Critique Shéhérazade

Schéhérazade
Shéhérazade oscille entre le conte de fées moderne et le film réaliste sur le milieu de la délinquance juvénile marseillaise, emporté par le rythme fou d'un cœur qui bat à cent à l'heure, celui de Zachary.

Verdict Note : Intéressant dans son ensemble. Intéressant dans son ensemble.

Par Sébastien LAMOTHE

Critique du Film

Shéhérazade se place sous le signe du conte dont il emprunte les caractéristiques, à savoir la moralité finale et les péripéties que traverse son héros, en précisant cependant qu'il s'agit d'un conte réaliste moderne qui prend pour cadre les trottoirs de la ville de Marseille, ses quartiers ainsi que le milieu de la petite criminalité. On pense inévitablement au Petit Voleur (1999) d'Erick Zonca au schéma narratif duquel, en dehors du fait qu'il aborde un sujet similaire, il colle de très près. Nous prenons en effet le personnage de Zach in medias res de son parcours de petit délinquant.

A peine sorti d'une prison pour mineurs, Zachary fait le mur du foyer où il a été placé pour rejoindre ses "collègues". C'est alors qu'il se lie d'amitié pour une jeune prostituée prénommée Shéhérazade avant de s'improviser comme le proxénète du groupe de jeunes filles auquel elle appartient.

image1De la prison au foyer, du foyer aux rues de Marseille jusqu'au retour en prison via le tribunal en passant par le domicile familial, le film retrace le parcours en cercle fermé d'un jeune délinquant de cité soumis aux règles imposées par un déterminisme social dont le détail nous est retranscrit pas à pas, représentatif de celui qui est suivi dans la réalité par nombre de jeunes garçons ou filles issus des mêmes catégories de la société. On y assiste au comportement déviant empreint d'impulsivité et teinté de violence du jeune garçon entrecoupé de confidences et de moments de tendresse qui dessinent un caractère complexe livré aux évènements extérieurs. Quid du rôle des éducateurs et de la justice dont le film dresse un constat d'échec. Le milieu social des petits criminels y est décrit dans toute son ambiguïté, à la fois protecteur et aliénant au point de former un réseau inextricable de relations dont il ne semble en effet être possible de s'extraire qu'en tranchant brutalement le nœud gordien qu'il finit par former, justifiant ainsi la séquence finale du film. Le lien indissoluble, reposant sur la loi de la peur, qui s'établit naturellement entre les familles qui vivent au sein de la cité et les petits criminels qui y opèrent en représente la manifestation la plus éclatante, illustrée par la complicité dont se rend coupable la propre mère de Zach.

De la prison au foyer, du foyer aux rues de Marseille jusqu'au retour en prison via le tribunal en passant par le domicile familial, le film retrace le parcours en cercle fermé d'un jeune délinquant de cité soumis aux règles imposées par un déterminisme social dont le détail nous est retranscrit pas à pas

Cependant que le genre du conte vient contaminer le cadre réaliste de l'intrigue – au risque d'y perdre en vraisemblance – entre les limites duquel l'histoire d'amour entre Schéhérazade et Zachary vient s'inscrire et prendre la lumière, de telle sorte que si le personnage du Petit Voleur rompait accidentellement – au sens à la fois concret et abstrait du terme – avec le milieu de la criminalité, celui de Zach est porté par une motivation interne de nature psychologique, autrement dit les sentiments qu'il éprouve pour Shéharazade qui infléchissent le cours de l'intrigue. On accède ainsi à la dimension morale du conte, elle-même intimement liée à l'histoire d'amour qui en constitue la trame. Rupture du fil réaliste de l'histoire cependant amenée par l'élément déclencheur d'une scène de jalousie en boîte de nuit entre Zach et l'un de ses amis auquel il refuse de servir d'entremetteur auprès de sa protégée. Artifice amené de façon quelque peu maladroite et par trop appuyée, que le spectateur anticipera aisément, qui reste cependant en cohérence avec la problématique de l'aveu de ses sentiments par Zach temporairement empêché pour des raisons de pudeur propre au caractère du personnage.

C'est donc bien à un héros de conte moderne que nous avons affaire avec Shéhérazade mâtiné du portrait d'un petit caïd de cité pour lequel nous finissons tout de même par éprouver une certaine empathie, mélange des genres qui cahin-caha, et abstraction faite de certaines maladresses scénaristiques, nous emporte dans la spirale de son personnage interprété avec brio par Dylan Robert.

Informations

Détails du Film Shéhérazade
Origine France Signalétique Tous Publics
Catégorie Film Genre Drame
Version Cinéma Durée 106 '
Sortie 05/09/2018 Reprise -
Réalisateur Jean-Bernard Marlin Compositeur Jacob Stambach
Casting Dylan Robert - Kenza Fortas - Idir Azougli - Lisa Amedjout - Kader Benchoudar
Synopsis Zachary, 17 ans, sort de prison et quitte le foyer où il a été placé. Rejeté par sa mère, il traîne dans les rues de la ville de Marseille où il y fait la rencontre d'une jeune prostituée prénommée Schéhérazade.

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