Critique Grâce à Dieu

Grâce à Dieu
Par la force des choses, il en ressort un film un peu inégal en fonction de la personnalité de l'acteur et du traitement adopté, plutôt intrigant au début, trop attendu et prévisible en son milieu et finalement assez bouleversant dans sa dernière...

Verdict Note : Intéressant dans son ensemble. Intéressant dans son ensemble.

Par David Speranski

Critique du Film

Depuis une vingtaine d'années, François Ozon tourne sans discontinuer, abordant tous les genres ou presque : la comédie musicale (Huit femmes), le film d'horreur cronenbergien (L'Amant double), le mélodrame historique (Frantz), etc. Il est à la recherche de son Saint Graal, son grand film, celui qui mettra d'accord tout le monde, lui, les spectateurs et les critiques. Avec son dix-huitième film, Grâce à Dieu, film-dossier sur la création d'une association La Parole libérée face aux agissements présumés de prêtres pédophiles dans le diocèse lyonnais, a-t-il enfin atteint son but? 

Par la force des choses, il en ressort un film un peu inégal en fonction de la personnalité de l'acteur et du traitement adopté, plutôt intrigant au début, trop attendu et prévisible en son milieu et finalement assez bouleversant dans sa dernière partie.

Ozon va nous faire suivre à tour de rôle trois hommes incarnés par des acteurs impressionnants : Alexandre (Melvil Poupaud), père de famille nombreuse et catholique pratiquant, qui va reconnaître au bout d'une vingtaine d'années le prêtre qui lui fit subir des attouchements et actes sexuels, le père Bernard Preynat. Ensuite François (Denis Ménochet) va aider la police dans son travail d'enquête et permettre la médiatisation de l'association La Parole libérée. Enfin Emmanuel (Swann Arlaud, une nouvelle fois exceptionnel), très atteint par ce traumatisme d'adolescence, retrouvé par la police et François, va témoigner contre le diocèse lyonnais représenté par le cardinal Barbarin (l'excellent François Marthouret).

C'est la grande (et bonne) idée du film: transformer le film au gré de la présentation de ses divers protagonistes, la chronique bourgeoise et épistolaire pour Alexandre, l'enquête policière pour François et le mélodrame psychologique pour Emmanuel. Par la force des choses, il en ressort un film un peu inégal en fonction de la personnalité de l'acteur et du traitement adopté, plutôt intrigant au début, trop attendu et prévisible en son milieu et finalement assez bouleversant dans sa dernière partie. Néanmoins Ozon ne s'est pas trompé dans l'ordre et la construction de son film, afin de terminer sur la meilleure note possible. 

Le film a obtenu le Grand Prix du Festival de Berlin, davantage pour ses vertus sociologiques que pour ses qualités artistiques. Un prix d'interprétation individuel (Swann Arlaud) ou collectif lui aurait bien davantage convenu. Soulignons également la distribution féminine, digne tout autant de louanges, soutiens plus ou moins faillibles de ces hommes brisés, Aurélia Petit, l'excellente Julie Duclos, Jeanne Rosa et Amélie Daure. Si le film satisfait en tant qu'enquête précise, détaillée et documentaire, on pourra tout de même reprocher trois écueils majeurs à François Ozon. Sa description d'hommes fracassés convainc en particulier dans sa troisième partie, portée par un Swann Arlaud qui électrise chaque plan, mais s'arrête alors que le film effleure le véritable sujet du film, c'est-à-dire la question de la foi et du pardon. Peut-on encore croire en la religion catholique face à de tels agissements? Faut-il comme le propose Emmanuel, s'apostasier? Comment réussir à dépasser le stade de la condamnation judiciaire et atteindre celui du pardon? 

Grâce à Dieu a échappé à la censure judiciaire, venant de référés tardifs, ce qui représente une excellente chose pour la liberté d'expression et de création. On peut néanmoins s'interroger sur le procédé utilisé de modifier l'identité des victimes présumées et d'avoir laissé telle quelle au vu et au su de tous les spectateurs l'identité des hommes et femmes d'Eglise impliqués dans l'affaire. Alors que le film demeure relativement nuancé dans sa critique du diocèse lyonnais, ménageant des parts d'ombre et d'ambiguïté autour des ecclésiastiques, ce procédé discret ne laisse pas de doute aux spectateurs sur le parti pris du metteur en scène. Il faut souligner que la conférence de presse du cardinal Barbarin, reprise in extenso et donnant son titre au film ("Grâce à Dieu, ces actes sont prescrits"), démontre encore davantage la volonté de déni de l'Eglise catholique.  

Enfin, et c'est le plus important, le film souffre d'une surprenante absence de forme cinématographique, comme si Ozon avait considéré que le contenu sociétal suffisait à imposer son propos. Or, face à des champs-contrechamps basiques, une suite de gros plans sans imagination et une image tristement télévisuelle, le film semble lui-même se programmer dans une soirée-débat dont les chaînes de télévision sont friandes. Il n'en reste pas moins que Grâce à Dieu est sans doute le meilleur film de François Ozon depuis assez longtemps (Sous le sable ou Angel qui ne souffraient pas de cette déficience stylistique) et que, surtout pour sa dernière partie, avec une Josiane Balasko idéalement à contre-emploi et bouleversante, l'œuvre mérite malgré tout le détour.  

Informations

Détails du Film Grâce à Dieu
Origine France Signalétique Tous Publics
Catégorie Film Genre Drame
Version Cinéma Durée 137 '
Sortie 20/02/2019 Reprise -
Réalisateur François Ozon Compositeur Philippe Rombi
Casting Eric Caravaca - Melvil Poupaud - Denis Ménochet - Swann Arlaud
Synopsis Alexandre vit à Lyon avec sa femme et ses enfants. Un jour, il découvre par hasard que le prêtre qui a abusé de lui aux scouts officie toujours auprès d’enfants. Il se lance alors dans un combat, très vite rejoint par François et Emmanuel, également victimes du prêtre, pour « libérer leur parole » sur ce qu’ils ont subi. Mais les répercussions et conséquences de ces aveux ne laisseront personne indemne.

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