Critique Viendra le feu (O Que Arde)

Viendra le feu
Viendra le feu relève du "mélodrame sec" : des personnages aux larmes contenues, une émotion étouffée qui explose d'un coup en même temps qu'une tempête de feu.

Verdict Note : Un très bon moment en perspective. Un très bon moment en perspective.

Par Justine VIGNAL

Critique du Film

Un brasier affectif

"Personne ne peut dire que le feu n'est pas beau, mais il est en même temps d'une grande cruauté. C'est un peu le paradoxe aussi de l'être humain, qui est capable du plus beau et du plus exécrable. Ces deux paradoxes sont la double inspiration autour de laquelle tourne le film." Oliver Laxe ouvre la réflexion mieux que quiconque, au moins autant qu'il sait capturer la splendeur de la nature et le déchaînement de ses éléments : la montagne aride de son précédent Mimosas ou la forêt et son embrasement avec Viendra le feu. Pour ce dernier film, Oliver Laxe a gagné le prix du jury Un Certain Regard 2019 (amplement mérité!). Cannes l'avait déjà doublement récompensé (la Quinzaine des Réalisateurs en 2010 et la Semaine de la critique en 2016), il retourne sur la terre de ses ancêtres : en Galice, l'une des régions d'Europe les plus affectées par les incendies.

Amador sort de prison. Dès la deuxième séquence, on apprend qu'il a été condamné pour incendie intentionnel. Personne ne l'attend. Retour au village où habitent sa mère (Benedicta), des vaches, et la montagne. Le temps passe calmement, la nature file et défile jusqu'au jour où un feu dévaste la région.

Viendra le feu relève du "mélodrame sec" : des personnages aux larmes contenues, une émotion étouffée qui explose d'un coup en même temps qu'une tempête de feu.

Pendant tout le film, on se questionne sur le fondement de la culpabilité d'Amador, puis, notre empathie grandissant, sa pyromanie devient compréhensible. Embraser des victimes feuillues s'impose comme un moyen pour lui d'agir sur la déforestation qui le rend malade. Le film fonctionne en impressions sous-jacentes, aucune idée ne se transmet de façon frontale : Viendra le feu façonne l'art de la subtilité et se révèle d'une intelligence stupéfiante. Le taciturne Amador aux épaules tombantes et les incendies spectaculaires glaçant le cœur rappellent le bouleversement émotionnel du sublime Manchester by the sea. Même dispositif en faible intensité globale avec des gisements d'affects par à-coups, le drame prenant d'une famille (celle de Casey Affleck dans Manchester) devient un mélodrame "sec" sur notre mère, la nature. La flamme prend très vite sur un terrain sec. Viendra le feu fonctionne comme un brasier émotionnel : il prend au corps d'un coup, on tente de calmer son ardeur, il s’amoindrit, puis reprend de plus belle.

En creux, Viendra le feu transmet une irrésistible envie de chérir ce qu'il nous reste de forêts, voire le film terminé, d'oser câliner les arbres. L'apparente minceur de la narration facilite la sensation organique de scènes impressionnistes construites par le brillant Oliver Laxe. Ainsi, des phrases saisissantes se nichent dans les silences cotonneux de plans fixes au calme apparent, telle que cette discussion oisive : "il y a des branches qui sont mortes... Elles doivent avoir le cancer." - Ce n'est pas une surenchère de péripéties ou un climax narratif qui atteint le cœur, mais un simple plan d’arbres qui peut déclencher une larme. Là réside la puissance incendiaire du film, relevant d'une expérience corporelle et réduisant notre raison en cendres.

Les regards profonds d'animaux, disséminés le long du récit, transpercent de beauté et interpellent notre humanité. Un chien errant, des chèvres solitaires, un cheval en feu nous regardent dans le fond des yeux et nous interrogent par la même occasion. La caméra à témoin, ils remettent en question, sans jugement, notre relation avec eux. Le film se tient miraculeusement sur le fil réconciliateur d'un réalisme magique et d'une poésie frappante.

Les protagonistes participent évidemment au réalisme. Dès leurs noms réels, ils suintent l'authenticité : l'acteur Arias Amador donne naissance au personnage d'Amador, de même pour Benedicta Sanchez. La fragilité d'Amador, un ingénieux mélange entre le charisme ténébreux de Javier Bardem et l'attachante gueule cassée d'Alan Rickman, se révèle incompatible avec la société actuelle. Sa mère, Benedicta, évoque une mamie dynamique et drolatique sortie d'un Pixar touchant comme les studios savent en faire. On capte une vérité poignante émanant de leurs yeux et de leur façon d'observer le monde qui les entoure.

"S'ils font souffrir, c'est parce qu'ils souffrent" dira Benedicta très justement. La souffrance d'Amador est palpable, bien qu'il reste placide durant tout le film. Laxe décrit son film comme un "mélodrame sec" : des personnages aux larmes contenues, une émotion étouffée qui explose d'un coup en même temps qu'une tempête de feu.

Informations

Détails du Film Viendra le feu (O Que Arde)
Origine Etats Unis - France - Luxembourg Signalétique Indisponible
Catégorie Film Genre Drame - Ambiance - Tranche de Vie
Version Cinéma Durée 75 '
Sortie Prochainement Reprise -
Réalisateur Oliver Laxe Compositeur
Casting Benedicta Sánchez - Amador Aria Mon - Inazio Brao
Synopsis Amador Coro a été condamné pour avoir provoqué un incendie. Lorsqu’il sort de prison, personne ne l’attend. Il retourne dans son village niché dans les montagnes de la Galice où vivent sa mère, Benedicta, et leurs trois vaches. Leurs vies s’écoulent lentement, au rythme apaisé de la nature. Jusqu’au jour où un feu vient à dévaster la région

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