Critique Oldboy

Oldboy
Malgré tous ses défauts, Oldboy détient un certain machiavélisme qui, en dépit de l’indignation du spectateur, l’empêche d’arrêter la lecture. Le film n’est pas mauvais si l’on fait l’impasse sur le film original mais même avec toutes...

Verdict Note : A louper sans aucun regret. A louper sans aucun regret.

Par Anthony Verschueren

Critique du Film

Sorti il y a près de dix ans, Old Boy de Park Chan-Wook amorçait une déferlante made in Corée du Sud ne cessant d’attirer un public occidental de plus en plus conquit. L’art du polar n’ayant plus de secret pour ce cinéma, c’est non sans surprise que nos amis américains s’en sont donnés à cœur joie de nous pondre un remake. Avec une politique globale toujours plus haut, toujours plus loin, le projet est confié aux mains de Spike Lee. Si l’annonce d’un réalisateur talentueux n’a rien enlevé à notre perplexité quant au projet, nous nous sommes souvenus du superbe remake que Martin Scorsese a sorti sur Les Infiltrés et c’est non sans une petite touche d’espoir que nous nous sommes lancé dans l’aventure Oldboy sauce Lee.

Honteux, scandaleux, insultant…

Honteux, scandaleux, insultant…et la liste est encore longue. Spike Lee n’a rien compris à tout ce qui faisait la force du film original. Il se sert de toutes les ficelles faciles que Chan-Wook avait bien pris soin d’éviter pour en puiser son souffle conducteur. Dès son ouverture, on ne peut que constater le mauvais virage que prendra ce Oldboy. Le personnage de Joe est antipathique, misogyne et alcoolique, nous n’avons aucune sympathie pour lui. On se détache d’emblée du bonhomme en avouant finalement que ce qui lui arrive est amplement mérité. Oh Dae-Su était un homme ordinaire avec ses défauts mais on était directement plongé avec lui dans ce cauchemar dans lequel on l’enferme : nous avions envie de le pousser dans sa quête. Passons sur le ridicule physique qu’arbore Joe lors de ses années enfermées, aucun élément important dans sa prison n’est respecté. Le poster « black power » fidèle chez Spike Lee ne trouve pas écho à l’évolution de son héros alors que chez Chan-Wook, la fameuse morale sur le mur était un élément clé. Les raviolis à chaque repas dénués de saveur ô combien importants en 2003 sont réduits à un simple régime alimentaire sans but précis ici. La baguette en trop, les gaz lacrymogènes, la télévision…rien n’aide Joe comme cela avait été le cas pour Oh Dae-Su. Les états d’âme du personnage qui nous étaient contés en voix off dans l’œuvre originale montraient l’évolution de l’homme qui ne sera plus habité que par le simple désir de vengeance. Ici, la motivation à comprendre pourquoi est remplacée par un prétexte bancal à une déferlante de bourre-pif dans la suite du récit.

D’ailleurs, l’entrainement viscéral que s’infligeait le héros en 2003 justifiait ses actes bancals une fois face à l’ennemi. Ici, Josh Brolin devient un surhomme digne héritier de Bruce Lee. C’est aussi lors de ces scènes qu’on reconnait la patte artistique chez l’un mais pas chez l’autre. Park Chan-Wook avait laissé son acteur improviser presque toutes les séquences de combat créant vraiment l’illusion d’un être uniquement animé par la haine donnant des coups dans tous les sens, mais qui ne sait pas les parer pour autant. Il ancrait son récit au plus près d’un combat de rue dans des conditions réelles. Le fameux plan-séquence lorsqu’il sort de l’immeuble affrontant une horde d’ennemis avec son marteau montrait un véritable épuisement de l’acteur qui reprenait son souffle en direct face à la caméra, un vrai moment de cinéma. Ici, le plan-séquence est foireux (d’ailleurs plus de trois plans de coupes sont fortement distinguables) et tout est millimétré au coup près. Il n’y a plus la rage de vaincre et de trouver des réponses : Spike Lee n’offre qu’une scène anecdotique à l’allure d’un jeu vidéo avec l’ambiance sonore rock qui va bien derrière (quitte à faire du cliché, autant y aller jusqu’au bout). La dizaine (peut être vingtaine) d’hommes qui affrontait Oh Dae-Su en 2003 devient une meute de plus de cinquante mecs face à un karatéka du pauvre. C’est tellement téléphoné et risible dans ses affrontements qu’on ne peut que pleurer de rire devant ce spectacle qui fait passer Mortal Kombat pour un chef d’œuvre.

