Critique Vice

Vice
A la place d'un brillant divertissement, Adam McKay nous montre surtout un patchwork d'images souvent indifférenciées, oubliant la mise en scène au profit du montage, faisant ressembler le film à un zapping télévisuel permanent.

Verdict Note : Intéressant dans son ensemble. Intéressant dans son ensemble.

Par David Speranski

Critique du Film

Quand les auteurs comiques vieillissent, leurs effets drolatiques et délirants ne fonctionnent plus aussi bien. Ces auteurs s'aperçoivent qu'ils ont alors perdu beaucoup de leur efficacité et partent soudain en quête de respectabilité. On a observé ce phénomène avec Peter Farrelly se reconvertissant dans la comédie familiale capraesque avec Green Book. La même chose se reproduit avec Adam McKay s'improvisant commentateur politique et social depuis The Big Short (Oscar du meilleur scénario original) et s'attaquant avec délectation à la figure politique méconnue de Dick Cheney, vice-président des Etats-Unis dans l'ombre de George W. Bush, de 2001 à 2009. La conscience sociale existait pourtant déjà chez Adam McKay mais il était assez difficile de la percevoir derrière les gesticulations comiques de Will Ferrell (Anchorman, Frangins malgré eux) qui prenaient toute la place dans le cadre. Comment s'est-il donc tiré de cet exercice de style difficile, le biopic d'une personne aussi discrète et controversée que Dick Cheney?

A la place d'un brillant divertissement, Adam McKay nous montre surtout un patchwork d'images souvent indifférenciées, oubliant la mise en scène au profit du montage, faisant ressembler le film à un zapping télévisuel permanent.

L'angle d'Adam McKay est assez simple à percevoir. Dick Cheney, homme sans qualités, était au départ un étudiant alcoolique sans avenir, qui ne doit son salut qu'à la persévérance et l'amour de son épouse Janet. Devenu progressivement un apparatchik de l'establishment américain, il va tisser une toile d'influences et de réseaux qui le mettra, le jour venu, au centre du jeu politique. Nommé vice-président en 2001, il va par conséquent devenir l'homme le plus puissant du monde, exerçant réellement le pouvoir, à la place du fantoche W.

Dans vice-président, il y a vice. McKay ne se prive pas de mettre en avant le vice de fabrication chez Dick Cheney qui va peu à peu, de manière insensible, se transformer en monstre de pouvoir. Néanmoins, montrer son véritable rôle dans l'invasion de l'Irak revient aujourd'hui à enfoncer une porte ouverte, excepté pour ceux qui ont plongé en hibernation lors des 20 dernières années. On peut par conséquent regretter que Vice se contente surtout d'aligner les évidences et de souligner ce qui est par avance choquant pour ceux qui ont déjà choisi leur camp. On imaginait surtout, de par la réputation d'Adam McKay, une œuvre bien plus comique et satirique. Or, hormis Steve Carell en Donald Rumfeld grimaçant, tous les autres acteurs se fondent dans leur personnage et se complaisent sous la chape de plomb d'un esprit de sérieux confondant. Adam McKay, de peur de se voir accusé de parti pris, n'hésite même pas à rendre Dick Cheney sympathique et presque pitoyable sur son lit d'hôpital, dans l'attente d'une transplantation cardiaque miraculeuse, ou même convaincu et presque convaincant lorsqu'il répond aux questions d'une journaliste de télévision. Seul le générique de fin, sur fond musical d'America, extrait de West Side Story, avec une séquence post-générique tordante, donne une petite idée du film que Vice aurait pu réellement être, cynique et mordant.

Or, à la place d'un brillant divertissement, Adam McKay nous montre surtout un patchwork d'images souvent indifférenciées, oubliant la mise en scène au profit du montage (ce qui explique dans une certaine mesure le BAFTA Award du meilleur montage), faisant ressembler le film à un zapping télévisuel permanent. McKay n'a jamais réellement eu de style cinématographique, y compris dans ses comédies les plus délirantes qui se contentaient du BA-BA esthétique. Sur ce point, il n'a pas véritablement changé. Sous prétexte de mosaïque stylistique, il nous propose un brouillon informe, rempli d'idées intéressantes mais égarées dans tous les coins de la page. Entre flash-backs hasardeux, montages alternés sur un personnage-narrateur (Jesse Plemons) dont on découvrira seulement à la fin la signification anecdotique et coupes à la hache sans doute destinées à réveiller le spectateur, McKay peine à trouver une forme cohérente pour un biopic qui ne manquait pourtant pas de consistance. Restent les acteurs qui, comme souvent, chez McKay, sauvent la mise. Si Amy Adams, Sam Rockwell et Steve Carell assurent leurs rôles sans faiblir, c'est surtout Christian Bale qui dévore l'écran, en devenant Dick Cheney, par-delà le maquillage extrêmement réussi et le vieillissement particulièrement crédible. Il habite ainsi le rôle par la voix et le regard, de manière absolument stupéfiante. Nul doute que s'il n'y avait pas eu Rami Malek dans Bohemian Rhapsody, l'Oscar du meilleur acteur lui aurait été promis sans coup férir. C'est bien le problème de Dick Cheney d'arriver toujours en deuxième, y compris pour les récompenses.  

Informations

Détails du Film Vice
Origine Etats Unis Signalétique Tous Publics
Catégorie Film Genre Drame - Biopic
Version Cinéma Durée 132 '
Sortie 13/02/2019 Reprise -
Réalisateur Adam McKay Compositeur
Casting Sam Rockwell - Christian Bale - Steve Carell - Amy Adams
Synopsis Fin connaisseur des arcanes de la politique américaine, Dick Cheney a réussi, sans faire de bruit, à se faire élire vice-président aux côtés de George W. Bush. Devenu l'homme le plus puissant du pays, il a largement contribué à imposer un nouvel ordre mondial dont on sent encore les conséquences aujourd'hui…

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