Critique Portrait de la jeune fille en feu

Portrait de la jeune fille en feu
On aurait aimé adorer franchement cette histoire d'amour lesbien qui se contente d'effleurer la surface de son intrigue, mais le côté sage et lisse de la mise en scène, trop figée et hiératique pour convaincre, empêche de se laisser embarquer dans...

Verdict Note : Moyen. Moyen.

Par David Speranski

Critique du Film

Céline Sciamma a imposé un véritable regard de cinéaste femme sur la condition féminine, voire lesbienne et transgenre, lors de ces dernières années. Deux de ses trois précédents films ont déjà été sélectionnés à Cannes : Naissance des Pieuvres (Un Certain Regard) et Bande de filles (Quinzaine des réalisateurs). Accédant pour la première fois à la compétition de la Sélection Officielle, elle persiste et signe en mettant en scène pour la première fois dans Portrait de la jeune fille en feu une histoire d'amour romanesque au XVIIIème siècle. Lesbien et donc forcément réprimé à cette époque, cet amour est censé avoir une résonance tragique. Mais Céline Sciamma ne reste-elle pas au niveau des intentions, en livrant un film bien trop sage et lisse par rapport à la dimension de folie et de provocation qu'il pourrait contenir?  

On aurait aimé adorer franchement cette histoire d'amour lesbien qui se contente d'effleurer la surface de son intrigue, mais le côté sage et lisse de la mise en scène, trop figée et hiératique pour convaincre, empêche de se laisser embarquer dans les embruns de la passion.

En 1770, sur une île bretonne, Marianne, une jeune peintre de la fin du 18e siècle, est engagée pour faire le portrait d'une jeune noble, Héloïse, qu'on va forcer à se marier avec un homme qu'elle ne connaît pas. Héloïse, par résistance, refuse qu'on la peigne. Sa mère invente alors un stratagème : Marianne va se faire passer pour une femme de compagnie et peindre son portrait en cachette.

Dans le cinéma français contemporain, les films de référence sur la peinture datent de 1991, l'année de Van Gogh de Maurice Pialat et La Belle Noiseuse de Jacques Rivette. Pialat montrait un peintre dans les derniers jours de sa vie qui vivait tant bien que mal (plutôt mal que bien) mais ne peignait pas ou si peu ; Rivette, au contraire, montrait la peinture en exercice et la relation entre artiste et modèle. On imagine sans peine que Céline Sciamma est bien moins allée du côté de la souffrance existentielle que de l'analyse de la relation entre un peintre et son modèle. Malheureusement, la comparaison se trouve largement à l'avantage de Jacques Rivette quant à la réflexion sur la création artistique. 

Car, si les actrices s'avèrent irréprochables, Adèle Haenel toujours aussi investie physiquement et Noémie Merlant, une révélation pour le grand public, le bât blesse un peu pour la mise en scène de Céline Sciamma. En affectant une intentionnalité didactique, elle présente une passion réprimée de manière assez sèche et peu vigoureuse. On perçoit bien évidemment les clins d'œil opérés sur sa situation de créatrice qui se projette dans la position surplombante et vampirisante du peintre ainsi que sur sa relation passée avec Adèle Haenel, son ex-compagne. Mais cette relation de pouvoir qui va d'ailleurs s'inverser ("si je livre ce tableau, je te perds") en reste surtout au niveau de l'écriture et des intentions scénaristiques. Ce n'est d'ailleurs pas un fait nouveau chez Céline Sciamma, certains de ses précédents films valaient davantage pour leur scénario que leur mise en images. A l'écran, elle manque à l'évidence des moyens financiers qui auraient été nécessaires pour donner de l'ampleur à son histoire. Ce manque se révèle flagrant lors de la séquence finale à l'opéra. On aurait aimé adorer franchement cette histoire d'amour lesbien qui se contente d'effleurer la surface de son intrigue, mais le côté sage et lisse de la mise en scène, trop figée et hiératique pour convaincre, empêche de se laisser embarquer dans les embruns de la passion. 

Informations

Détails du Film Portrait de la jeune fille en feu
Origine France Signalétique Tous Publics
Catégorie Film Genre Drame - Historique
Version Cinéma Durée 119 '
Sortie 18/09/2019 Reprise -
Réalisateur Céline Sciamma Compositeur
Casting Adèle Haenel - Noémie Merlant - Luàna Bajrami
Synopsis 1770. Marianne est peintre et doit réaliser le portrait de mariage d’Héloïse, une jeune femme qui vient de quitter le couvent. Héloïse résiste à son destin d’épouse en refusant de poser. Marianne va devoir la peindre en secret. Introduite auprès d’elle en tant que dame de compagnie, elle la regarde.

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