Impossible d’évoquer Old Boy sans sa magistrale fin. Le film proposait sûrement l’histoire de vengeance la plus malsaine et parfaite jamais vu au cinéma. Les actes barbares dans sa pression psychologique laissaient une marque indélébile dans l’esprit du spectateur. Spike Lee essaye de reproduire le même schéma en édulcorant beaucoup trop le tout et en ayant le toupet d’y inclure une critique sur l’influence des médias dans notre vie. Comme cette fin est pathétique !

Comme cette fin est pathétique !

Ce qui rendait beau et parfait le final dans Old Boy c’était l’accomplissement abouti de but en blanc dans la volonté de blesser au plus profond une personne offrant même au héros un avenir véritablement malsain. Happy ending oblige pour ce Oldboy, on reste consterné pendant toute la durée du générique. Comment peut-on avoir loupé le coche à ce point-là ? Oldboy est un bras d’honneur immense aux fans du film original.

Oldboy est un bras d’honneur immense aux fans du film original.

Même la dimension onirique qui transparaissait par la sublimation de la bande originale en 2003 n’est pas présente dans l’œuvre de Lee. Il veut faire du trash pour du trash jugeant qu’un film violent doit être violent peu importe la manière : c’est vraiment prendre le spectateur pour un être extrêmement attardé. Au-delà d’une simple déception pardonnable, Spike Lee commet l’irréparable avec Oldboy. Il n’assume même pas son propre film rejetant la faute sur la production ayant, soi-disant, amputé son film d’une bonne demi-heure (que nous remercions d’avoir réduit ce trop long massacre).

Malgré tous ses défauts, Oldboy détient un certain machiavélisme qui, en dépit de l’indignation du spectateur, l’empêche d’arrêter la lecture. Le film n’est pas mauvais si l’on fait l’impasse sur le film original, mais même avec toutes les œillères du monde, il ne nous sera jamais possible de considérer ce film comme un remake réussi. Beaucoup trop insultant pour ne pas en parler, fuyez à toute jambe loin de cette longue et insoutenable insulte au modèle coréen et allez vous réfugier dans les bras du film de Park Chan-Wook qui offrait, lui, une vraie leçon de cinéma.

Informations

Détails du Film Oldboy
Origine Etats Unis Signalétique Interdit aux moins de 16 ans
Catégorie Film Genre Thriller
Version Cinéma Durée 104 '
Sortie 01/01/2014 Reprise -
Réalisateur Spike Lee Compositeur Roque Baños
Casting Samuel L. Jackson - Sharlto Copley - Josh Brolin - Pom Klementieff - James Ransone - Elizabeth Olsen - Michael Imperioli
Synopsis Fin des années 80. Un père de famille est enlevé sans raison et séquestré dans une cellule. Il apprend par la télévision de sa cellule qu'il est accusé du meurtre de sa femme. Relâché 15 ans plus tard, il est contacté par celui qui l'avait enlevé.

Publicité Amazon - Soutenez Retro-HD

Publicité Google - Soutenez Retro-HD

Publicité Google - Soutenez Retro-HD

Publicité Amazon - Soutenez Retro-HD

Laissez un commentaire

Publicité Google - Soutenez Retro-HD

Dernières Critiques