Critique Spider-Man : New Generation (Spider-Man : into the Spider-Verse)

Spider-Man : New Generation
En résumé, Spider-Man : New Generation possède toutes les qualités du cinéma, sans en avoir les défauts. On se trouve là face à un fantastique prototype hybride qui semble s'être débarrassé à la fois des difficultés de l'animation et des...

Verdict Note : Exceptionnel ! Exceptionnel !

Par David Speranski

Critique du Film

Bien plus que Batman, milliardaire justicier, Spider-Man est sans doute proche des gens et du peuple. Peter Parker a des origines éminemment populaires et il était temps qu'un film le rappelle, en mettant cet élément bien en avant. C'est le cas ici. Ceux qui étaient restés jusqu'à la fin du générique de Venom, avaient eu la grande surprise d'avoir en bout de course un bonus qui était bien meilleur que le film en question, un large extrait de Spider-Man : New Generation. L'extrait se révélait absolument ébouriffant mais on craignait fortement que ce film d'animation ne tienne pas la distance du long métrage. Or, vue en intégralité, cette nouvelle aventure animée de Spider-Man relègue non seulement aux oubliettes le dispensable Amazing Spider-Man réalisé par Marc Webb, mais donne également, ce qui est bien plus surprenant, un sérieux coup de vieux à la trilogie de Sam Raimi, et fait même réfléchir sur la supériorité de l'animation dans ce cas précis sur les prises de vues réelles.

Virtuose, anthologique, émouvant, Spider-Man : New Generation est un chef-d'oeuvre du film d'animation, pour les petits et les grands.

C'est en effet à un véritable feu d'artifice visuel et narratif que nous convient les initiateurs de cette nouvelle version de Spider-Man. Ce film est l'adaptation des aventures de Miles Morales, un adolescent graffeur et fan de hip-hop, aux origines afro-américaines et latino, créé en août 2011 par le scénariste Brian Michael Bendis et la dessinatrice Sara Pichelli, directement inspirés par l'exemple de Barack Obama, afro-américain devenu Président des Etats-Unis.  Il s'agit donc de promouvoir un super-héros issu de la diversité, en suivant un peu l'exemple de Black Panther. Or il faut bien souligner qu'en mettant en pleine lumière un héros graffeur, symptômatique de la génération hip-hop, les Marvel Comics démodent d'un coup Peter Parker qui, au-delà d'un reboot inutile (les deux films de Marc Webb avec Andrew Garfield et Emma Stone), sentait déjà un peu la naphtaline, avec son "Raindrops will fall upon my head" de Bacharach et David. Par conséquent, l'opération est complètement réussie de reconnecter le personnage à un public toujours jeune (puisque le personnage de Miles reste adolescent) mais plus représentatif de la diversité populaire et urbaine.

Demeurait surtout la grande interrogation : pourquoi traiter cette nouvelle version du personnage en film d'animation? Le procédé se révèlerait-il pertinent? Aucun doute là-dessus. La réussite est absolument totale. Non seulement le film d'animation va dix fois plus vite qu'un film en prises de vues réelles, avec élégance et fluidité, mais il utilise toute la gamme des procédés purement cinématographiques (split-screens, plongées, contre-plongées, zooms, décadrages, panoramiques). La mise en scène est proprement cinématographique, tout en affranchissant les personnages du poids et des contraintes du réel. En résumé, Spider-Man : New Generation possède toutes les qualités du cinéma, sans en avoir les défauts. On se trouve là face à un fantastique prototype hybride qui semble s'être débarrassé à la fois des difficultés de l'animation et des lourdeurs de la mise en scène réelle. Très vite, on ne pense plus aux personnages comme à des créations animées mais comme à des êtres de chair et de sang, prodige assez rare, et on n'imagine même pas une seule seconde qu'ils puissent être mieux interprétés par des acteurs.

