceptionnel !

Par Emilie BOCHARD

Critique du Film

Lors de son dernier passage à Cannes en 2017, le cinéaste sud-coréen Bong Joon-ho avait plutôt déchaîné les passions. Son film Okja, produit par Netflix, avait fait scandale sur la Croisette car il n’était pas destiné à être diffusé en salles mais sur les petits écrans du monde entier. Cela n’a pas empêché les membres du comité de sélection de choisir son nouveau film pour le propulser cette année parmi la compétition de la Sélection officielle. Bien leur en a pris, car Bong Joon-ho livre avec Parasite un brûlot politique essentiel, qui risque également de faire couler beaucoup d’encre, mais cette fois-ci pour de bonnes raisons.

Après Snowpiercer et Okja, deux fables écologiques plutôt engagées, Bong Joon-ho s’attaque désormais à la lutte des classes qui, aujourd’hui, règne encore de façon implacable en Corée du Sud. Avec une virtuosité incontestable, le cinéaste suit le parcours de la famille Ki-taek : tous au chômage, vivotant plus ou moins joyeusement dans un taudis privé de wi-fi que les badauds viennent arroser régulièrement de leur urine, cette bande d’usurpateurs nés infiltrera sans vergogne le doux foyer d’une petite famille bourgeoise, dans l’espoir d’améliorer ses conditions de vie. La tendresse est instantanée pour ces individus sans le sou, qui se montrent toujours plus ingénieux dans leur façon de voler aux riches pour donner aux pauvres, en l’occurrence eux-mêmes.

Si le jury souhaite récompenser un film esthétiquement sans faille qui transpire de contemporanéité, Parasite, flamboyant symbole de son époque, est alors tout trouvé pour remporter la Palme d’or.

Si Bong Joon-ho revient à l’épure après le grand-guignolesque d’Okja, son film n’en est pas pour autant dénué de génie. Grâce à une mise en scène des plus brillantes, dans laquelle les corps se livrent à un prodigieux ballet, le cinéaste maîtrise ses ambiances à la perfection, en prenant le temps de bien mettre en place les rouages d’une satire sociale à l’humour décapant, avant de basculer vers l’horreur la plus absolue. En jonglant ainsi d’un registre à l’autre avec une maestria toute naturelle, Bong Joon-ho crée une œuvre détonante, aussi bien sur le plan visuel et narratif, que dans son propos politique forcément fédérateur.

Dans cette farce cauchemardesque, Bong Joon-ho s’amuse à tourner en ridicule ses personnages, sans jamais tomber dans la facilité. L’ennui n’a jamais droit de cité dans ce long huis-clos savoureux de plus de deux heures quinze, où les riches ne sont que des petites natures qui idolâtrent leurs enfants jusqu’à l’absurde et où les pauvres se doivent de s’en sortir par eux-mêmes, quels que soient les moyens peu orthodoxes utilisés. L’on se demande alors qui sont les véritables parasites dans cette société polarisée, où les extrêmes ne peuvent cohabiter que dans l’hypocrisie, la violence et le mépris mutuel.

À l’instar de ses compatriotes Dernier train pour BusanTunnel et surtout Burning, présenté en Compétition officielle l’an passé, Parasite exorcise tous les démons de la Corée du Sud actuelle. Dans une scène extrêmement caustique, Bong Joon-ho se moque ouvertement du dictateur Kim Jong-un, comme pour mieux ombrager la menace que représente encore la Corée du Nord dans les esprits des sudistes. Enfin, après tant d’acidité et de radicalité, Bong Joon-ho nous enrobe dans une douceur inattendue : en donnant à son film des allures de drame humain, le cinéaste rend hommage de façon émouvante à ces êtres éternellement condamnés à vivre en marge, dans le sous-sol des élites. Si le jury souhaite récompenser un film esthétiquement sans faille qui transpire de contemporanéité, Parasite, flamboyant symbole de son époque, est alors tout trouvé pour remporter la Palme d’or.

Informations

Détails du Film Parasite (Gisaengchung)
Origine Corée du Sud Signalétique Tous Publics
Catégorie Film Genre Thriller - Drame
Version Cinéma Durée 132 '
Sortie 05/06/2019 Reprise -
Réalisateur Bong Joon-Ho Compositeur
Casting Song Kang-Ho - Sun-kyun Lee - So-Dam Park
Synopsis Toute la famille de Ki-taek est au chômage, et s’intéresse fortement au train de vie de la richissime famille Park. Un jour, leur fils réussit à se faire recommander pour donner des cours particuliers d’anglais chez les Park. C’est le début d’un engrenage incontrôlable, dont personne ne sortira véritablement indemne...

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