Critique Chien de garde (Family First)

Chien de garde
Une variante aussi intéressante qu'audacieuse sur le thème de la famille dysfonctionnelle. De quoi être suffisamment attentif à l'œuvre future d'une réalisatrice au talent prometteur.

Verdict Note : Intéressant dans son ensemble. Intéressant dans son ensemble.

Par Sébastien LAMOTHE

Critique du Film

image1Premier long-métrage de la réalisatrice québécoise Sophie Dupuis, déjà remarquée pour ses courts, Chien de garde est le récit d'une famille dysfonctionnelle composée de JP, de son jeune frère Vincent, de leur mère Joe et de Mel, la fiancée de JP, tout ce petit monde vivant dans la promiscuité sous le même toit. Le titre anglais (Family first) est significatif des intentions et serait-on tenté de dire des obsessions avouées de la jeune cinéaste pour le thème de la famille et plus particulièrement de la fratrie, fascination dont elle croit devoir deviner l'origine dans son statut d'enfant unique. JP et Vincent rackettent les commerçants du quartier pour le compte de leur oncle Dany à qui ils remettent régulièrement le produit de leur recette. Tandis que Vincent est en proie à des accès de colère – et de violence – incontrôlés que JP tente tant bien que mal de contenir, que leur mère alcoolique multiplie les conquêtes d'un soir et que Mel peine à se faire accepter au sein de la famille jusqu'à devoir endurer au quotidien les remarques humiliantes de Joe et le comportement déplacé et intrusif de Vincent.

image2C'est ce fragile équilibre proche d'être mis en péril à tout instant qui participe au climat de tension du film et que cristallise le personnage borderline de Vincent. Son immaturité affective se manifestant aussi bien par son incapacité à gérer son sentiment de frustration – prompt à donner un coup de boule à un jeune homme qu'il vient lui-même de provoquer en train de discuter avec une jeune fille au cours d'une soirée – que par sa recherche permanente d'un lien d'affection exclusif avec son frère se traduisant par un comportement jaloux à l'encontre de Mel, immaturité entretenue par l'attitude irresponsable d'une mère elle-même à la dérive. La relation quasi incestueuse qu'elle accepte de se laisser imposer par son plus jeune fils – rejoignant sa couche tel un enfant, à la faveur de l'absence opportune du père – ne faisant que conforter ce dernier dans un schéma pathologique de relations sociales où l'autre n'existe que pour la seule satisfaction de ses pulsions. Chaque obstacle rencontré sur sa route est source d'un sentiment de frustration chez le jeune homme qui se manifeste par des accès de violence et une impulsivité sans frein.

Les relations triangulaires qui unissent et isolent à la fois les trois membres de la famille maintiennent le film dans un climat électrique aux accents de malaise.

image3L'oncle Dany semble justement tenir lieu de père à Vincent, un père auprès duquel il semble prêt à tout pour se faire valoir, signe d'une faille psychologique manifeste de sa personnalité – et qui dévoile en creux l'absence d'un référent mâle auquel il puisse s'identifier – dont l'homme saura tirer profit jusqu'à risquer de lui remettre une arme entre les mains afin d'exécuter un "contrat", malgré le désaccord de JP. Ce dernier se retrouve ainsi tiraillé entre le devoir qu'il s'impose de protéger son frère des dangers qui le guettent, en butte aux menaces de son oncle, et la volonté de se construire un avenir que ce soit d'un point de vue professionnel – on le voit suivre une formation et passer des examens au sein d'un centre d'apprentissage – ou familial – avec Mel. Le film met progressivement en place et de façon assez convaincante ses personnages et les éléments de la situation qui guident l'intrigue tout en conditionnant et/ou en conduisant à son dilemme central. Cependant, le ton réaliste du film – jusqu'au glauque – le dispute au genre du thriller et à une noirceur exploitée de façon malheureusement trop superficielle. Comme si sa réalisatrice hésitait entre deux voies menées parallèlement qui ne se rejoignent vraiment jamais tout à fait, alternant entre veine sociale et film noir, le personnage de Dany venant confirmer de manière bien inutile et en partie forcée le caractère toxique de l'environnement familial de JP sur son existence. En outre, le personnage de ce dernier apparaît quelque peu falot et sans envergure face au caractère outrancier de Vincent qui prend pour ainsi dire tout l'espace scénique disponible. Ses tentatives infructueuses pour apaiser les tensions existantes au sein de la cellule familiale alimentent cependant le sentiment d'empathie éprouvé par le spectateur à son égard tout en soulignant son désarroi dû à leur échec patent, et les relations triangulaires qui unissent et isolent à la fois les trois membres de la famille maintiennent le film dans un climat électrique aux accents de malaise.

Une variante aussi intéressante qu'audacieuse sur le thème de la famille dysfonctionnelle – comme incidemment sur celui de la fratrie – qui mérite d'être saluée malgré un manque d'unité formelle dommageable et une intrigue parfois flottante, emmenée par des acteurs habités par leur rôle jusque dans l'excès propre aux traits caractéristiques de leur personnage. De quoi être suffisamment attentif à l'œuvre future d'une réalisatrice au talent prometteur.

Informations

Détails du Film Chien de garde (Family First)
Origine Canada Signalétique Interdit aux moins de 13 ans
Catégorie Film Genre Drame
Version Cinéma Durée 87 '
Sortie 14/11/2018 Reprise -
Réalisateur Sophie Dupuis Compositeur
Casting Théodore Pellerin - Jean-Simon Leduc - Paul Ahmarani - Maude Guérin - Claudel Laberge
Synopsis JP vit avec son frère Vincent, sa mère Joe et sa fiancée Mel dans un petit appartement de Verdun, quartier de Montréal. Constamment sur le fil, JP tente de maintenir un équilibre tout relatif entre sa famille dont il se sent responsable, son travail de collecteur et le ménage qu'il entretient avec sa fiancée Mel.

Publicité Amazon - Soutenez Retro-HD

Publicité Google - Soutenez Retro-HD

Publicité Google - Soutenez Retro-HD

Publicité Amazon - Soutenez Retro-HD

Laissez un commentaire

Publicité Google - Soutenez Retro-HD

Dernières Critiques