Le scénario, diaboliquement virtuose, signé Phil Lord, déjà responsable de 21 Jump Street et La Grande Aventure Lego, résume et condense six ou sept versions différentes du personnage de Spider-Man. Il se paie le luxe de convier le Peter Parker originel et donc six autres versions du personnage de Spider-Man, existant dans des univers parallèles : Miles Morales déjà présenté, Peter B. Parker (Peter Parker avec vingt ans de plus, ayant enterré Tante May et divorcé de Mary Jane Watson), Gwen Stacy -Spider-Woman (pour une fois utilisée au cinéma), Peter Porker (Spider-Cochon), Peter Parker en version film noir des années 30, Peni Parker en version héroïne de manga des années 3000. Même si seuls les trois premières incarnations sont réellement développées, les trois autres existent bel et bien et contribuent à la joyeuse folie de l'ensemble. Alors qu'on pourrait se perdre dans ces notions d'univers parallèles, ce que sait si bien faire pour notre plus grand plaisir David Lynch, la gestion de ces univers se révèle parfaite, chaque personnage étant bien caractérisé et identifié. Le film agit comme un mille-feuilles compilant toutes les multiples aventures de chaque version de Spider-Man, ce qui est indiqué par la phrase rituelle "bon on va vous le refaire une nouvelle fois...", chaque personnage déclinant son identité et ses faits d'armes. Spider-Man : New Generation est donc à la fois un reboot à la sauce hip-hop mais également une compilation anthologique de toutes les incarnations de Spider-Man passées, présentes et à venir. Tout le film suinte l'amour des comics, avec cette utilisation vintage de la case de bande dessinée. Le film se conclut même par un rappel hilarant des dessins animés de 1967.

Pour ne rien gâcher, Spider-Man : New Generation se paie le luxe d'être aussi par moments assez émouvant, en centrant bien plus que dans les films de Sam Raimi, l'intrigue sur le cheminement initiatique, intellectuel et moral de Miles. Les moments de sauts dans le vide ainsi que ceux où il doit se déterminer face à des personnes plus âgées que lui (son père, son oncle, Peter Parker, Peter B. Parker) représentent les pics dramatiques de l'histoire que nous ne souhaitons pas déflorer. Par conséquent, virtuose, anthologique, émouvant, Spider-Man : New Generation est un chef-d'oeuvre du film d'animation, pour les petits et les grands. C'est sans doute le plus bel hommage que l'on pouvait rendre à son créateur Stan Lee (qui fait encore un caméo animé, très symbolique, dans le film, en vendant la tunique de Spider-Man à Miles Morales), lui qui a créé Spider-Man pour glorifier les vertus d'entraide et de générosité. Stan Lee n'aurait pu rêver mieux pour honorer son départ de cette Terre.

Informations

Détails du Film Spider-Man : New Generation (Spider-Man : into the Spider-Verse)
Origine Etats Unis Signalétique Tous Publics
Catégorie Film Genre Action - Animation
Version Cinéma Durée 117 '
Sortie 12/12/2018 Reprise -
Réalisateur Peter Ramsey Compositeur
Casting Nicolas Cage - Hailee Steinfeld - Jake Johnson - Shameik Moore - Lily Tomlin - Mahershala Ali
Synopsis Spider-Man : New Generation suit les aventures de Miles Morales, un adolescent afro-américain et portoricain qui vit à Brooklyn et s’efforce de s’intégrer dans son nouveau collège à Manhattan. Mais la vie de Miles se complique quand il se fait mordre par une araignée radioactive et se découvre des super-pouvoirs : il est désormais capable d’empoisonner ses adversaires, de se camoufler, de coller littéralement aux murs et aux plafonds ; son ouïe est démultipliée... Dans le même temps, le plus redoutable cerveau criminel de la ville, le Caïd, a mis au point un accélérateur de particules nucléaires capable d’ouvrir un portail sur d’autres univers. Son invention va provoquer l’arrivée de plusieurs autres versions de Spider-Man dans le monde de Miles, dont un Peter Parker plus âgé, Spider-Gwen, Spider-Man Noir, Spider-Cochon et Peni Parker, venue d’un dessin animé japonais.

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