Critique Sorry We Missed You

Sorry We Missed You
Sorry we missed you demeure un film très prenant, une dénonciation convaincante des méfaits du libéralisme qui vient pourrir de l'intérieur les liens pourtant forts qui unissent une famille heureuse.

Verdict Note : Un très bon moment en perspective. Un très bon moment en perspective.

Par David Speranski

Critique du Film

Cela fait déjà cinq ans que Ken Loach promettait de partir à la retraite, lors de la conférence de presse de Jimmy's Hall. Cinq ans plus tard, il se trouve toujours en Sélection Officielle, fustigeant de toutes ses forces le libéralisme qui finit par détruire tout rapport humain digne de ce nom. On l'attendait un peu au tournant depuis sa deuxième Palme, imméritée selon certains, remportée par Moi, Daniel Blake. Il faut reconnaître qu'à plus de 82 ans, Ken Loach n'a rien perdu de son talent d'empathie pour ses personnages, de formidable directeur d'acteurs et de conteur hors pair. Sorry we missed you en est une nouvelle fois l'éclatante démonstration et en dépit de quelques réserves, s'affirme comme son meilleur film depuis Sweet sixteen (2002). 

Porté par une distribution ahurissante de justesse, Sorry we missed you demeure un film très prenant, une dénonciation convaincante des méfaits du libéralisme qui vient pourrir de l'intérieur les liens pourtant forts qui unissent une famille heureuse.

On retrouve ainsi la famille Turner à Newcastle, la ville de Daniel Blake. Abby, Ricky et leurs deux enfants, Seb et Liza Jane forment une famille soudée. Alors qu’Abby travaille avec dévouement pour des personnes âgées à domicile, Ricky enchaîne les emplois précaires ; ils réalisent que jamais ils ne pourront devenir indépendants ni propriétaires de leur maison. Une réelle opportunité semble leur être offerte par la révolution numérique : Abby vend alors sa voiture pour que Ricky puisse acheter une camionnette afin de devenir chauffeur-livreur à son compte...

Comme le montre un plan emblématique de son film, Ken Loach s'intéresse avant tout aux chiens qui continuent à avancer sur trois pattes, c'est-à-dire aux personnes qui, en dépit des difficultés, continuent à essayer de s'en sortir. Comme à son habitude, il va dénoncer avec son scénariste Paul Lavartty les ravages du libéralisme 2.0 qui va faire croire à des employés qu'ils ont gagné la liberté absolue alors qu'ils vont se faire exploiter encore plus via l'ubérisation. La démonstration est brillante et implacable. Ricky, sous prétexte de gagner encore plus d'argent pour le bonheur de sa famille, va enchaîner les heures sans fin pour finir par ne plus voir les siens. 

Moins téléphoné dans son intrigue que Moi, Daniel Blake, Sorry we missed you commence pourtant de la même manière, par une voix off sur le fond noir du générique. Ken Loach parvient avec un filmage d'une grande simplicité à engendrer de l'empathie pour cette famille Turner qu'on croit avoir toujours connue. Alors qu'il n'en aurait pas besoin, il ne renonce pourtant pas à de grands effets mélodramatiques qui contribuent à enfoncer encore davantage le clou du malheur : le deus ex machina négatif intervient donc dans les vingt dernières minutes du film et la scène de l'hôpital est ainsi l'équivalent de celle du restaurant alimentaire de Moi Daniel Blake, avec crise de nerfs du personnage féminin.  Ce côté "Loi de Murphy" apparaît légèrement excessif et ternit un peu l'émotion authentique qui aurait pu se dégager uniquement du développement des personnages. Néanmoins, tel quel, porté par une distribution ahurissante de justesse, Sorry we missed you demeure un film très prenant, une dénonciation convaincante des méfaits du libéralisme qui vient pourrir de l'intérieur les liens pourtant forts qui unissent une famille heureuse. 

Informations

Détails du Film Sorry We Missed You
Origine France - Angleterre - Belgique Signalétique Tous Publics
Catégorie Film Genre Drame
Version Indisponible Durée 100 '
Sortie 25/05/2019 Reprise -
Réalisateur Ken Loach Compositeur
Casting Kris Hitchen - Debbie Honeywood - Rhys Stone
Synopsis Ricky, Abby et leurs deux enfants vivent à Newcastle. Leur famille est soudée et les parents travaillent dur. Alors qu’Abby travaille avec dévouement pour des personnes âgées à domicile, Ricky enchaîne les jobs mal payés ; ils réalisent que jamais ils ne pourront devenir indépendants ni propriétaires de leur maison. C’est maintenant ou jamais ! Une réelle opportunité semble leur être offerte par la révolution numérique : Abby vend alors sa voiture pour que Ricky puisse acheter une camionnette afin de devenir chauffeur-livreur à son compte. Mais les dérives de ce nouveau monde moderne auront des répercussions majeures sur toute la famille…

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