Critique Bienvenue à Marwen (Welcome to Marwen)

Bienvenue à Marwen
En-dehors de son côté existentiel qui se manifestait déjà dans Contact ou Seul au monde, voire Forrest Gump, où le personnage principal est isolé par sa différence fondamentale, ses obsessions et une agoraphobie galopante, Bienvenue à Marwen demeure...

Verdict Note : Un très bon moment en perspective. Un très bon moment en perspective.

Par David Speranski

Critique du Film

Robert Zemeckis n'est plus le jeune metteur en scène enjoué et enthousiaste de la trilogie Retour vers le Futur ou de Roger Rabbitt. C'est aujourd'hui un homme mûr, meurtri par diverses épreuves, en particulier sur le plan public l'échec de certains de ses films les plus innovateurs, comme La Légende de Beowulf ou Le Drôle de Noël de Scrooge. Il a certes gardé le goût du défi technologique mais sa filmographie récente se ressent de cette légère mise à l'écart hollywoodienne, se faisant l'écho de ses nouvelles interrogations existentielles. Avec Bienvenue à Marwen, Zemeckis trouve l'occasion idéale de joindre son sens de l'expérimentation et son besoin de rédemption à travers la fiction.   

En-dehors de son côté existentiel qui se manifestait déjà dans Contact ou Seul au monde, voire Forrest Gump, où le personnage principal est isolé par sa différence fondamentale, ses obsessions et une agoraphobie galopante, Bienvenue à Marwen demeure un formidable divertissement.

Pour ce film, il s'inspire de la vie de Mark Hogancamp, dessinateur devenu en partie invalide suite à une agression à la sortie d'un bar. Hogancamp, souffrant d'abord d'amnésie, s'est progressivement reconstruit en créant un village belge imaginaire, Marwen, attaqué par les Nazis lors de la Seconde Guerre Mondiale, en y transposant les personnes de sa vie et en devenant photographe de cette allégorie issue de son imagination. Zemeckis a reconnu s'être fortement inspiré du documentaire Marwencol de Jeff Malmberg, centré sur Mark Hogancamp, cet artiste étonnant. Mais si Bienvenue à Marwen n'était que cela, ce serait un biopic édifiant sur la notion de résilience et la possibilité de reconstruction par l'imagination.

Or Zemeckis nous raconte cette histoire différemment. C'est d'abord un homme blessé, que nous voyons devant nous, en état de grande souffrance psychique, physique et morale. Un homme blessé comme ceux que nous avons l'habitude de côtoyer dans sa filmographie depuis une dizaine d'années, comme le pilote d'avion de Flight, miné par la culpabilité et le sentiment d'imposture, ou l'espion d'Alliés, tourmenté par le doute et les soupçons sur sa chère et tendre épouse. Ce sont des hommes perdus, qui s'effondrent, - "regarde les hommes tomber" dirait un Jacques Audiard - que dépeint Zemeckis, ce motif dramatique étant la parfaite mise en abîme du moment où il a dû vendre son studio Imagemovers à la Walt Disney Company. Bienvenue à Marwen serait donc une jolie métaphore pour exprimer son statut de virtuose déchu de l'innovation technique devenu aujourd'hui un modeste artisan. Comme Denzel Washington ou Brad Pitt, les incarnations récentes du "héros" chez Zemeckis, Steve Carell, dans la droite ligne de sa performance impressionnante dans Foxcatcher, trouve des accents de pur désespoir dramatique pour exprimer la grande solitude humaine. Le moment où il se retrouve aussi immobile et figé qu'une marionnette devant Leslie Mann, après une demande aussi puérile que touchante, s'avère une très jolie séquence de cinéma.

Néanmoins, en-dehors de son côté existentiel qui se manifestait déjà dans Contact ou Seul au monde, voire Forrest Gump, où le personnage principal est isolé par sa différence fondamentale, ses obsessions et une agoraphobie galopante, Bienvenue à Marwen demeure un formidable divertissement. Zemeckis y met en parallèle permanent l'art et la vie, la jouissance de la fiction et le cauchemar de la réalité, en prêtant aux marionnettes de Marwen les mêmes mobilité et capacité d'expression que les personnes intervenant dans la vie de Mark Hogancamp, par la grâce de la capture de mouvement, procédé technique dont Zemeckis a été l'un des plus brillants innovateurs, grâce à sa trilogie numérique (Le Pôle Express, Beowulf, Scrooge). L'effet de réalisme s'avère totalement bluffant et par moments, Zemeckis n'est pas très loin de renouer avec la grâce du Magicien d'Oz, référence souterraine du film.

Par ailleurs, Zemeckis n'oublie pas de concocter une fin douce-amère qui s'inspire un peu de celle de Her de Spike Jonze. La femme de la vie de Mark Hogancamp n'est peut-être pas celle de ses rêves, mais l'amie qui ne lui a jamais fait défaut, ce qui montre que la réalité doit reprendre ses droits, tout en s'avérant plus accueillante et moins inaccessible que prévu, à condition de faire coïncider ses désirs et ses possibilités. Car le monde que Hogancamp s'est construit pour pouvoir y faire survivre son imagination est principalement constitué de femmes. C'est la touche #metoo de Bienvenue à Marwen, toutefois très éloignée d'un quelconque opportunisme, l'histoire de Hogencamp étant bien antérieure à la vague de féminisme. Le titre de travail du film, The Women of Marwen, (Les Femmes de Marwen) était encore plus explicite quant à l'intention de Zemeckis. Néanmoins, quand Steve Carell s'écrie face un nazi (symbole du trumpisme rampant ou du Hollywood laminant les vrais artistes), "les femmes vont sauver le monde!", cette déclaration sonne parfaitement en accord avec le monde d'aujourd'hui. On peut même rajouter que Hogancamp se fait agresser pour avoir avoué porter à l'occasion des chaussures de femme, expérimentant sa différence et par la même occasion l'intolérance d'une partie du monde actuel. Cette déclaration de principes fait également de Bienvenue à Marwen sous ses airs de divertissement bon enfant un grand film politique à la hauteur de notre époque.

Informations

Détails du Film Bienvenue à Marwen (Welcome to Marwen)
Origine Etats Unis Signalétique Tous Publics
Catégorie Film Genre Drame
Version Cinéma Durée 116 '
Sortie 02/01/2019 Reprise -
Réalisateur Robert Zemeckis Compositeur Alan Silvestri
Casting Leslie Mann - Steve Carell - Diane Kruger - Gwendoline Christie
Synopsis L'histoire de Mark Hogancamp, victime d'une amnésie totale après avoir été sauvagement agressé, et qui, en guise de thérapie, se lance dans la construction de la réplique d'un village belge durant la Seconde Guerre mondiale, mettant en scène les figurines des habitants en les identifiant à ses proches, ses agresseurs ou lui-même.

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