Critique L'Époque

L'Époque
Le film, en plus d'être un document précieux pour les personnes souhaitant comprendre l'état de la jeunesse dans le Paris actuel, est aussi un film de révolte, un film de rue qui se veut comme une ode à la liberté de circuler, à la liberté d'expression,...

Verdict Note : Exceptionnel ! Exceptionnel !

Par Mathieu MALLARD

Critique du Documentaire

Dans les années 80, "la jeunesse emmerd[ait] le Front National" (Bérurier Noir, Porcherie, version live). Et aujourd'hui, que fait-elle de beau, la jeunesse ? C'est justement la question que s'est posée le jeune cinéaste Matthieu Bareyre. Pour y répondre, rien de plus qu'une caméra, du matériel d'enregistrement, de la patience, les rues de Paris et la nuit. À l'arrivée, cela donne L'Époque, un premier film marquant, plein d'humanité, de révolte et de passions.

Le film, en plus d'être un document précieux pour les personnes souhaitant comprendre l'état de la jeunesse dans le Paris actuel, est aussi un film de révolte, un film de rue qui se veut comme une ode à la liberté de circuler, à la liberté d'expression, à la liberté d'aimer.

Un film urbain, en pleine actualité : les images de rue sont tournées en 2015, 2016 et 2017, c'est-à-dire du choc terroriste à l'élection d'Emmanuel Macron. Dans la rue, Mathieu Bareyre rencontre des hommes et des femmes, de tous les milieux sociaux, avec toutes les craintes, mais qui ont tous en commun l'insomnie et cette errance nocturne qui caractérise le film. Entre intime et politique, entre rêves et réalités, entre aspirations et angoisses, ce cadre urbain devient le lieu où se dévoile la jeunesse, un lieu de fêtes, de réflexion mais aussi de révolte.

Sur le principe, on ne peut que s'étonner du hasard qui a fait qu'un tel film sorte à peine un mois après Paris est une fête, un film qui s'appuyait sur les mêmes méthodes de tournage, les mêmes lieux, mais aussi un même besoin des jeunes cinéastes parisiens d'être près de la foule. Là où l'Époque se distingue, cependant, c'est par sa sobriété. Pas de fiction, pas de mise en scène, pas de narration : seulement des témoignages et des images. Là où Paris est à nous traitait la foule comme une entité, L'Époque redonne un visage à la foule, en fait le lieu de rassemblement de la jeunesse d'aujourd'hui. 

Le film, en plus d'être un document précieux pour les personnes souhaitant comprendre l'état de la jeunesse dans le Paris actuel, est aussi un film de révolte, un film de rue qui se veut comme une ode à la liberté de circuler, à la liberté d'expression, à la liberté d'aimer. La caméra est là, témoin inébranlable des injustices faites à cette liberté : la caméra d'un policier qui vient ficher l'équipe du film dans une tentative d'intimidation, les remarques racistes de policiers à l'encontre de la jeune Rose, les interventions de la police sur la Place de la République lors de Nuit Debout... Car si le film amène une réflexion sur la jeunesse, il amène aussi une réflexion sur l'espace, et sur ceux qui se l'approprient - que ce soit par volonté d'expression comme les manifestants, ou par la violence comme les forces de maintien de l'ordre. La caméra est dans chaque lutte nocturne, des cortèges pour le climat aux fameux black blocks, si redoutés dans les médias. Une caméra qui ne s'arrête pas aux apparences, mais qui cherche aussi à comprendre et donner une voix à ces jeunes-là, ceux des tendances politiques les plus radicales.

C'est peut-être pour cela que ce film est aussi essentiel. Parce qu'à force de parler de génération X, de génération Y, de milennials, peut-être qu'on s'obstine à ne pas voir la jeunesse pour ce qu'elle est - une volonté de changer, de passer de l'adolescence à l'âge adulte, mais aussi de l'ancien monde au nouveau. Peut-être que la jeunesse, c'est aussi cet équilibre constant entre rêves, ambitions et angoisses. Et aujourd'hui plus que jamais, c'est peut-être cela aussi la jeunesse : une insurrection permanente contre l'autorité, une lutte pour la liberté de vivre comme on l'entend.

L'Époque, c'est un film qui pourra peut-être paraître trop engagé, trop radical, trop critique ; on pourrait lui reprocher aussi de ne se concentrer que sur la jeunesse radicale de gauche, et non sur d'autres formations politiques de jeunes, à l'extrême-droite notamment. Mais c'est justement cela qui fait sa force inébranlable : son parti pris de ne filmer que les jeunes en lutte, son adhésion à un milieu nocturne parisien, un milieu où les rêves ont libre cours, un milieu où le monde se réinvente, que ce soit entre deux verres ou entre deux manifestations. Un film à voir, surtout en ces temps où la répression et l'intolérance menacent une jeunesse qui, elle, a toujours "le feu".

Informations

Détails du Documentaire L'Époque
Origine France Signalétique Tous Publics
Catégorie Documentaire Genre Historique
Version Cinéma Durée 94 '
Sortie 17/04/2019 Reprise -
Réalisateur Mathieu Bareyre Compositeur
Casting
Synopsis Du Paris de l’après-Charlie aux élections présidentielles; une traversée nocturne aux côtés de jeunes qui ne dorment pas : leurs rêves, leurs cauchemars, l’ivresse, la douceur, l’ennui, les larmes, la teuf, le taf, les terrasses, les vitrines, les pavés, les parents, le désir, l’avenir, l’amnésie, 2015, 2016, 2017 : l'époque.

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