Critique Black Mirror : Bandersnatch

Black Mirror : Bandersnatch
Grâce à Bandersnatch, expérience à mi-chemin entre le film traditionnel et le jeu vidéo, le spectateur a pour la première fois l'impression de maîtriser l'histoire qui lui est racontée mais cette impression, serait-ce en définitive une illusion?

Verdict Note : Intéressant dans son ensemble. Intéressant dans son ensemble.

Par David Speranski

Critique de la Série

Il fallait bien que cela arrive un jour. Se voulant à la pointe de la modernité et de l'innovation technologique, Netflix propose le premier film interactif, Black Mirror : Bandersnatch où le spectateur peut choisir à chaque fois pendant dix secondes ce qui va arriver aux personnages. Dans le cadre de la série Black Mirror, le showrunner Charlie Brooker s'est donc lancé dans cette expérience innovante, avec l'aide de David Slade à la réalisation. Plus d'une trentaine de choix sont proposés, menant à plus d'une dizaine de fins différentes et alternatives. Grâce à Bandersnatch, expérience à mi-chemin entre le film traditionnel et le jeu vidéo, le spectateur a pour la première fois l'impression de maîtriser l'histoire qui lui est racontée mais cette impression, serait-elle en définitive une illusion?

Grâce à Bandersnatch, expérience à mi-chemin entre le film traditionnel et le jeu vidéo, le spectateur a pour la première fois l'impression de maîtriser l'histoire qui lui est racontée mais cette impression, serait-elle en définitive une illusion?

Pour créer ce prototype, Charlie Brooker a choisi une histoire de mise en abyme classique, en revenant aux années 80 dont on sait qu'il est un grand fervent, très habile à recréer la bande-son de ces années-là (Frankie Goes to Hollywood, XTC, Kajagoogoo, etc.) comme dans San Junipero. En Angleterre, en juillet 1984, un programmeur de 19 ans, Stefan Butler (Fionn Whitehead), rêve d'adapter un livre Bandersnatch écrit par l'écrivain culte Jérôme F. Davies. Butler produit le jeu pour la société Tuckersoft, gérée par Mohan Thakur (Asim Chaudhry), qui emploie le célèbre créateur Colin Ritman (Will Poulter). On voit donc les références se succéder à la chaîne : 1984 (George Orwell), Philip K. Dick, modèle de Jérôme F. Davies, le complot gouvernemental, etc. 

A partir de là, une trentaine de choix vont se succéder, du plus anodin (choix de céréales ou de musique) n'ayant guère de conséquences, au plus grave (Stefan doit-il travailler au sein de Tuckersoft ou chez lui? Doit-il tuer son père ou non? Qui, de Colin ou lui, sautera du balcon?), le spectateur n'ayant qu'une dizaine de secondes pour accomplir à chaque fois le choix qui fera avancer l'histoire. En fait, si le spectateur ne choisit pas tout du long, Netflix va choisir pour lui, en sélectionnant systématiquement le choix se trouvant à gauche de l'écran. De plus, lorsque le choix aboutit à une impasse ou à une fin trop abrupte, on vous repropose l'option qui n'avait pas été choisie, ce qui permet de visionner l'ensemble des options. 

Stefan, jeune homme tourmenté, sera donc en butte à des traumas familiaux basiques: culpabilité en raison de la mort de sa mère dans un train parce qu'il l'a retardée un matin ; assassinat de son père suivi d'un enterrement clandestin dans le jardin ou d'un découpage en morceaux ; coffre-fort à ouvrir avec un mot de passe, dont l'un d'eux mènera à la révélation d'un complot gouvernemental, vieille lune des fictions dystopiques. Le moment le plus hilarant surviendra lorsque Stefan s'apercevra qu'il est manipulé par une force venant du futur (en l'occurrence nous, via Netflix), ce qui débouchera sur un affrontement avec sa psy, devenue une redoutable Ninja, avant que le conflit ne se résolve de manière un peu décevante en tournage de film, facilité scénaristique trop usitée.  

