Critique Sophia Antipolis

Sophia Antipolis
Sophia Antipolis, c'est le nom de ce territoire étrange entre la mer Méditerranée, la forêt et les montagnes. Sous un soleil aveuglant, des hommes et des femmes sont à la recherche d'un sens,d'un lien social,d'une communauté. Ils vont croiser le...

Verdict Note : Un très bon moment en perspective. Un très bon moment en perspective.

Par Sébastien LAMOTHE

Critique du Film

image1Une jeune fille disparaît du domicile de sa mère sans laisser de traces. Quelques temps plus tard, un vigile retrouve le corps carbonisé d'une jeune femme dans un hall d'immeuble. C'est sur ce motif relativement mince que s'appuie l'intrigue du film qui prend pour cadre la technopole de Sophia Antipolis, proche d'Antibes dans les Alpes-Maritimes, ville résidentielle fondée en 1969 au beau milieu de la garrigue de Valbonne destinée à devenir le pendant du quartier latin de province. Prétexte à une réflexion sur la solitude et le désespoir d'êtres qui semblent traverser tels des fantômes une ville déserte bâtie ex nihilo à l'image de ces villes champignons que l'on rencontre à proximité d'un gisement de pétrole ou de minerai – sans âme ni personnalité propre –  qui prend à certains moments les accents d'une rêverie. Ville sans racines qui abrite des êtres qui lui ressemblent: déracinés comme cette veuve venue d'Asie pour se marier et sans autre relation depuis la mort de son époux que son petit-fils qui lui rend visite de temps en temps, ayant perdue toute attache avec son pays d'origine, ou comme cette jeune fille n'ayant pas encore eu le temps de plonger ses racines suffisamment profondément dans la terre pour résister au vent changeant et parfois tempétueux de l'existence. Rêve de paillettes dorées et de luxe indiqué par ces boutiques de marques prestigieuses (Dior, Gucci, Chanel, Vuitton, …) et ces boîtes de nuit à l'entrée très sélective filmées en un travelling qui suit l'errance d'une camarade de classe amie de la disparue.

Le film de Virgil Vernier distille une poésie pessimiste à base de litanies catastrophistes sur un monde prêt de se laisser engloutir par la lumière éblouissante d'un soleil qui consume tout.

La caméra suit les personnages du film, les scrutant à distance dans leurs pérégrinations, cadre neutre et jeu minimaliste des acteurs sans jamais ou presque s'impliquer, laissant les évènements se dérouler sans intervenir, sans juger, soulignant un aspect documentaire qui participe du style du cinéaste (voir ses films précédents). Cependant que, comme son titre nous l'indique, la ville joue un rôle central dans la structuration de l'intrigue, d'abord dans son rôle de contraste avec les évènements décrits, ensuite dans le caractère oppressant qu'elle revêt, enserrant les personnages d'un carcan qui semble comme leur interdire de franchir ses limites, empêchant toute émancipation de leur part – pouvoir de rétention qui se manifeste de façon radicale à travers le destin tragique de Sophie. Libération et remède à la solitude qui en passent invariablement par la recherche du lien avec les autres. Qu'il s'agisse d'intégrer un groupe de réflexion sur la spiritualité en quête de réponses d'ordre surnaturel ou de former un groupe d'auto-défense sur le mode des milices privées pour pallier aux insuffisances et à l'impuissance de la police, chacun se confronte comme il peut à ses peurs, à ses angoisses, à travers le réseau qu'il a décidé de rejoindre. Communautarisme d'actualité qui sonne, en creux, comme un désaveu des structures sociales étatiques présumées établir et maintenir le lien entre les individus (école, justice, police, …). Cependant qu'une fois rentré chez soi, la porte fermée et les rideaux tirés, c'est la même solitude qui envahit l'âme, la même nuit qui tombe sur la terre et les mêmes ténèbres qui y établissent leur royaume, contrepoids au soleil éblouissant du sud qui darde ses rayons malins sur nous. Mais point de psychologie chez Virgil Vernier: plan fixe d'ensemble sur la mère s'apprêtant à aller se coucher, dépliant son clic-clac au milieu d'une pièce quasiment vide de meubles, encore encadrée par les éléments du décor, soulignant son isolement. Et puis, quelles intentions cache réellement l'initiateur de ce groupe de "parole" expert de l'hypnose dont l'air nous paraît pourtant sincère? De même, les arguments avancés par les membres de la milice pour justifier de l'expédition punitive entreprise à l'encontre d'un homme soupçonné d'actes pédophiles ainsi que la destruction d'un campement de fortune établi par des migrants nous laissent d'autant plus perplexes quant à leur bien-fondé – sans même évoquer le principe sujet à critique de la justice personnelle – que le spectateur ne bénéficie que du seul point de vue, sans contradiction, des protagonistes eux-mêmes.

Une violence sourde – qui ne se donne à voir qu'indirectement, via le filtre d'un jeu de rôles mis en place par le groupe simulant des situations diverses et variées de violence urbaine d'une façon particulièrement réaliste – et un climat malsain sous-tendent en effet tout le film. Qui expliquent que nous nous identifiions au personnage de Tarek à raison du trouble qui s'empare de lui et des doutes qui l'assaillent: ivre au bord de la piscine et se parlant à lui-même – le sentiment de solitude toujours, malgré l'atmosphère conviviale de franche camaraderie qui règne entre les invités – fuyant, paniqué, l'appartement qu'il vient d'investir de force avec ses coreligionnaires.

image3Faux film choral où les personnages n'en viennent à se croiser subrepticement qu'in extremis – le film alterne entre plusieurs intrigues parallèles, structure inspirée du roman de W. Faulkner Les Palmiers Sauvages – empruntant aux procédés du documentaire – détournant l'usage de la voix-off à des fins intimistes de confidences livrées par les personnages – Sophia Antipolis dresse le portrait inquiétant d'une société en perdition à la recherche désespérée de réponses à son malaise, atomisée en autant de groupes d'intérêt et de classes sociales qui ne se rencontrent et/ou ne se comprennent pas: les habitants du quartier résidentiel terrés dans leurs villas adressent une fin de non-recevoir aux deux femmes qui prospectent pour le compte de leur association tandis que le vigile qui a découvert le corps de la jeune fille chasse manu militari sa camarade de classe venue lui rendre un dernier hommage en brûlant un cierge à sa mémoire sur le lieu où elle a été retrouvée. S'il touche surtout à l'intellect, d'une sobriété glaçante et d'un constat terrassant sur l'état de notre société et des relations qui la traversent, le film de Virgil Vernier distille une poésie pessimiste à base de litanies catastrophistes sur un monde prêt de se laisser engloutir par la lumière éblouissante d'un soleil qui consume tout. De la futilité de l'existence humaine. Remuant dans l'épreuve: c'est encore la vie malgré tout.

Informations

Détails du Film Sophia Antipolis
Origine France Signalétique Tous Publics
Catégorie Film Genre Drame
Version Cinéma Durée 98 '
Sortie 31/10/2018 Reprise -
Réalisateur Virgil Vernier Compositeur James Ferraro
Casting Dewi Kunetz - Hugues Njiba-Mukuna - Sandra Poitoux - Bruck - Lilith Grasmug
Synopsis Sophia Antipolis, c'est le nom de ce territoire étrange entre la mer Méditerranée,la forêt et les montagnes. Sous un soleil aveuglant, des hommes et des femmes sont à la recherche d'un sens,d'un lien social,d'une communauté. Ils vont croiser le destin d'une jeune fille disparue.

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