Critique Les Misérables

Les Misérables
Film choc, œuvre nécessaire, voire indispensable, sur une réalité dérangeante d'aujourd'hui, Les Misérables ne manque pas non plus de qualités de mise en scène, ce qui ne gâche rien.

Verdict Note : Un très bon moment en perspective. Un très bon moment en perspective.

Par David Speranski

Critique du Film

Depuis La Haine de Mathieu Kassovitz, cela fait vingt-quatre ans que l'on attendait un film aussi fort sur la banlieue. Or, lors de ces dernières décennies, ce serait une contre-vérité d'affirmer que la situation s'est franchement améliorée de ce côté-ci du périphérique. Aujourd'hui, alors que des millions vont financer la reconstruction de Notre-Dame de Paris, et que certains, sous forme de boutade, se préoccupaient du sort des Misérables, autre chef-d'oeuvre de Victor Hugo, Les Misérables de Ladj Ly est sans doute ce film qu'on attendait, descriptif et clinique sur la situation actuelle de la vie en banlieue, ressemblant à un champ de mines susceptibles à tout instant d'exploser. A l'heure où les flashballs ont envahi le champ des manifestations des Gilets Jaunes, tout comme le vocabulaire courant, Les Misérables impose tranquillement son actualité implacable, sans manichéisme et avec au contraire une volonté de comprendre comment la situation de cohabitation et de conflit entre policiers et diverses communautés pourrit tragiquement de l'intérieur.  

Film choc, œuvre nécessaire, voire indispensable, sur une réalité dérangeante d'aujourd'hui, Les Misérables ne manque pas non plus de qualités de mise en scène, ce qui ne gâche rien.

Débarquant de Cherbourg, Stéphane, jeune flic intègre, rejoint la Brigade Anti-Criminalité (BAC) de Montfermeil dans le 93. Il y découvre ses nouveaux coéquipiers, Chris, le chef d'équipe, raciste aux méthodes peu orthodoxes, et Gwada, géant réservé. Ils vont lui présenter les différentes communautés cohabitant au sein de la ville. Alors qu'un drone manipulé par un adolescent les observe, ce trio va se trouver confronté à l'irréparable...

Les Misérables arrive à point nommé pour radiographier un pays au bord de la crise de nerfs, le nôtre, la France. Le film commence pourtant par des images de liesse collective, celles d'un pays rassemblé communiant autour de son équipe de football lors de la Coupe du Monde 2018. Néanmoins, c'est pour mieux exposer le contraste existant avec la réalité quotidienne de la vie en banlieue, des contrôles inopinés de police aux arrangements forcés avec des chefs de communauté. Ladj Ly, de manière très intelligente, commence par chroniquer tranquillement l'activité routinière des policiers pour décrire ensuite une montée en tension qui ne fera qu'empirer, à partir d'un incident anodin, le vol d'un lionceau de cirque par un adolescent noir.    

Contrairement à La Haine, très stylisé et composé (on se souvient encore de ses plans très travaillés en noir et blanc), Les Misérables est filmé caméra à l'épaule, affichant une simplicité apparente de reportage télévisé. Pourtant il ne faut guère s'y fier. Ladj Ly, en particulier en raison du rôle du drone dans l'intrigue, a su remarquablement mettre en scène son histoire, en alternant les plans d'ensemble et les visions plus rapprochées des personnages. Il nous embarque alors dans une vision d'autant plus crédible de Montfermeil qu'il vient lui-même de cette ville, tout comme Kim Chapiron et le collectif Kourtrajmé qui l'ont formé, Vincent Cassel faisant le lien entre ce collectif et Mathieu Kassovitz. Le film se termine alors en suspension, au bord de l'horreur, renouant avec le style de George Romero, Tobe Hooper ou John Carpenter. 

L'excellente idée de scénario, sur laquelle repose le film tout entier, consiste à raconter le film du point de vue des flics, ce qui permet d'éviter tout manichéisme, travers dans lequel tombait souvent le film de Kassovitz, tout comme ceux de Jean-François Richet. Car Les Misérables contient dans ses gènes tous les codes du film de banlieue, en plus nuancé et en préservant surtout la dimension humaine de ses personnages. Etrangement, on pense ainsi à d'autres films que ceux du genre invoqué, par exemple, Polisse de Maïwenn, dans sa manière de montrer des policiers se débattre face à une situation insoluble et inextricable, et surtout Do the right thing de Spike Lee et son inexorable montée en tension menant vers une spirale de la violence dans un quartier "chaud". Film choc, œuvre nécessaire, voire indispensable, sur une réalité dérangeante d'aujourd'hui, Les Misérables ne manque pas non plus de qualités de mise en scène (sens inné du cadre, dramaturgie implacable, formidable direction d'acteurs, dont l'excellent Alexis Manenti, également coscénariste du film), ce qui ne gâche rien. Le film se termine par une citation de Victor Hugo, extraite des Misérables (le roman), bouclant la boucle, "il n'y a pas de mauvaises gens. Il n'y a pas de mauvaises herbes. Il n'y a que de mauvais cultivateurs", renvoyant la responsabilité vers les politiques. Verront-ils le film? 

Informations

Détails du Film Les Misérables
Origine France Signalétique Tous Publics
Catégorie Film Genre Drame
Version Cinéma Durée 100 '
Sortie 25/05/2019 Reprise -
Réalisateur Ladj Ly Compositeur
Casting Damien Bonnard - Alexis Manenti - Djebril Didier Zonga
Synopsis Stéphane, tout juste arrivé de Cherbourg, intègre la Brigade Anti-Criminalité de Montfermeil, dans le 93. Il va faire la rencontre de ses nouveaux coéquipiers, Chris et Gwada, deux "Bacqueux" d’expérience. Il découvre rapidement les tensions entre les différents groupes du quartier. Alors qu’ils se trouvent débordés lors d’une interpellation, un drone filme leurs moindres faits et gestes...

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