Critique Rojo

Rojo
Un plongeon dans les années 70, au cœur d’une petite ville dont la tranquillité pesante n’existe qu’au prix de l’abstraction et du silence. Un portrait en filigrane d’un pays en proie à la dictature, dans une œuvre efficace à l’humour...

Verdict Note : Un très bon moment en perspective. Un très bon moment en perspective.

Par Pierre LARVOL

Critique du Film

Rojo, troisième film du réalisateur argentin Benjamin Naishtat, a su se faire remarquer lors du Festival du Film de San Sebastian avec pas moins de trois prix remportés. Projetée pour la première fois en France à Bordeaux, à l’occasion du FIFIB, l’œuvre confirme ses arguments. Un plongeon dans les années 70, au cœur d’une petite ville dont la tranquillité pesante n’existe qu’au prix de l’abstraction et du silence. Un portrait en filigrane d’un pays en proie à la dictature, dans une œuvre efficace à l’humour noir et décalé.

Derrière ses allures de western, avec ses confrontations verbales et ses regards échangés, Rojo brille notamment par sa réalisation.

En Argentine, dans les années 70, un avocat d’une petite ville endormie voit rouge : bercé jusqu’ici dans une tranquillité apparente, l’arrivée d’un détective privé va changer son quotidien. Habitué à l’impunité, jouant des codes dans une société malléable et sans scrupule, il souffre de voir cet étranger fouiller dans une affaire où il trempe pleinement. Le scénario, écrit par Benjamin Naishtat, relate par le prisme de cette ville, une époque vécue en Argentine : la dictature militaire, avec son triste lot de disparitions. L’écriture ne fait qu’effleurer le contexte, le présentant plutôt comme une toile de fond, préférant axer son récit sur l’implication indirecte de la société civile dans cet événement. Un portrait finalement collectif, qui s’attarde sur plusieurs classes sociales : de la plus haute, avec le personnage incarné par l’excellent Dario Grandinetti, à la plus petite. On baigne dans une société où le mal, à la faveur d’un contexte particulier, règne. Pourtant, en apparence en tout cas, tout va bien. Disparaître n’a rien d’anormal et voler n’est pas sanctionné.

Un récit tout en tension, fait du quotidien et pourtant habité par quelque chose de latent. Derrière ses allures de western, avec ses confrontations verbales et ses regards échangés, Rojo brille notamment par sa réalisation. Le film possède une photographie soignée, qui capte de manière référentielle une reconstitution des années 70. Une image esthétique, jouant avec la métaphore avec ses grands espaces vides, du désert à la plage. La bande-son, réussie, contribue également à donner un sentiment de malaise, dans une nuance qui caractérise le film.

Œuvre réfléchie, Rojo dépeint avec une certaine singularité l’hypocrisie d’une ville qui tire profit d’un contexte en devenir : celui de la dictature. Les convictions politique et religieuse trouvent une limite face à l’impunité d’une situation où le crime est sans châtiment : la lente et passionnante délitescence d’une société. Un polar décalé et très bien incarné qui mérite assurément le coup d’œil.

Informations

Détails du Film Rojo
Origine Argentine Signalétique Tous Publics
Catégorie Film Genre Comédie - Thriller - Polar
Version Cinéma Durée 109 '
Sortie 31/12/2018 Reprise -
Réalisateur Compositeur
Casting Dario Grandinetti
Synopsis En Argentine, au milieu des années 70, un avocat dont la vie en apparence parfaite va commencer à s’effriter avec l’irruption d’un détective privé dans sa petite ville semblant tranquille en surface.

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