Critique Core of the World (Сердце мира)

Core of the World
Loin du mélodrame, l'œuvre de la réalisatrice Natalia Meshchaninova favorise le dépouillement scénaristique au profit de l'observation tangible du quotidien de ses personnages.

Verdict Note : Intéressant dans son ensemble. Intéressant dans son ensemble.

Par Pierre LARVOL

Critique du Film

Deuxième long métrage de la réalisatrice russe Natalia Meshchaninova, vainqueur du Grand Prix du Kinotavr Film Festival, Core of the World niche son récit au coeur d'une forêt pleine d'ambiguïtés. Âpre sans être aride, le film capte une réclusion : celle de nos sentiments. Derrière la rudesse et la pauvreté des rapports, des maladresses plus qu'une insensibilité. Un cosmos social fait de reflets et d'évocations, où il est aussi difficile d'accorder sa confiance que de trouver sa place. Dur, mais beau.

Loin du mélodrame, l'œuvre de la réalisatrice Natalia Meshchaninova favorise le dépouillement scénaristique au profit de l'observation tangible du quotidien de ses personnages.

Dans une forêt isolée en Russie, Egor travaille comme vétérinaire dans un centre d'entraînement pour chiens de chasse. Passant la plus grande partie de son temps avec les animaux, il ne cultive que peu ses relations sociales. Nikolai, le propriétaire du lieu, vit lui avec sa famille dans le centre, dans une maison située à quelques mètres de la cabane d'Egor. Tout en se montrant distant, le jeune homme conserve malgré tout un lien avec cette famille, partageant ses repas avec eux. Lorsqu'une chienne blessée par un autre animal est amenée un jour au centre, il décide de la sauver plutôt que de la tuer comme le souhaite Nikolai, persuadé de l'impossible guérison de la bête. Une plaie qui devrait mettre du temps à disparaître, mais cela importe peu au vétérinaire. Comme Belka, la chienne blessée, Egor a été écorché par la vie : sa présence dans ce coin reculé du monde est une conséquence de son ancienne vie près de sa mère, violente et alcoolique. Loin des autres, plus près des animaux qui le lui rendent bien, il vit comme Nikolai une situation ambiguë, entre un réel amour des bêtes et un gagne-pain fait de la mort de ces derniers. Pour entraîner les chiens dans les différents parcours, des renards sont en effet donnés en pâture. Ce rapport, mi-tendre mi-rude, on le retrouve aussi dans les échanges sociaux. Plus que le portrait d'Egor, un personnage silencieux au bord de l'explosion, c'est surtout un cosmos social bourré de désirs et de rivalité qui est donné à voir, enfermé loin de tout et empêché dans la parole.

La photographie, très réussie, fait la part belle aux décors naturels du film : une sorte de mystère teinte notamment la forêt. Face à cet univers presque onirique, une mise en scène jouant la carte du réalisme et de l'immersion. On rencontre Egor essentiellement par le biais de ses actions, révélateur de ses sentiments comprimés. Une véritable violence habite le récit, aussi bien verbale que physique, contribuant au dessein d'un monde cruel où l'humain peine à se comprendre et s'entraider : une animalité plus qu'une humanité. Le casting, engagé et convaincant, contribue assurément au succès du film.

Film difficile, Core of the World offre à voir un intrigant rapport entre l'homme et l'animal. Loin du mélodrame, l'œuvre de la réalisatrice Natalia Meshchaninova favorise le dépouillement scénaristique au profit de l'observation tangible du quotidien de ses personnages. Rendant compte de la difficulté de la cohésion sociale, la violence des actions et l'apprêté des échanges cachent pourtant bien des sentiments. La forêt qui cache l'arbre.

Informations

Détails du Film Core of the World (Сердце мира)
Origine Russie Signalétique Tous Publics
Catégorie Film Genre Drame
Version Cinéma Durée 120 '
Sortie 31/12/2019 Reprise -
Réalisateur Compositeur
Casting
Synopsis Dans un endroit isolé en pleine campagne russe, Egor travaille comme vétérinaire dans un centre d'entraînement pour chiens de chasse. Il vit dans une petite grange à côté de la maison de son patron Nikolai. En plus d'entraîner les chiens, Egor doit aussi laver leurs niches, protéger le centre contre les actions des activistes environnementaux et superviser tout le fonctionnement quotidien de l'élevage. Le lieu abrite plusieurs autres animaux, principalement des renards et des blaireaux, utilisés comme proies. Quand une chienne blessée lui est amenée par son "maître", Egor décide de la soigner, en dépit des objections de Nikolai. La guérison va être lente, mais il est déterminé à la sauver. Comme il se sent mieux parmi les animaux que parmi les humains, Egor fait son possible pour éviter de croiser la famille de son patron et sa fille Dasha, mère célibataire. Il reste aussi près d'eux que nécessaire, tout en maintenant ses distances et en faisant le maximum pour gagner leur respect.

Publicité Amazon - Soutenez Retro-HD

Publicité Google - Soutenez Retro-HD

Publicité Google - Soutenez Retro-HD

Publicité Amazon - Soutenez Retro-HD

Laissez un commentaire

Publicité Google - Soutenez Retro-HD

Dernières Critiques