Critique Voyage à Yoshino (Vision)

Voyage à Yoshino
Voyage à Yoshino reste cependant un film d'une qualité qui se situe bien au-delà de la plupart des films français médiocres qui sortent régulièrement dans nos salles

Verdict Note : Moyen. Moyen.

Par Sébastien LAMOTHE

Critique du Film

image1Les films de Naomi Kawase font appel à notre sensibilité mystique, remettant en question notre mode d'existence comme notre façon de percevoir le monde. C'est pourquoi dans le contexte de crise généralisée de la civilisation occidentale et de perte actuelle de repères, ils touchent au cœur de nos préoccupations existentielles. Un constat s'impose chez Naomi Kawase: celui d'une humanité à bout de souffle en même temps que – malgré tout – la permanence d'un amour infini qui imprègne toute chose. Voyage à Yoshino nous place ainsi au cœur d'une nature divinisée aussi bien dépositaire du bonheur des hommes que dangereuse et destructrice. Vision est une herbe médicinale rare aux vertus curatives particulièrement efficaces qui ne pousserait, disséminant ses spores – puisqu'il s'agit d'un champignon –  que tous les 997 ans. Mais la jeune japonaise Hana, qui sert de guide à Jeanne, exploratrice française en quête de la fameuse herbe, suggère à cette dernière que Vision pourrait n'avoir pas d'existence réelle et relever de la légende.

Jeanne rencontre alors Tomo (Satoshi), le garde forestier de la ville de Nara, capitale du Japon au VIIème siècle riche en œuvres d'art, où les temples essaiment comme celui devant lequel l'homme vient prier tous les matins. Village abandonné aujourd'hui, et dans un style semi-documentaire auquel elle nous a accoutumés, Naomi Kawase de donner la parole à des témoins de l'histoire, habitants du village se plaignant de ce que la ligne de chemin de fer qui le traverse ait pour conséquence que plus personne ou presque ne s'y arrête. Echo au propos délivré dans son premier long-métrage – Moe No Suzaku – où le père de famille se battait justement pour que le train s'arrête dans son village à des fins de désenclavement et pour faciliter la vie des habitants. De même qu'on y retrouve la passion qu'entretenait le jeune garçon du film pour les insectes morts ainsi que le leitmotiv d'un tunnel glauque traversé par la silhouette d'un homme.

image2Mais si l'on retrouve l'univers visuel de la réalisatrice japonaise – plans d'ensemble soulignant l'immensité et la puissance de la nature par rapport à l'homme ou mettant en valeur sa sublimité, plans de détail (l'écorce des arbres par exemple) insistant sur la matière interpellant nos sens –  ainsi que la dynamique narrative qui caractérise son œuvre où l'action est subordonnée à la quête intérieure des personnages – qui à la recherche d'une herbe qui n'est qu'un prétexte pour retourner sur les lieux de son histoire d'amour passée, qui à la recherche de sa mère ou d'un sens à sa vie comme c'est le cas du personnage de Tomo –  et si l'on y reconnaît les thèmes obsessionnels qui traversent son œuvre et sa vision d'un cours cyclique de la vie (inspirée du spiritualisme shintoïste et des kamis) illustrée par le soleil qui "se noie" au fond d'un lac pour mieux renaître ou du personnage de Rin qui ressuscite le souvenir du père disparu –  on peine cependant à retrouver le souffle des œuvres précédentes.

si l'on retrouve l'univers visuel de la réalisatrice japonaise [...] et si l'on y reconnaît les thèmes obsessionnels qui traversent son œuvre  [...] on peine cependant à retrouver le souffle des œuvres précédentes.

 

image3La sobriété du style –  contrecarrée par une séquence fantastique d'incendie de la forêt comme par les apparitions fantomatiques de l'amant en contradiction avec le caractère suggestif de la mystique installée par l'histoire – au même titre que la pudeur des sentiments si caractéristique des mœurs japonaises, mise à mal par des personnages qui laissent libre cours à la manifestation de leurs émotions d'une façon parfois artificielle et incompréhensible pour le spectateur, nuisent à la simplicité touchante des mœurs authentiques à laquelle étaient associés les personnages de ses films précédents. Sans compter sur une intrigue au cours attendu – la relation sentimentale entre Jeanne et Tomo ou les multiples exemples de reconnaissance qui parcourent le film, de celle de Jeanne par Aki à celle entre Rin et la même Jeanne qui donne l'impression d'un essoufflement de l'inspiration de la réalisatrice japonaise. D'autant plus que le jeu des acteurs sonne parfois d'une manière fausse et peu crédible allant d'une exaltation forcée – ce n'est certes pas le meilleur rôle joué là par Juliette Binoche devant le talent et la carrière de laquelle nous nous inclinons cependant volontiers – à un jeu neutre qui ne laisse que peu de prise au sentiment d'empathie du spectateur.

Voyage à Yoshino reste cependant un film d'une qualité qui se situe bien au-delà de la plupart des films français médiocres qui sortent régulièrement dans nos salles voire encore à l'affiche, encensés parfois d'une manière bien étrange par nos critiques patentés dont le pouvoir de nuisance –  si important à leurs yeux – reste entier, qu'ils se rassurent donc. Mais il est une œuvre très insuffisante au regard du talent de sa réalisatrice, momentanément perdue – nous l'espérons – dans les limbes ouatées d'un cinéma par trop ronronnant.

Informations

Détails du Film Voyage à Yoshino (Vision)
Origine Japon Signalétique Tous Publics
Catégorie Film Genre Drame
Version Cinéma Durée 109 '
Sortie 28/11/2018 Reprise -
Réalisateur Naomi Kawase Compositeur Makoto Ozone
Casting Juliette Binoche - Masatochi Nagase - Takanori Iwata - Mari Natsuki - Minami
Synopsis Jeanne part pour le Japon à la recherche d'une plante médicinale rare. Lors de ce voyage, elle fait la connaissance de Tomo, un garde forestier, qui l'accompagne dans sa quête et la guide sur les traces de son passé. Il y a vingt ans, dans la forêt de Yoshino, Jeanne a vécu son premier amour.

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