Critique Face à la nuit (Xing Fu Cheng Shi)

Face à la nuit
Face à la nuit demeure une proposition esthétique et narrative intéressante, voire fascinante, qui fait émerger un nouvel auteur dans la représentation de la nuit et du crime en Malaisie.

Verdict Note : Intéressant dans son ensemble. Intéressant dans son ensemble.

Par Mathieu MALLARD

Critique du Film

Grand gagnant du Festival international du Film Policier de Beaune cette année, le réalisateur malais Wi-ding Ho débarque dans les salles françaises. Plutôt méconnu en France, le réalisateur s'est illustré à Taiwan et en Malaisie avec des longs et courts-métrages parfois sélectionnés à la Quinzaine des Réalisateurs, comme Summer Afternoon. Avec son dernier film en date, Face à la nuit, le réalisateur espère bien se créer un nom auprès du public français.

Face à la nuit demeure une proposition esthétique et narrative intéressante, voire fascinante, qui fait émerger un nouvel auteur dans la représentation de la nuit et du crime en Malaisie.

Face à la nuit nous plonge dans trois nuits sanglantes à travers trois âges de la vie du personnage de Zhang Dong Lin. Une narration à l'envers, qui nous le montre d'abord en vieux flic aigri par la vie, puis en jeune policier trop zélé pour son propre bien, avant de nous le montrer en jeune adolescent se retrouvant au commissariat. Trois histoires qui peignent le portrait d'un homme impuissant, en perpétuel décalage avec un monde de la nuit et de la violence auquel il n'aurait pas dû appartenir.

Le parti pris de nous montrer le personnage à trois âges différents est certes intéressant, en cela qu'il nous permet de retracer à l'envers ce qui a poussé peu à peu Zhang Dong Lin à devenir ce policier violent et agressif. Mais il amène aussi à certaines curiosités. Ainsi, le premier récit nous plonge dans un futur plus ou moins proche, dans lequel tout le monde est équipé de puces au poignet pour régler ses dépenses, et la police dispose de drones pour arrêter les criminels. En dehors de l'aspect esthétique bienvenu que permet cette dimension futuriste, on finit par se demander quel intérêt réel cela avait pour la narration. 

Au même titre, le parti pris des trois histoires à la suite est intéressant, en cela qu'il permet d'explorer trois temporalités différentes, trois fils narratifs différents, trois identités différentes pour Zhang Dong Lin. Mais l'effet de compartimentage est un peu trop poussé, et on a plus l'impression de regarder trois courts-métrages avec une même cohérence esthétique qu'un film entier. Si bien que la bascule d'une nuit à une autre coupe le récit, et que les fils narratifs semblent au final très éloignés les uns des autres. Si le premier récit est placé sous le signe de l'amertume de Zhang Dong Lin, le deuxième aborde une amourette d'un soir, et le troisième nous fait soudainement découvrir la relation de Zhang Dong Lin à sa mère... Il y a quelque chose de très procédural dans le découpage de la narration, et donc de très artificiel, qui vient perturber le bon visionnage du film.

En conséquence, le film pâtit d'un rythme étrange qui risque de nous pousser à l'ennui. Un problème de rythme que parviennent difficilement à soulager la bande-son et la mise en scène : si la première est constitué d'un morceau fort, sa répétition tout au long du film lui fait progressivement perdre de sa puissance, tandis que la deuxième peine à redonner de la vitalité au film. En effet, le grain d'image semble emprunté aux films de Wong Kar-wai, et l'esthétique sombre du néon, bien que maîtrisée, ne marque pas non plus les esprits par une inventivité ou un charme particulier. Alors, tout au long du film, on trouvera de-ci de-là des éléments qui pourront nous contenter : ici, un plan superbement fait ; là, le personnage de la mère de Zhang Dong Lin, remarquable par son humour, son énergie et son interprétation ; là, une réplique cinglante qui fait mouche... Mais ces éléments restent épars, diffus, et on regrette un sentiment de cohérence qui permettrait de lier ensemble de manière plus satisfaisante.

Très certainement, on peut rattacher tous ces problèmes de rythme aux partis pris du réalisateur pour tenter d'en dégager une cohérence à posteriori, dans un discours d'auteur qui permettrait de justifier cette structuration. Toujours est-il que le film souffre de ces partis pris, qui rompent la continuité de la narration de manière peu satisfaisante et nous laissent le sentiment de regarder plutôt des épisodes alignés les uns à la suite des autres qu'un film dans sa continuité et sa cohérence. Néanmoins, en dépit de ses quelques faiblesses, Face à la nuit demeure une proposition esthétique et narrative intéressante, voire fascinante, qui fait émerger un nouvel auteur dans la représentation de la nuit et du crime en Malaisie. 

 

Informations

Détails du Film Face à la nuit (Xing Fu Cheng Shi)
Origine Etats Unis - France - Chine - Tawain Signalétique Tous Publics
Catégorie Film Genre Drame - Science - Fiction - Policier
Version Cinéma Durée 107 '
Sortie 10/07/2019 Reprise -
Réalisateur Wi-ding Ho Compositeur
Casting Louise Grinberg - Jack Kao - Lee Hong-Chi
Synopsis Trois nuits de la vie d’un homme. Trois nuits à traverser un monde interlope, qui ont fait basculer son existence ordinaire. Il est sur le point de commettre l’irréparable. Mais son passé va le rattraper…

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