Néanmoins, en-dehors de cette alternative assez géniale, le reste ne sort pas des sentiers battus. La fin la plus rapide consistera en une mauvaise notation du jeu vidéo de Stefan lors d'une émission TV, ce qui l'amènera à recommencer sa conception, occasionnant un retour en arrière. Dans l'une des fins les plus sophistiquées et difficiles à atteindre, il réussira à prendre le train avec sa mère et mourra avec elle dans le passé, ce qui entraînera une mort équivalente sur son fauteuil devant sa psy. Mais en général, il finira par tuer son père, l'enterrant ou le découpant en morceaux et son jeu sera noté de façon moyenne ou maximale. On arrive alors au présent, où la fille de Colin (qui s'est suicidé entre-temps, en sautant de son balcon), reprend le jeu de Stefan pour en faire un développement sur Netflix (nouvelle mise en abyme) et rencontrera les mêmes difficultés que Stefan. 

Si le principe de l'épisode est intéressant et sa mise en œuvre technologique réellement impressionnante, le vertige scénaristique n'est pas franchement de mise. En effet, on ressent la forte impression que, pour éviter de perdre le spectateur, Charlie Brooker a volontairement choisi les clichés les plus évidents permettant de faire avancer son histoire : complot gouvernemental, traumas familiaux, le jeu vidéo ne servant que de MacGuffin théorique. Par conséquent, Bandersnatch est un prototype plutôt réussi mais guère transcendant. A plusieurs reprises, on se demande même si le cynisme manipulateur, qu'on reprochait parfois à tort auparavant à Brooker, ne l'a pas emporté ici. On a parfois l'impression d'être autant manipulé que Stefan par les différentes résolutions de l'histoire, alors que ce film interactif devrait signifier l'avènement de notre liberté de spectateur. Le spectateur est-il forcément un prisonnier volontaire de toute fiction et doit-il assumer ce statut? Stefan, le personnage souffrant mille tourments, serait-il en fait le reflet métafilmique de ce que nous sommes, spectateurs devant épuiser toutes les possibilités fictionnelles toutes aussi insatisfaisantes les unes que les autres ? L'histoire de ce développeur de jeu vidéos ne s'avère guère passionnante en soi, alors que le dispositif pourrait l'être. Vu que l'ambition de Netflix serait de développer ou démocratiser ce modèle de film interactif à d'autres fictions, peut-être l'expérimentation se révèlera-t-elle plus convaincante pour d'autres films. Nous saurons alors si, en Bandersnatch, nous avons peut-être entrevu l'avenir de la fiction.  

Informations

Détails de la Série Black Mirror : Bandersnatch
Origine Etats Unis Signalétique Interdit aux moins de 16 ans
Catégorie Série Genre Drame
Version TV Durée 90 '
Sortie 28/12/2018 Reprise -
Réalisateur David Slade Compositeur Brian Reitzell
Casting Will Poulter
Synopsis En Angleterre, en juillet 1984, un programmeur de 19 ans, Stefan Butler (Fionn Whitehead), rêve d'adapter un livre "Choose Your Own Adventure" appelé Bandersnatch et écrit par l'écrivain tragique Jérôme F. Davies (Jeff Minter). Il espère ainsi révolutionner le jeu vidéo d'aventure. Le jeu consiste à traverser un dédale de couloirs, tout en évitant une créature appelée Pax, et parfois le joueur doit faire des choix en fonction des instructions à l'écran. Butler produit le jeu pour la société Tuckersoft, gérée par Mohan Thakur (Asim Chaudhry), qui emploie le célèbre créateur Colin Ritman (Will Poulter). Butler a le choix d'accepter ou de refuser l'aide de la société dans le développement du jeu. Si Butler accepte l'offre, Ritman dit qu'il a choisi le "mauvais choix" et Butler revit alors la scène pour faire un choix différent.

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