Critique Pale Rider - Le cavalier solitaire (Pale Rider)

Pale Rider - Le cavalier solitaire
L'histoire singulière d'un prêtre aux allures de revenant qui s'érige en justicier du Bien face aux puissances démoniaques de l'Argent.

Verdict Note : Un très bon moment en perspective. Un très bon moment en perspective.

Par Sébastien LAMOTHE

Critique du Film

Il aura fallu attendre 8 années depuis Josey Wales hors-la-loi (1976) pour que Clint Eastwood décide de tourner un nouveau western avec la société de production Malpaso – créée en 1967 pour produire Pendez-les haut et court de Don Siegel grâce aux recettes de la Trilogie du dollar où déjà, l'acteur jouait le rôle d'un personnage sans nom ni identité précise. Personnage mystérieux qui relève d'une dimension surnaturelle propre au film. En effet, le cavalier dont Clint Eastwood tient à l'écran le rôle surgit de nulle part sur son cheval blanc en plein conflit opposant la communauté de chercheurs d'or de Carbon Creak au patron de l'exploitation minière de la ville à laquelle il a donné son nom: Coy La Hood.

image1La première séquence du film pose d'emblée un rapport de forces déséquilibré entre deux groupes représentatifs de valeurs opposées assimilables en dernière analyse au Bien et au Mal – le fracas du galop effréné des hommes de La Hood contrastant avec la paix champêtre des membres de la communauté. Atmosphère d'apocalypse dont la thématique traverse toute la durée du film. Le cavalier solitaire apparaît à l'appel de Megan au moment même où cette dernière fait référence dans sa prière à l'un des cavaliers de l'Apocalypse: "L'enfer l'accompagnait." Caractère christique du personnage du prêtre encore souligné par La Hood lui-même répondant au compte rendu de la situation fait par ses acolytes: "Si on y va trop fort, on en fera un martyr". Manichéisme – ici poussé à l'extrême – caractéristique du western traditionnel en désuétude en ce milieu des années 1980 – celui par exemple de John Ford – auquel puise et rend hommage Pale Rider. Comme toujours chez Clint Eastwood, c'est du côté des plus humbles – et des plus faibles – que le personnage du héros, comme le réalisateur lui-même, se range spontanément. Souvenir des petites gens rencontrées sur le bord du chemin lorsque son père avec femme et enfants sillonnait les routes de la côte ouest à la recherche d'un emploi saisonnier à l'époque de la Grande Dépression si bien dépeinte par Steinbeck dans Les raisins de la colère.

Clint Eastwood s'amuse avec les codes d'un genre auquel il rend d'autant plus hommage – de John Ford à Sergio Leone – qu'il a contribué à créer son personnage de héros solitaire taciturne.

D'un côté les mœurs simples et naïves des pionniers de la fin du XIXème siècle délibérant ensemble des décisions à prendre dans l'intérêt de la communauté, faisant preuve de solidarité et de courage. Leurs membres s'ouvrent les uns aux autres de leurs sentiments, sans faux semblant ni arrière-pensée qui révèleraient des intentions cachées. En témoignent la réunion des chercheurs d'or autour d'un feu pour décider de façon "démocratique" de la continuation de leur activité ou les disputes et raccommodements entre le couple d'hôtes du "prêtre", Hull Barret et Sarah Wheeler. C'est le règne idyllique de la transparence à peine perturbé par la passion amoureuse que l'étranger provoque chez les deux femmes, Sarah et sa fille Megan issue d'un premier mariage. Le refus poli qui leur est opposé soulignant d'ailleurs le caractère désincarné du personnage du prêtre.

image2De l'autre côté, le règne du mensonge et de la cupidité associée à celui de la politique. Coy La Hood revenant de Sacramento cherche à faire valoir des documents obtenus grâce à l'appui d'hommes politiques influents afin de justifier sa main mise sur le site aurifère de la petite communauté. Le prêtre n'en est pas dupe qui dévoile la supercherie. C'est aussi le foyer d'une violence dirigée contre la communauté mais aussi contre la nature.  Préoccupation écologique inhérente aux idéaux du réalisateur qui se manifeste dès la première séquence du film par le focus mis sur une vache agonisant sous les coups de feu des hommes de main de La Hood ainsi que sur le petit chien qu'ils viennent d'abattre, comme un peu plus tard sur les dégâts occasionnés sur la végétation environnante par le système hydraulique sur le mode duquel fonctionne l'exploitation minière. La Hood et sa clique sont ainsi associés au camp du Mal absolu et La Hood lui-même identifié par le prêtre, à qui l'entrepreneur propose de bâtir une église à son service, à l'avarice et au monde de l'argent divinisé dans la Bible en la personne du dieu Mammon, le prêtre lui rétorquant: "Aucun homme ne peut servir deux maîtres : car toujours il haïra l'un et aimera l'autre. On ne peut servir à la fois Dieu et Mammon." (Nouveau Testament; Matthieu, 6:24). Mais le film s'en réfère aussi indirectement à la Bible lorsqu'il met en scène le Marshall Stokburn épaulé par ses six adjoints, établissant une symbolique inversée du chiffre sept représentant la perfection.

Au milieu de tout cela, le cavalier solitaire joué par Clint Eastwood, personnage magique à double titre. Sorti de nulle part et retournant à l'inconnu aussitôt l'histoire terminée, il est cette puissance démoniaque – au sens spirituel du terme – envoyée de Dieu – que semble signifier son rôle de prêtre. Son personnage a été conçu selon l'intention même de Clint Eastwood comme un revenant, ce que semblent attester les impacts de balles dont son dos est tavelé comme aussi sa façon d'apparaître et de disparaître mystérieusement du cadre à l'issue d'un plan de coupe. Clint Eastwood s'amuse avec les codes d'un genre auquel il rend d'autant plus hommage – de John Ford à Sergio Leone – qu'il a contribué à créer son personnage de héros solitaire taciturne.

Le caractère abstrait que revêt le personnage du prêtre justicier joué par Clint Eastwood dans Pale Rider en même temps qu'il dévoile la puissance du western en tant que genre mythologique fondateur des valeurs américaines – la foi en Dieu et le droit à se défendre par les armes – en signe aussi l'idéalisme conceptuel. Un idéalisme – l'amour des hommes et le combat pour la justice – qui – quelle que soit l'époque à laquelle se réfère le temps du récit – traverse l'œuvre du réalisateur de ses débuts jusqu'à aujourd'hui.

Informations

Détails du Film Pale Rider - Le cavalier solitaire (Pale Rider)
Origine Etats Unis Signalétique Tous Publics
Catégorie Film Genre Western
Version Cinéma Durée 115 '
Sortie 14/08/1985 Reprise -
Réalisateur Clint Eastwood Compositeur Lennie Niehaus
Casting Clint Eastwood - Chris Penn - Michael Moriarty - Carrie Snodgress - Richard A. Dysart - John Russell
Synopsis Une communauté de chercheurs d'or de la bourgade de La Hood en Californie est harcelée par le propriétaire de l'exploitation minière moderne qui a donné son nom à la ville. Jusqu'à ce qu'un prêtre justicier monté sur son cheval blanc fasse son apparition et décide de prendre fait et cause pour la petite communauté sans défense.

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