Critique L'Oeil du tigre

L'Oeil du tigre
Laurence vit au cœur de la Mayenne avec son mari agriculteur et ses deux garçons. Son rêve, devenir championne de Viet Vo Dao, un art martial vietnamien. Mais ce n'est pas une mince affaire, surtout quand on n'a jamais fait de sport, qu'on aime faire...

Verdict Note : Intéressant dans son ensemble. Intéressant dans son ensemble.

Par Sébastien LAMOTHE

Critique du Documentaire

image1L'œil du tigre de Raphaël Pfeiffer suit le parcours de Laurence à travers son quotidien, celui d'une femme comme n'importe quelle autre femme de son âge et dans sa situation – mariée et mère de deux beaux garçons – si ce n'est que Laurence a perdu la vue il y a une quinzaine d'années déjà suite à un décollement de la rétine. Mais Laurence refuse de s'apitoyer sur son sort et décide plutôt de s'imposer pour défi d'exceller dans le sport: c'est le vovinam viet vodao qu'elle a choisi, un art martial vietnamien dont le salut – "main d'acier sur cœur de bonté" – définit à lui seul le caractère de cette mère Courage. Et l'on perçoit le sens symbolique évident d'un sport de combat – ou plus précisément d'auto-défense – à l'image de la lutte quotidienne qu'elle mène pour continuer à vivre le plus normalement possible. Du feu d'artifice de la première séquence du film au lightshow en boîte de nuit soutenu par une musique rythmée entraînante qui clôt le documentaire, c'est à une explosion de couleurs – comme un paradoxe qui s'assume – que nous assistons, car la vie de Laurence, contrairement à ce que l'on pourrait penser d'une aveugle, est loin de se dérouler en noir et blanc.

Le film alterne séquences exposant la vie quotidienne de Laurence au sein d'une ferme installée en banlieue parisienne à laquelle travaille son époux Philippe, "personnage" dont le soutien aussi discret qu'efficace – à l'image de sa personnalité – est essentiel à l'équilibre personnel de son épouse, et séances d'entraînement au dojo de Roissy en Brie. Laurence rit, Laurence pleure, Laurence nous ressemble. Il s'agit bien là de l'un des objectifs du documentaire que de nous inviter à porter un regard franc et dispensé de tout pathos sur le handicap. Cependant, son réalisateur se refuse dans le même temps à éluder les difficultés inhérentes à la cécité dont elle souffre en ne s'empêchant pas d'aborder le sujet de sa dépendance aux autres, les figures "secondaires" du film, celle d'Aurore, de Philippe et de ses enfants qui la soutiennent et l'aident à affronter son handicap. En creux, nous pensons à la situation de tous ceux qui, souffrant d'une invalidité similaire – ou pire –  pâtissent de leur isolement au sein de la société. Mais L'œil du tigre se présente comme un portrait exemplaire – au sens moral du terme – celui d'une femme qui lutte et surmonte avec succès son handicap.  Et si nous sommes admiratifs du parcours et de la personne de Laurence, nous devons nous garder de croire que son cas illustre la situation des handicapés en France et d'y voir un état des lieux sur le sujet. Mais là n'est pas le propos du film. Car c'est précisément de son positionnement par rapport au reste de la société que traite le film et de sa manière de s'y mouvoir –  le plus librement possible.

L'œil du tigre pulse au rythme du souffle – parfois coupé – de son personnage principal, explosif et attachant

image2Les nombreux trajets en voiture et/ou par le train – dernière séquence du film – effectués par Laurence seule ou avec son mari qui rythment ses déplacements, et dans le même temps le documentaire lui-même, soulignent sa ténacité et sa frénésie de réussir, appuyée encore par une musique particulièrement rythmée. Très importante, cette dernière accompagne aussi les moments de doute et de détresse de Laurence dans sa volonté d'atteindre ses objectifs sportifs sous la forme d'une nappe sonore de tonalité grave. Car la musique et la danse font partie intégrante du personnage de Laurence – qui demande à son fils de lui mettre sa chanson préférée sur son ordinateur pendant que ce dernier égrène les paroles de la chanson qui défilent à l'écran pour elle – symboles d'une joie et d'un espoir qui ne la quitte jamais. L'occasion aussi d'insister sur le rôle prépondérant joué par l'entourage – et plus particulièrement l'entourage familial – qui donne la force à Laurence de continuer à se battre. Car quand bien même Laurence n'abdique pas son autorité de mère – et le film démontre à quel point, à l'occasion de la scène des devoirs scolaires ou des remontrances qu'elle adresse à son fils, elle se révèle encore plus ferme et implacable à ce titre que Philippe – élément déterminant quant au maintien de son équilibre de femme accomplie en tant que mère, l'amour que les membres de cette petite famille se portent les uns aux autres – au sein de l'interdépendance qui les relie –  transpire de la pellicule jusqu'à nous.

Monté comme un film de fiction dont le suspens dramatique tiendrait à la réussite de Laurence à l'épreuve qui doit lui permettre d'obtenir le grade supérieur, L'œil du tigre pulse au rythme du souffle – parfois coupé – de son personnage principal, explosif et attachant, qui ne laisse jamais en paix ni ne permet à la caméra de se poser très longtemps, sinon à l'occasion de plages de paix en famille, et nous fait souhaiter pour elle qu'elle atteigne son objectif. Tranche de vie d'un être humain en lutte avec lui-même pour s'affirmer au sein de la société mais aussi et surtout à ses propres yeux tant –  comme le dit avec justesse le Petit Prince lui-même – "on ne voit bien qu'avec le cœur"

Informations

Détails du Documentaire L'Oeil du tigre
Origine France Signalétique Tous Publics
Catégorie Documentaire Genre Tranche de Vie
Version Cinéma Durée 78 '
Sortie 19/12/2018 Reprise -
Réalisateur Raphael Pfeiffer Compositeur Gloria Jacobsen
Casting Laurence Dubois - Lucas Dubois - Théo Dubois - Philippe Dubois - Omar Bourfoune - Aurore Landry
Synopsis Laurence vit au cœur de la Mayenne avec son mari agriculteur et ses deux garçons. Son rêve, devenir championne de Viet Vo Dao, un art martial vietnamien. Mais ce n'est pas une mince affaire, surtout quand on n'a jamais fait de sport, qu'on aime faire la fête et qu'on a perdu la vue il y a plus de quinze ans.

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