Critique Douleur et gloire (Dolor y Gloria)

Douleur et gloire
Douleur et gloire est un film bouleversant et déchirant, comme une dernière lettre intime écrite avant de mourir.

Verdict Note : Exceptionnel ! Exceptionnel !

Par David Speranski

Critique du Film

Il ne reste plus grand'chose du Pedro Almodóvar de la Movida. Depuis 1995 et La Fleur de mon secret, son cinéma s'est considérablement épuré. Finis ou presque, l'humour et les grosses blagues rigolotes, disparues les situations scabreuses ou provocatrices. Seules demeurent les couleurs toujours aussi éclatantes, chaudes et primaires, alors que le fond s'est terriblement assombri. Ces dernières années, lorsque Almodóvar a réessayé de faire un film drôle, Les Amants passagers, le cœur n'y était manifestement plus. Aujourd'hui, son territoire de prédilection, c'est sans conteste le mélodrame (le très beau Julieta, le sirkien Etreintes brisées). Douleur et gloire n'échappe pas à cette nouvelle règle mais il ne s'agit pas pour autant d'un Almodóvar de plus. Car il n'est jamais allé aussi loin dans la pratique de l'autofiction, au point de concurrencer presque un certain Hong Sang-soo. 

Douleur et gloire est un film bouleversant et déchirant, comme une dernière lettre intime écrite avant de mourir.

Douleur et gloire présente en effet un metteur en scène à la dérive, en perte totale d'inspiration. On voit d'ailleurs dans un des plans du film l'affiche de Huit et demi de Federico Fellini, qui traitait plus ou moins du même sujet. Salvador Mallo, réalisateur d'âge mûr, sent son corps le lâcher de plus en plus. Son dos est perclus de douleurs ; il a du mal à ingurgiter des aliments ; il se déplace difficilement, un peu déjà comme un vieillard. Or son corps immobile lâche la bride à son esprit : il se souvient de son enfance, de sa mère et de ses voisines, d'un apprenti mystérieux, d'amants perdus de vue…

Tout comme Huit et demi, Douleur et gloire aurait pu s'appeler Amarcord, autre grand film de Federico Fellini, tant Almodóvar circule avec facilité dans les différentes strates temporelles, passant de manière virtuose du passé lointain au présent, en faisant des clins d'œil au passé proche. Douleur et gloire est un film bouleversant et déchirant, comme une dernière lettre intime écrite avant de mourir. On pourrait presque croire qu'il a fait ce film davantage pour lui que pour son public, tant cela semble être une tentative de résolution d'une impasse psychologique, physique et créatrice. Rarement, hormis les couleurs toujours aussi pétantes, Almodóvar aura été aussi proche d'un Bergman, tel un Bergman du Sud qu'il aspire à être, alors qu'il n'a jamais été réellement proche d'un Buñuel, en dépit de l'appartenance au même pays. Néanmoins il ne s'agit pas ici d'une citation littérale comme ce qu'il a pu faire dans Talons aiguilles, cf. la scène qui citait directement dans le dialogue une situation de Sonate d'automne. Non, cette fois-ci, Almodóvar n'a plus besoin de citer qui que ce soit, même pas lui-même. Il met son cœur à nu dans ce qui semble une dernière confession (ce que l'on n'espère pas), son ultime Sarabande avec la mort. Sarabande, titre du dernier opus bergmanien.

Antonio Banderas, celui qui incarnait le jeune corps sexy des années Movida, est à nouveau là, mais pour tenir un tout autre rôle. Certes il joue toujours l'alter ego d'Almodóvar mais les larmes aux yeux,  le souffle fourbu, la chevelure blanchie, le geste court. Il devient une mémoire qui essaie de se ressaisir et de redevenir un être agissant dans le monde. On pourrait croire que Douleur et gloire est un geste funèbre, ce qu'il paraît être au premier abord. Or cela occulte l'attrait de la chair, toujours aussi vivace, et visible dans ce film, les chants beaux et sororaux de la mère de Salvador et de ses amies, la nudité picturale d'un jeune homme qui aura réveillé le premier désir de Salvador...Dans tous ces éclats de vie, se révèle l'espoir d'une vie meilleure, ici ou ailleurs.  

 

Informations

Détails du Film Douleur et gloire (Dolor y Gloria)
Origine Espagne Signalétique Tous Publics
Catégorie Film Genre Drame
Version Cinéma Durée 102 '
Sortie 17/05/2019 Reprise -
Réalisateur Pedro Almodóvar Compositeur
Casting Antonio Banderas - Asier Etxeandia - Leonardo Sbaraglia
Synopsis Une série de retrouvailles après plusieurs décennies, certaines en chair et en os, d’autres par le souvenir, dans la vie d’un réalisateur en souffrance. Premières amours, les suivantes, la mère, la mort, des acteurs avec qui il a travaillé, les années 60, les années 80 et le présent. L’impossibilité de séparer création et vie privée. Et le vide, l’insondable vide face à l’incapacité de continuer à tourner.

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