Critique Miraï ma petite soeur (Mirai no Mirai)

Miraï ma petite soeur
Avec Miraï ma petite sœur, Mamoru Hosoda mêle la banalité de la vie quotidienne à des séquences de voyage dans le temps pour mieux sonder les origines généalogiques de son protagoniste.

Verdict Note : Intéressant dans son ensemble. Intéressant dans son ensemble.

Par Emilie BOCHARD

Critique du Film

Parmi les nouveaux noms du cinéma d’animation japonais, Mamoru Hosoda est très certainement le plus prolifique et le plus connu. À l’origine de Summer Wars, La Traversée du temps (deux incontournables pour qui s’intéresse au genre) ainsi que des récents Les Enfants loups Ame et Yuki et Le Garçon et la bête, Mamoru Hosoda a su s’imposer avec des films propices aux envolées fantastiques et par des thématiques fortes telles que l’acceptation de soi et le choix de sa destinée. Avec Miraï ma petite sœur, le cinéaste mêle la banalité de la vie quotidienne à des séquences de voyage dans le temps pour mieux sonder les origines généalogiques de son protagoniste.

Le jeune Kun voit d’un très mauvais œil l’arrivée de sa petite sœur Miraï dans son foyer, et pour cause : ses parents, trop pris par leur travail, par les tâches ménagères ou obnubilés par cette adorable petite fille, n’ont plus le temps de s’intéresser à lui. De cette histoire plutôt basique, Mamoru Hosoda tire des scènes du quotidien très réalistes. Si l’on n’échappe pas à quelques clichés (le père qui ne sait pas lancer une machine à laver, la mère exaspérée par l’incompétence domestique de son époux), Miraï ma petite sœur fait quand même preuve d’une certaine modernité, dans le dessin de ces parents tiraillés entre leurs carrières professionnelles et l’éducation de leurs enfants. Avec douceur et lenteur, Hosoda nous plonge au cœur de cette famille ordinaire, dont l'harmonie se trouve simplement perturbée par quelques scènes de ménage et par les multiples crises de jalousie de Kun.

Les sauts dans le passé et dans l’avenir, apartés poétiques ou horrifiques, dessinent délicatement les origines de Kun, l’aident à mieux comprendre qui il est et à voir, à travers son regard encore enfantin, les instants précieux qui comptent réellement dans le cycle d'une vie.

Les séquences fantastiques sont elles aussi très réussies. Aux côtés de Kun, nous voyageons dans le temps, pour y rencontrer son grand-père juste après la Seconde Guerre mondiale, sa mère lorsqu’elle était enfant ou encore la Miraï du futur, alors devenue adolescente. Ces sauts dans le passé et dans l’avenir, apartés poétiques ou horrifiques, dessinent délicatement les origines de Kun, l’aident à mieux comprendre qui il est et à voir, à travers son regard encore enfantin, les instants précieux qui comptent réellement dans le cycle d'une vie.

Cependant, les passages du prosaïque à l’onirique, du présent au passé, souffrent d’une construction trop mécanique qui étouffe le lyrisme du film. Déjà exercice périlleux, le voyage dans le temps s'avère ici un peu bancal : certains personnages s’introduisent de manière impromptue dans un temps qui n’est pas le leur, les retours dans le présent manquent de réelles transitions et les périples psychiques de Kun s'attardent sur des choses un peu trop triviales, comme sa passion pour les trains ou sa peur du vélo, pour réellement émouvoir. Les petits comme les grands auront alors parfois un peu de mal à se retrouver dans cette grande fresque temporelle, heureusement sauvée par des visuels enchanteurs et des personnages attachants.

Si l'animation japonaise continue aujourd'hui de séduire de nombreux cinéphiles, force est de constater que la magie a parfois du mal à opérer de façon pleine et entière. Il faut dire que le décès d'Isao Takahata et la retraite d'Hayao Miyazaki ont laissé un grand vide dans le monde du cinéma. De nombreux successeurs talentueux ont beau se bousculer aux portes des studios, l'animation japonaise d'aujourd'hui et de demain, malgré ses qualités graphiques et son imagination débordante pour nous faire vivre des histoires hors du commun, peine véritablement à nous faire oublier et à surpasser les chefs-d'oeuvre d'autrefois.

Informations

Détails du Film Miraï ma petite soeur (Mirai no Mirai)
Origine Japon Signalétique Tous Publics
Catégorie Film Genre Animation - Famille
Version Cinéma Durée 98 '
Sortie 26/12/2018 Reprise -
Réalisateur Mamoru Hosoda Compositeur Kyôko Kitahara
Casting Kumiko Aso - Moka Kamishiraishi - Haru Kuroki - Gen Hoshino - Mitsuo Yoshihara
Synopsis Kun est un petit garçon à l’enfance heureuse jusqu’à l’arrivée de Miraï, sa petite sœur. Jaloux de ce bébé qui monopolise l’attention de ses parents, il se replie peu à peu sur lui-même. Au fond de son jardin, où il se réfugie souvent, se trouve un arbre généalo-ma-gique. Soudain, Kun est propulsé dans un monde fantastique où vont se mêler passé et futur. Il rencontrera tour à tour ses proches à divers âges de leur vie : sa mère petite fille, son arrière grand-père dans sa trépidante jeunesse et sa petite sœur adolescente ! A travers ces aventures, Kun va découvrir sa propre histoire.

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