Critique Convoi exceptionnel

Convoi exceptionnel
Convoi exceptionnel, après avoir frisé au préalable la catastrophe narrative, se redresse plutôt bien par la suite, autorisant Bertrand Blier à décocher des vérités bien senties sur le cinéma, la vie et l'amour. Peut-être l'occasion d'un nouveau...

Verdict Note : Moyen. Moyen.

Par David Speranski

Critique du Film

Cela faisait neuf ans que Bertrand Blier nous faisait languir, depuis la sortie du Bruit des Glaçons, au point que l'on désespérait d'un éventuel nouveau film. C'est pourtant chose faite aujourd'hui grâce à Convoi exceptionnel où Blier renoue avec les distributions pléthoriques, les dialogues gargantuesques et son sens surréaliste de l'absurde. Blier revient donc en terrain conquis, son domaine de prédilection où les acteurs, le verbe et le dynamitage des situations règnent sans partage. Convoi exceptionnel est-il pour autant une œuvre exceptionnelle? Nous n'irons pas jusque-là. 

Convoi exceptionnel, après avoir frisé au préalable la catastrophe narrative, se redresse plutôt bien par la suite, autorisant Bertrand Blier à décocher des vérités bien senties sur le cinéma, la vie et l'amour. Peut-être l'occasion d'un nouveau départ?

Convoi exceptionnel commence comme beaucoup de films de Blier, par un tandem, tel que ceux présentés dans Les Valseuses, Préparez vos mouchoirs, Tenue de soirée, Merci la vie, Les Côtelettes ou Le Bruit des Glaçons. D'un côté, un type désargenté qui pousse un caddie, Taupin ; de l'autre, un homme portant un manteau à col de fourrure, Foster. Entre eux deux, on constate par conséquent une certaine fracture sociale mais surtout une divergence fondamentale de conception de la vie, Foster se fiant à un scénario pour mener son existence alors que Taupin ne cesse d'improviser au jour le jour. 

On adore Bertrand Blier. Pendant quinze ans, il a enchaîné une dizaine de films qui l'a fait occuper une place centrale dans le cinéma français, en dépit de (ou peut-être grâce à) son sens de la provocation et de la dérision iconoclaste. On regrettait fortement son silence cinématographique mais le souvenir douloureux d'une succession d'échecs artistiques depuis presque trente ans (Les Acteurs, Les Côtelettes) demeurait cuisant. Sans être aussi catastrophique, Convoi exceptionnel doit assumer un postulat scénaristique assez aberrant de mise en abyme où les personnages conscients de leur caractère fictionnel essaient de suivre à la lettre un scénario écrit par un groupe de spectateurs et une mystérieuse "showrunneuse". Dès le départ, ce postulat ne fonctionne pas et est réutilisé toutes les cinq minutes de manière assez lourdingue. Dans les films de Buñuel, la grande référence de Bertrand Blier, la situation de départ est souvent tranquillement quotidienne et dérive de manière insensible vers l'absurde et la folie, après avoir conforté le spectateur dans sa croyance au réel. Cela permet au film de posséder une base solide qui autorise toutes les libertés et digressions. Dans Convoi exceptionnel, la croyance dans la situation de départ est par avance fragilisée, ce qui rend difficile la persistance de la foi dans le développement de la fiction.  

Le début du film s'avère donc assez rédhibitoire, d'autant plus que Clavier et Depardieu, dans leur numéro de duettistes hérité d'Astérix et Obélix, se montrent aussi peu subtils que d'autres grands comédiens, Bouquet et Noiret dans Les Côtelettes. Pourtant, alors qu'on craint le pire, il a en fait déjà eu lieu. A partir de là, Blier va nous montrer qu'il a plutôt de beaux restes, d'un point de vue cinématographique. On s'aperçoit alors que lorsqu'il filme des femmes, - Fadira Rahouadj, sa propre compagne, qui chante de façon bouleversante un morceau extrait de la B.O. de Quai des Orfèvres, Sylvie Testud en amour de jeunesse de Depardieu ou encore Alexandra Lamy dans la meilleure séquence du film, en ex-femme de Clavier -Blier touche soudain à l'essentiel, à la vérité de l'amour jamais trépassé et aux émotions qui n'ont pas disparu. Bien mal engagé, le film prend alors une autre tournure. Dans sa dernière demi-heure, Blier s'amusera à inverser les rôles, comme il l'avait déjà fait dans la deuxième partie de Trop Belle pour toi : Clavier prenant la place du SDF tandis que Depardieu emprunte l'identité du notable bourgeois. On aura même droit à un monologue en plan fixe de Clavier, rappelant qu'il est à l'origine un formidable acteur largement sous-estimé. Pour équilibrer sa fin, le film se conclura sur une superbe improvisation free style de Depardieu sur les bienfaits attendus des recettes au poulet, rappelant assez fortement sa prestation jubilatoire de psy à la fin d'Un Beau soleil intérieur. Par conséquent, Convoi exceptionnel, après avoir frisé au préalable la catastrophe narrative, se redresse plutôt bien par la suite, autorisant Bertrand Blier à décocher des vérités bien senties sur le cinéma, la vie et l'amour. Peut-être l'occasion d'un nouveau départ? 

Informations

Détails du Film Convoi exceptionnel
Origine France Signalétique Tous Publics
Catégorie Film Genre Comédie
Version Cinéma Durée 82 '
Sortie 13/03/2019 Reprise -
Réalisateur Bertrand Blier Compositeur
Casting Gérard Depardieu - Sylvie Testud - Christian Clavier - Audrey Dana - Alex Lutz
Synopsis C’est l’histoire d’un type qui va trop vite et d’un gros qui est trop lent. Foster rencontre Taupin. Le premier est en pardessus, le deuxième en guenilles. Tout cela serait banal si l’un des deux n’était en possession d’un scénario effrayant, le scénario de leur vie et de leur mort. Il suffit d’ouvrir les pages et de trembler…

Publicité Amazon - Soutenez Retro-HD

Publicité Google - Soutenez Retro-HD

Publicité Google - Soutenez Retro-HD

Publicité Amazon - Soutenez Retro-HD

Laissez un commentaire

Publicité Google - Soutenez Retro-HD

Dernières Critiques