Critique Rêves de jeunesse

Rêves de jeunesse
À l’image des déchets qui sont déposés, qui stagnent puis sont déplacés, les jeunes de Rêves de jeunesse sont en transit. Tous se sentent perdus, tristes, en colère. Le récit est ainsi celui de non-résolutions : celle de l’absence...

Verdict Note : Intéressant dans son ensemble. Intéressant dans son ensemble.

Par Justine VIGNAL

Critique du Film

Pour son troisième long-métrage de fiction, Alain Raoust parvient déjà à nous surprendre uniquement avec son lieu de tournage : une déchetterie. Il reste en cela fidèle à ses premiers pas de cinéaste.  En effet, à ses débuts, le réalisateur se consacre au cinéma expérimental ; de cette pratique et de la rencontre du cinéma de Philippe Garrel vont naître des courts métrages formellement singuliers. Plus tard, il renoue avec une narration plus traditionnelle et son film La Cage entre en compétition au festival de Locarno en 2002. Après L'été indien, il revient avec un récit initiatique et poétique qui fait donc l'ouverture de l’Acid Cannes cette année. Non sans rappeler La cicatrice intérieure de Garrel, le film fait perdre nos repères, on en oublie rapidement la déchetterie et on jurerait se trouver dans un désert sans fin. En étudiant la filmographie de son auteur, Rêves de jeunesse s'ancre dans une continuité thématique, celle des histoires de pertes, de naufrages et de retrouvailles.

Dès sa première scène, l'atmosphère interloque : à la manière d’un clip, nous nous retrouvons immergés dans une soirée arrosée, au milieu de corps flous, puis la caméra se rapproche de deux d’entre eux, au ralenti, deux femmes déguisées en taupes dansant en harmonie. La scène s’étire assez longtemps pour faire émerger des interrogations à propos de ces humains-enfouisseurs. Nous suivons ensuite une jeune femme, Salomé (Salomé Richard), qui claque la porte de son appartement (celui de la fête) et va attendre un train. La jeune femme dérive alors vers son village natal pour un job d’été. Elle a signé un contrat en or : passer son été à surveiller une déchetterie qu’on jurerait sortie d’un western contemporain. Elle devient une « hôtesse d’accueil des poubelles », termes employés par Jess (Estelle Meyer), une échappée de banlieue qui débarque dans ce désert aux ordures comme un missile drolatique et authentique. Elle se greffe à la déchetterie, à Salomé, et à deux, elles se sentent moins seules. Un soir, elles croisent deux jeunes hommes, dont Clem (Yoann Zimmer), un motard blondinet presque plus désorienté que l’amusant duo féminin.

A l'image des déchets qui sont déposés, qui stagnent puis sont déplacés, cette jeunesse se trouve en transit. Tous se sentent perdus, tristes, en colère. Le récit est ainsi celui de non-résolutions : celle de l'absence (comme l'atteste l'omni-absence d'un frère décédé) et celle de perditions (des femmes échouées sur un rivage de déchets).

Le film porte des problématiques universelles : la souffrance de ne pas savoir qui l’on est, ce que l’on veut faire, la colère contre une société qui n’écoute pas. Les physiques ordinaires du casting ancrent la dimension universelle du propos. D’ailleurs, chacun des personnages peut évoquer des figures familières : par exemple, Clem devient un mashup incongru entre Ewan McGregor et Laurent Lacoste.

Alain Raoust signe le portrait d’une jeunesse écorchée à la façon d’une pièce de théâtre. Du théâtre, Rêves de jeunesse a conservé le ton des acteurs, les localités réduites, la scène d’une déchetterie où des éléments perturbateurs semblent venir tantôt côté cour, tantôt coté jardin (tel que le soudain suicide raté d’un cycliste incarné par Jacques Bonnaffé).

Malgré ses aspects fascinants, le film avance tel un funambule en suspension sur un fil moyennement tendu, et ce ressenti est induit par sa forme : des ruptures de ton et de rythme à outrance, des dialogues de vaudeville, des silences à rallonge... des éléments s’alignant péniblement avec une trop grande simplicité de caractérisation des personnages.

Dans une certaine mesure, Rêves de jeunesse rappelle L’amour debout de Michaël Dacheux qui a été sélectionné par l’Acid en 2018. Le deux films posent des questionnements formels similaires : les intonations des acteurs qui « déclament » souvent leurs textes, les moments de vide réflexif, les décalages dans la mise en scène… Ce style peut, dans une certaine mesure, participer à un certain réalisme poétique du récit.  

À force de vouloir faire réfléchir le spectateur, le film pèche parfois en immersion émotionnelle. Lorsque les personnages semblent "réciter" leurs textes, ils nous emmènent en-dehors de la narration. Si les questionnements soulevés par ce dispositif restent très intéressants, l’empathie pour les (anti-)héros en pâtit parfois. En l’occurrence, le parti pris d'Alain Raoust consiste à faire reposer son film sur des êtres en désincarnation, tantôt blasés, tantôt en éruptions émotives surprenantes.

Rêves de jeunesse réussit à retranscrire adroitement les réflexions et ressentis de la jeunesse moderne. Alain Raoust dresse ainsi un portrait pertinent de personnages désorientés qui entrent en collision au sein d'une déchetterie. Cette déchetterie, symbole habituellement prosaïque, est sublimée en un terrain fertile en métaphores et en retrouvailles.

Informations

Détails du Film Rêves de jeunesse
Origine France - Portugal Signalétique Tous Publics
Catégorie Film Genre Comédie - Drame - Tranche de Vie
Version Cinéma Durée 92 '
Sortie Prochainement Reprise -
Réalisateur Alain Raoust Compositeur
Casting Jacques Bonnaffé - Salomé Richard - Yoann Zimmer - Estelle Meyer - Christine Citti
Synopsis Salomé décroche un job d'été dans la déchetterie d'un village. Sous un soleil de western, dans ce lieu hors du monde, son adolescence rebelle la rattrape. De rencontres inattendues en chagrins partagés, surgit la promesse d’une vie nouvelle.

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