Critique Chambre 212

Chambre 212
Chambre 212 est plutôt intéressant par la manière dont il révèle tout un pan caché des influences de Christophe Honoré, le surréalisme buñuelien ou le méli-mélo sentimental de Trop belle pour toi de Blier, l'un de ses films préférés.

Verdict Note : Intéressant dans son ensemble. Intéressant dans son ensemble.

Par David Speranski

Critique du Film

Christophe Honoré est a priori un héritier lointain de la Nouvelle Vague, un petit-fils discret qui creuse obstinément son sillon, après la génération post-Nouvelle Vague de Garrel, Eustache, Téchiné, Doillon et Jacquot, suivie d'assez près par celle d'Assayas, Desplechin ou Carax. Honoré est né dix ans plus tard que cette dernière et demeure sans doute le meilleur représentant de cette tendance du cinéma français dans sa génération. Or, son nouveau film, Chambre 212, fait entendre des voix inédites dans son cinéma. Plutôt que Truffaut, Godard ou Demy, Honoré revendique ici par le surréalisme des situations  l'héritage du grand Luis Buñuel et du Bertrand Blier des années 70-80. Chambre 212 représente ainsi pour Honoré l'occasion d'intégrer leur apport dans son œuvre, et de tenter de se réinventer en tant que cinéaste. 

Chambre 212 est plutôt intéressant par la manière dont il révèle tout un pan caché des influences de Christophe Honoré, le surréalisme buñuelien ou le méli-mélo sentimental de Trop belle pour toi de Blier, l'un de ses films préférés.

Car Honoré ne va pas lésiner sur le surréalisme des situations. Après 20 ans de mariage, Maria (Chiara Mastroianni, étincelante, toute de séduction incarnée), décide de quitter le domicile conjugal. Une nuit, elle part s’installer dans la chambre 212 de l’hôtel d’en face. De là, elle observe son présent peu glorieux alors que son passé va revenir en la personne de son mari plus jeune, d'une enseignante dont il était amoureux, voire même d'un sosie de Charles Aznavour...

On reconnaît bien là le style cocasse et saugrenu des films réussis de Bertrand Blier, Honoré allant même jusqu'à emprunter à sa veine précieusement sentimentale (Préparez vos mouchoirs, Beau-père, Trop belle pour toi). Chambre 212 est ainsi à la fois très drôle (Camille Cottin et Vincent Lacoste étant à leur maximum d'abattage comique), et joliment mélancolique (le personnage de Maria se confrontant à ses émotions passées et se demandant s'il aurait fallu agir exactement de la même façon). On peut y voir d'une certaine manière une métaphore cachée de Christophe Honoré se confrontant à ses œuvres passées et se demandant comment évoluer face à une histoire du cinéma qu'il admire. 

Chambre 212 est plutôt intéressant par la manière dont il révèle tout un pan caché des influences de Christophe Honoré, le surréalisme buñuelien ou le méli-mélo sentimental de Trop belle pour toi de Blier, l'un de ses films préférés. Il fonctionne relativement bien dans ses chassés-croisés entre différents niveaux temporels, ses ruptures de ton assez fluides entre humour de circonstance et mélancolie assumée, surtout pendant ses deux premiers tiers. A partir du moment où le film part dans un délire impliquant une foule de personnes (tous les ex-amants de Maria), le processus trop mécanique, comme dans Notre Histoire du grand inspirateur Bertrand Blier, laisse un peu trop apparaître ses ficelles et perd sinon de sa vraisemblance, du moins de sa crédibilité dans l'univers fictionnel.  

On avait l'habitude d'apprécier Honoré dans ses essais de "comédies musicales" (Les Chansons d'amour, Les Bien-aimés) ou dans ses histoires d'amour gay et branchées (Plaire, aimer et courir vite). Il est rassurant de le voir tenter d'autres choses et d'essayer de se réinventer, même si le surréalisme des situations n'échappe pas aux conventions et que les dialogues restent très largement en-deçà du niveau d'écriture et de précision d'un Blier lorsqu'il se trouvait à son sommet. Il s'avère difficile d'essayer de devenir Bertrand Blier à la place de Bertrand Blier. Pour dire les choses telles qu'elles existent, même Bertrand Blier aujourd'hui n'y parvient pas. Comme dans Plaire, aimer et courir vite, Christophe Honoré fait preuve de remarquables intentions. Il lui manque seulement un niveau d'écriture qui ne se travaille pas, qui pourrait se résumer en un mot, la grâce. Or, si Chambre 212 est malgré tout visité par la grâce, il le doit essentiellement à son interprète principale, Chiara Mastroianni, en passe de devenir la muse d'Honoré (déjà présente dans six films sur douze), qui irradie littéralement de beauté et de talent. Grâce à elle, la mélancolie dans ce film a un visage, à défaut d'avoir les mots pour la faire ressentir. 

Informations

Détails du Film Chambre 212
Origine France Signalétique Tous Publics
Catégorie Film Genre Comédie
Version Cinéma Durée 90 '
Sortie 30/10/2019 Reprise -
Réalisateur Christophe Honoré Compositeur
Casting Chiara Mastroianni
Synopsis Après 20 ans de mariage, Maria décide de quitter le domicile conjugal. Une nuit, elle part s’installer dans la chambre 212 de l’hôtel d’en face. De là, Maria a une vue plongeante sur son appartement, son mari, son mariage. Elle se demande si elle a pris la bonne décision. Bien des personnages de sa vie ont une idée sur la question, et ils comptent le lui faire savoir.

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