Critique Le choc du futur

Le choc du futur
Le Choc du futur est un film qui avait tout pour réussir, y compris une Alma Jodorowsky sympathique et une bande-son largement convaincante, mais colle trop platement à des portraits stéréotypés et grossiers pour développer une intrigue vraiment...

Verdict Note : Maladroit sur de nombreux points. Maladroit sur de nombreux points.

Par Mathieu MALLARD

Critique du Film

Reconquérir l'Histoire afin de déterrer les grands figures féminines de notre passé, étouffées par des siècles de domination patriarcale : c'est là l'un des premiers succès du féminisme. Grâce à cette démarche historique de revalorisation de grandes personnalités féminines, l'Histoire a pu redécouvrir Olympe de Gouges, et le cinéma la pionnière Alice Guy. Une démarche que poursuit Marc Collin, le producteur et musicien du groupe Nouvelle Vague, avec Le Choc du Futur, un film qui se veut autant musical que féministe. Verdict : il ne réussira à être pleinement ni l'un, ni l'autre.

Le Choc du futur est un film qui avait tout pour réussir, y compris une Alma Jodorowsky sympathique et une bande-son largement convaincante, mais colle trop platement à des portraits stéréotypés et grossiers pour développer une intrigue vraiment efficace qui mettrait en valeur ses figures féminines.

 

Le Choc du futur nous raconte l'histoire d'Ana, une jeune musicienne de la fin des années 70. Dans un contexte musical dominé par un rock macho qui fait du culte des bad boys sa rengaine principale, Ana se sent plutôt attirée par une musique plus universelle, dans laquelle les femmes auraient leur juste place. Une musique que le monde n'est pas prêt à entendre : cette musique du futur, ce sera la musique électronique. 

Le postulat avait tout pour plaire. Et les premières minutes du film nous donnent bon espoir : le décor très seventies, une affiche de Godard au mur, un plan imposant du mur de machines avec lequel Ana prépare ses morceaux, qui nous rappellerait presque cette scène de Rencontres du troisième type où Truffaut se fait chef d'un orchestre électronique... On attend un bon film, un peu contestataire, en même temps pop, qui donnera la part belle à une personnalité féminine forte.

Puis, dans l'appartement douillet et un peu bohème qu'Ana squatte, c'est un petit ballet d'hommes qui défilent et rentrent chacun leur tour. D'abord rentre un premier producteur macho. Lunettes de soleil, moustache virile et barbe mal rasée, calvitie naissante : on ne peut pas s'y tromper, c'est bien le cliché du rocker qui rentre dans l'appartement. S'ensuit un dialogue un peu gênant dans lequel le personnage masculin semble improviser des répliques peu convaincantes avec bien peu d'aplomb, un dialogue assez artificiel dont on comprend très vite que l'un des seuls enjeux est d'exacerber la dimension féministe du film en nous montrant très platement une situation d'oppression du sexe féminin. De son côté, Ana ne répond pas vraiment, et on passe une dizaine de minutes à observer une conversation fade dans laquelle aucun des deux personnages ne s'illustre vraiment. 

Le producteur sort ; c'est au tour d'un jeune concierge/ingénieur son d'entrer, tout aussi mal rasé que l'homme précédent. Tout pareil : une scène de sexisme gratuit, Ana qui s'énerve gentiment sans que ne soit vraiment adressé frontalement le problème du sexisme, le concierge qui s'offusque doucement, puis qui part une fois le service rendu. Ensuite, c'est au tour d'un client d'Ana, qui rentre dans l'appartement pour se faire masser. Ici, pas de sexisme, mais un personnage masculin qui ne convainc pas non plus vraiment. Enfin, c'est au tour d'un ami musicien à l'accent anglais ridicule de rentrer, de faire découvrir des musiques à Ana, et là aussi d'incarner une certaine forme de virilité. 

Alors on commence à s'inquiéter : ça fait plus de quarante minutes qu'on est dans le film, on espérait un discours féministe, et on voit plus de moustaches que de poings levés contre le sexisme. Ces quatre virilités parallèles, qui individuellement ne sont pas particulièrement convaincantes, le sont encore moins en cela que leur contrepoint, le personnage d'Ana, reste particulièrement neutre, et ne brille pas non plus par une certaine verve, une originalité quelconque, ni par un discours féministe particulièrement revendicatif.

La platitude du film ne s'interrompt qu'à de rares moments, qui sont toujours les bienvenus, car c'est là que le film renoue avec ce qu'on attend de lui. D'abord, les scènes où Ana compose : si elles ne s'illustrent pas par un aplomb incroyable, ces séquences musicales ont au moins le mérite de mettre en valeur la bande-son du film, et sont l'occasion de mouvements de caméra subtils ainsi que d'un travail d'éclairage presque mystique pour souligner le processus de création. Autre moment positif du film : cette séquence lors de laquelle Ana rencontre sa future vocaliste. Enfin, après la moitié du film, un plan avec plus d'une femme ! La relation qui se noue entre les deux n'est là encore pas exceptionnelle, mais reste touchante par la sororité qui se développe entre les deux femmes, cette bouffée d'air frais qui nous laisse voir, l'espace d'un instant, autre chose qu'une paire de moustaches. 

Là où le film pèche, c'est sans doute dans son parti pris initial. En souhaitant faire un film quasi historique sur le milieu de la production musicale de la fin des années 70, le film sacrifie une dramaturgie prenante en échange d'un réalisme plat et artificiel. Ainsi, les dialogues à l'air improvisé, manquant de rythme et d'écriture, ponctués d'interjections et de bruits de bouche, ne font aucun effet, bien qu'ils retranscrivent de manière assez transparente les pensées des personnages ; la composition par couches successives du morceau, tout au long du film, prétend rendre de manière documentaire le processus créatif mais est construite de manière très artificielle ; les personnages, très schématiques, sautent de clichés en clichés afin qu'on comprenne bien quel type de personnage ils incarnent (le rockeur, la rockeuse, le junkie, le père de famille, le "gentil" macho), et très vite on perd tout l'intérêt du film, à savoir la complexité d'un personnage féminin et la mise en scène du processus de création.

Alors, quand le plan final montrant Ana face à ses machines vient dédier le film à toutes les femmes qui ont contribué à développer et légitimer la musique électronique, on est un peu surpris. Surpris parce qu'on a vu plus d'hommes parler que de femmes, surpris aussi car on a au final vu plus de conflits entre Ana et des producteurs que de scènes musicales. On est donc un peu déçus : car Le Choc du futur est un film qui avait tout pour réussir, y compris une Alma Jodorowsky sympathique et une bande-son largement convaincante, mais colle trop platement à des portraits stéréotypés et grossiers pour développer une intrigue vraiment efficace qui mettrait en valeur ses figures féminines.

Informations

Détails du Film Le choc du futur
Origine France Signalétique Tous Publics
Catégorie Film Genre Drame - Musical
Version Cinéma Durée 84 '
Sortie 19/06/2019 Reprise -
Réalisateur Marc Collin Compositeur
Casting Alma Jodorowsky - Clara Luciani - Philippe Rebot
Synopsis Paris 1978, dans une industrie musicale à prédominance masculine, Ana utilise de nouvelles machines électroniques pour se faire entendre, créant ainsi un nouveau son qui marquera les décennies à venir : la musique du Futur.

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