Critique L'Amour debout

L'Amour debout
Le chassé-croisé de jeunes gens sur la voie de la maturité incertains quant à leur avenir sentimental et professionnel. Un film dans la plus pure tradition du cinéma d'auteur à la française inspiré par Rohmer et Eustache, parfaitement maîtrisé...

Verdict Note : Intéressant dans son ensemble. Intéressant dans son ensemble.

Par Sébastien LAMOTHE

Critique du Film

image1L'amour Debout se présente comme un film oscillant entre le cinéma de Rohmer et les films de Jean Eustache, plus particulièrement La Maman et la Putain (1973) qu'il cite abondamment et de façon explicite, tant verbalement qu'en convoquant directement ses acteurs puisque Françoise Lebrun (Veronika, la "putain", dans le film d'Eustache) y joue son propre rôle. Nous serons donc légitimes à utiliser ce dernier comme référence constante de notre analyse. Le point de départ est d'ailleurs bien le même dans les deux films puisque la première séquence de celui-ci porte sur les retrouvailles entre deux amants que la vie a séparés, Léa et Martin (Alexandre et Gilberte dans le film d'Eustache), et leur impossible "réconciliation" (?). Mais l'époque a changé et Paris avec. Ce n'est plus le Paris des bistrots et des brasseries pleins de jeunes gens prolixes aux cheveux longs et aux airs de complot terroriste (le film s'inscrit dans l'après mai 1968, en plein cœur des années de plomb qui l'ont suivi), mais celui des théâtres, des salles de spectacle et des expositions, un Paris-musée conforme à ce qu'il est réellement devenu ou presque, sans âme et sans saveur. Le métier de guide touristique de Léa peut bien offrir l'occasion d'annoncer ce qui se révèle être comme un leitmotiv du film en rendant hommage à la ville de Paris – plans fixes qui s'enchaînent sur le patrimoine culturel et architectural de la capitale française – nous en retirons l'amère impression que pourrait occasionner précisément en nous la consultation d'un dépliant … touristique, celle d'un Paris mort et sans vie.

C'est alors à un chassé-croisé amoureux que donne lieu l'intrigue du film, Martin rencontrant Bastien, le voisin de palier de Françoise, avec lequel il s'engage dans une aventure sentimentale et sexuelle, tandis que Léa finit par tomber amoureuse d'un homme beaucoup plus âgé qu'elle, Jicé, compositeur qui vit sur une péniche au bord de la Seine, et que leur situation respective dresse un portrait inversé de leur état social. Martin retrouvant un vieux camarade de lycée Tristan, thésard en sciences physiques, qui lui propose de l'héberger, tandis que Léa recueille chez elle une hôtesse de l'air prénommée Alicia. Alexandre lui aussi vivait en bohème, logé chez sa maîtresse Marie (rôle tenu par Bernadette Lafont dans le film d'Eustache). Bohème laborieuse puisque Martin accepte un poste d'intervenant en cinéma dans un collège. On sait qu'Alexandre vivait en désœuvré, peu soucieux de trouver un travail. Signe des temps sans doute où la culpabilité liée à l'absence d'un emploi salarié cadre effectivement mal avec les mœurs insouciantes des années 1970, et surtout avec le caractère politiquement frondeur de l'auteur pessacais. Pourtant, Eustache détonnait même en plein climat de libération sexuelle en 1973 par la nature audacieuse du trio amoureux qu'il mettait en scène, ses dialogues crus, la précision du langage élaboré qu'il prêtait à ses personnages – auquel il s'agissait de rester fidèle à la virgule près – sa verve et son éclat.

L'Amour debout s'inscrit dans le genre de la comédie de mœurs qu'il assume pleinement, si bien que l'atermoiement des personnages quant au choix de leur objet amoureux alimente une intrigue que vient à peine renforcer l'incertitude de Martin sur l'avenir de son projet de film, une mise en abîme qui eût sans doute mérité un développement plus ample, le lien avec le cinéma d'Eustache, établi et maintenu tout le long du film par la présence de Françoise Lebrun se résumant finalement à une forme d'intertextualité complaisante.

C'est avec douceur et le charme mélancolique de la banalité que rencontres, scènes de confidence propres au genre, relations nouées ou renouvelées et tiraillements amoureux se succèdent et se substituent les un(e)s aux autres, jusqu'au bouquet final d'un feu d'artifice réel et symbolique qui réunit tous les personnages de l'histoire.

image2L'évolution des personnages, qui se nourrit du ressassement de leurs sentiments – d'amour, d'incertitude, de doute – assure cependant au film et à son intrigue son mouvement dynamique, leur ouverture à de nouvelles perspectives, spatiales d'abord – soirée organisée dans la maison de campagne de Mathias, visite rendue à la grand-mère de Léa en banlieue parisienne – psychologiques ensuite – la rencontre de Bastien et Martin à cette occasion, l'échappée belle de Léa et Jicé à bord d'une péniche sur la Seine. Un mouvement syncrétique, à la fois cyclique – souligné par l'intervention de cartons annonçant le changement de saison, et chronologique, évolutif, guidant ses créatures à travers le dédale amoureux au sein duquel ils semblent parfois perdus, structure le film. C'est avec douceur et le charme mélancolique de la banalité que rencontres, scènes de confidence propres au genre, relations nouées ou renouvelées et tiraillements amoureux se succèdent et se substituent les un(e)s aux autres, jusqu'au bouquet final d'un feu d'artifice réel et symbolique qui réunit tous les personnages de l'histoire. Surplombant Paris du haut d'une terrasse, Léa, au même titre que Martin, peut enfin vivre son amour debout, au double sens que suggère le titre et assumer ses amours sinon interdites, du moins stigmatisantes.

On doit rendre hommage à la grâce et à l'élégance de la mise en scène et des dialogues et à la cohérence d'un scénario qui sait jouer des intrigues secondaires auxquelles se rattachent les personnages d'un film qui ne bouleversera pas les consciences du public auquel il s'adresse, mais laissera une impression agréable aux adeptes d'un cinéma à la française quelque peu désuet.

Informations

Détails du Film L'Amour debout
Origine France Signalétique Tous Publics
Catégorie Film Genre Comédie Dramatique
Version Cinéma Durée 83 '
Sortie 30/01/2019 Reprise -
Réalisateur Michaël Dacheux Compositeur Jean-Christophe Marti
Casting Pascal Cervo - Paul Delbreil - Adèle Csech - Samuel Fasse - Jean-Christophe Marti - Thibaut Destouches - Françoise Lebrun
Synopsis Martin, dans un dernier espoir, vient retrouver Léa à Paris. Ils ont tous deux vingt-cinq ans et ont vécu ensemble leur première histoire d'amour. Désormais, chacun s'emploie, vaille que vaille, à construire sa vie d'adulte

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