Critique Boy Erased

Boy Erased
Un film indispensable, qui éclaire sur un sujet et des pratiques qui ne devraient plus exister dans notre société dite civilisée

Verdict Note : Exceptionnel ! Exceptionnel !

Par Thomas ARTEMNIAK

Critique du Film

Boy Erased est le deuxième long métrage de Joel Edgerton, après The Gift, et force est de constater qu’il n’a pas choisi un sujet facile: les centres de "conversion". Après que la productrice Kerry Kohansky-Roberts lui ait soumis le roman de Garrard Conley, qu’elle avait elle-même dévoré en quelques heures, Edgerton a été soufflé par la puissance du texte et du sujet évoqué par l’auteur. Entre la sortie du roman et la fin du tournage, il ne s’est écoulé que 9 petits mois, démontrant l’urgence et l’impact du sujet sur le réalisateur et son équipe.

Il ne pensait pas avoir ce qu’il fallait pour rendre justice à cette histoire, pour rendre justice à la communauté LGBTQ+ dont beaucoup trop de personnes sont encore en souffrance. Force est de constater qu’il y parvient haut la main, maîtrisant le sujet d’une main de maître et réalisant un film indispensable, qui éclaire sur un sujet et des pratiques qui ne devraient plus exister dans notre société dite civilisée

Conley, fils d’un pasteur Baptiste, a connu l’enfer des centres de « conversion ». Ils s’apparentent autant à une prison qu’à une forme de secte et servent à éradiquer la « maladie » des jeunes homosexuels via un lavage de cerveau. Cette histoire pourrait avoir lieu dans les années 50 mais ce n’est pas le cas, il s’agit bien d’une histoire contemporaine et il existe encore actuellement 36 états aux USA qui n’interdisent toujours pas ces lieux de souffrance et de torture mentale. Le sujet a déjà été évoqué dans Come as you are de Désirée Akhavan, mais peut-être avec moins de force et de puissance. Bon nombre d’adolescents sont encore victimes des ces réorientations sexuelles et cela, comme le montre extrêmement bien Boy Erased qui se veut impartial envers tous les protagonistes, dans des familles très croyantes et pratiquantes, où les parents restent persuadés qu’ils font bien, qu’ils font au mieux pour leur progéniture. Sauf que l’on ne peut guérir ce qui n’est pas une maladie. On ne peut pas réduire au silence la vérité.

Il aura fallu 10 ans à Conley, pour arriver à exorciser le traumatisme de son séjour dans ces structures et pour trouver le courage de coucher par écrit son incroyable parcours. Il a été associé dès la pré-production du film au processus artistique et y a participé activement, apportant un gage de réalisme troublant, notamment dans le rendu très chirurgical des décors du centre et la profondeur des personnages.

Au travers de celui de Sykes, le « gourou » d’un de ces endroits, interprété par Edgerton lui-même, est dénoncé le fait qu’ils sont tenus par des « anciens » gays. Toute l’ambivalence de son personnage, partagé qu’il est entre sa propre colère d’être homosexuel et son besoin de croire qu’il est guéri, encore plus que la souffrance du jeune Jared, nous montre la difficulté, l’impossibilité de certaines classes bien-pensantes, certains carcans religieux, de comprendre l’homosexualité. Le film pointe un doigt accusateur envers la faiblesse de certains à s’en remettre aveuglément à une religion et à l’interprétation par de simples hommes de ses dogmes. Les croyances de certains peuvent aller à l’encontre de l’amour de leurs proches et même mener à la destruction de la cellule familiale, pourtant la valeur première prônée par ces derniers.

Le reste du casting est parfait, de Russel Crowe en pasteur et père aimant qui ne peut accepter l’orientation sexuelle de son fils, à Nicole Kidman en mère partagée entre ce que son mari décide pour Jared et l’amour qu’elle a pour ce dernier et ce qu’elle estime juste en son for intérieur. La fragilité apparente qu’elle dégage ne rend sa force de se battre pour son fils que plus percutante.

Que dire enfin de la prestation de Lucas Hedges qui, grâce à son jeu tout en finesse, arrive à vous bouleverser et à vous faire ressentir sa souffrance et son propre questionnement intérieur ? D’un simple regard il est capable de vous toucher en plein cœur et de transformer sa bataille en votre bataille. Tous les personnages sans exception sont tiraillés entre deux aspects complétement opposés de leurs personnalités et tentent, tant bien que mal, de vivre au mieux avec leurs décisions et leurs actes, aussi cruels et difficiles soient-ils.

Joel Edgerton a hésité, et s’est pris un temps de réflexion après la lecture du roman pour prendre sa décision de réaliser Boy Erased. Il ne pensait pas avoir ce qu’il fallait pour rendre justice à cette histoire, pour rendre justice à la communauté LGBTQ+ dont beaucoup trop de personnes sont encore en souffrance. Force est de constater qu’il y parvient haut la main, maîtrisant le sujet d’une main de maître et réalisant un film indispensable, qui éclaire sur un sujet et des pratiques qui ne devraient plus exister dans notre société dite civilisée.

Informations

Détails du Film Boy Erased
Origine Etats Unis Signalétique Interdit aux moins de 10 ans
Catégorie Film Genre Drame
Version Cinéma Durée 115 '
Sortie 27/03/2019 Reprise -
Réalisateur Joel Edgerton Compositeur Danny Bensi - Saunder Jurriaans
Casting Nicole Kidman - Russell Crowe - Joel Edgerton - Lucas Hedges - Flea
Synopsis L’histoire de Jared, fils d’un pasteur dans une petite ville américaine, dont l’homosexualité est dévoilée à ses parents à l’âge de 19ans. Jared fait face à un dilemme : suivre un programme de thérapie de reconversion – ou être rejeté pour toujours par sa famille, ses amis et sa communauté religieuse. BOY ERASED est l’histoire vraie du combat d’un jeune homme pour se construire alors que tous les aspects de son identité sont remis en question.

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