Critique Halloween

Halloween
Au lieu de dénaturer l’œuvre originale, le film de Green en est la parfaite continuité, respectueuse mais aussi téméraire quand il le faut...

Verdict Note : Un très bon moment en perspective. Un très bon moment en perspective.

Par Thomas ARTEMNIAK

Critique du Film

La saga Halloween est un pilier du cinéma d'horreur. John Carpenter, avec le film de 1978, changeait la donne en créant un croquemitaine fabuleusement terrifiant, et la première héroïne qui survit au Mal absolu à la fin du film. Cette oeuvre, 40 ans plus tard, fait encore office de mètre-étalon du genre. Même si les 10 autres films sont de qualité très inégale, exception faite du reboot de la saga initié par Rob Zombie, avec brio d'ailleurs, en 2000, en reprenant les scénarios des deux premiers films et en leur apportant une fraîcheur très gore, comme il en a le secret. Mais qu'en est-il de cette cuvée 2018 ? Ce nouvel opus respecte -t-il l'oeuvre initiale, comme promis ? Comment se positionne-t-il par rapport au reste de la saga ? Et surtout fallait-il le faire ?


La réponse à cette dernière question est un grand oui. Ce film prend le parti de se positionner comme si tous les autres, mis à part le premier, n'avaient pas existé, et qu'il s'agissait d'une suite directe mais 40 ans plus tard, et c'est là tout le génie de l'idée. Que s'est-il passé pendant ces 40 années, comment Laurie Strode, la proie de Michael Myers a-t-elle évolué psychologiquement? Quelle a été sa vie depuis les événements terrifiants de 1978 ? Quelles sont les séquelles laissées par un tel traumatisme ?

Au lieu de dénaturer l’œuvre originale, le film de David Gordon Green en est la parfaite continuité, respectueuse mais aussi téméraire quand il le faut...

Autant de questions qui trouveront une réponse dans ce nouvel Halloween, produit cette fois par Malek Akkad, le fils de Moustapha Akkad producteur de l'original, Jason Blum le wonderboy du film d'horreur et le grand John Carpenter lui-même. En effet, Big John a été consulté à toutes les étapes du film et notamment sur le tournage, son aval étant le garant du respect et de la qualité du film. Et sa présence se sent dans chaque plan, sa signature est prégnante, aidée en cela par le fait qu'il fait également office de compositeur avec son fils et son filleul. Ainsi, il reprend le thème mythique, presque bestial et binaire du film original, tout en y ajoutant des éléments modernes et de nouveaux sons, se calquant parfaitement sur la réalisation très inspirée de David Gordon Green, réalisateur mais aussi coscénariste et producteur du film.


On retrouve avec bonheur l’ambiance d’Halloween et les rues d’Haddonfield, droites, larges et bordées de maisons et d’arbres, un générique scrupuleusement identique à son modèle mais inversé, des écrans de titre identiques et même un titre identique. Le film ne s'appelle effectivement pas Halloween 2 mais bien Halloween, aucune distinction n'est faite pour le différencier. On assiste à la suite directe, à la deuxième partie d'un même film, qui aurait pris une pause de 40 ans.


La parenté avec l'original de 1978 est assez troublante, mais Green ne fait pas que calquer son modèle. Il apporte sa touche également, et le fait qu'il soit un réalisateur touche-à-tout, - il est passé de la comédie lourdingue Votre Majesté à un drame poignant comme Stronger, - un réalisateur qui n'a jamais réalisé de film d'horreur, ce qui lui permet d'offrir une vision de l'épouvante et de la peur tout à fait nouvelle, la rendant encore plus impressionnante par une réalisation qui évite les fioritures et les effets de caméra dans tous les sens. On revient au cinéma de "papa", avec plans fixes, travellings et quelques plans à la steadycam. Michael Myers est toujours en forme malgré ses 61 ans et bouge encore de cette manière spécifique, qui le rend si inquiétant, instaurée par son premier interprète Nick Castle, qui officiait sur le tournage comme consultant "artistique". Bien entendu, il n'a toujours pas dit un mot et n'a pas changé de comportement d'un iota.


Ce n'est pas le cas de Laurie Strode, qui, elle, est devenue une femme seule, qui a perdu la garde de sa fille et vit recluse dans une ferme, en s'entraînant et se préparant au retour de son vieil ennemi. Sa rencontre avec le croquemitaine l'a transformée en guerrière badass, une sorte de Sarah Connor version Terminator 2, persuadée qu'une ultime rencontre aura lieu un jour et devant protéger et préparer au mieux sa famille à cet événement.  Tous les personnages secondaires sont bien sentis et apportent une vraie richesse au film, on reconnait là la qualité du travail de casting de BlumHouse. Un tas de bonnes idées donc, qui font mouche et cela dans le plus grand respect de l’œuvre originale. On peut voir que John Carpenter a veillé au grain et qu’il a été religieusement écouté. Au lieu de dénaturer l’œuvre originale, le film de David Gordon Green en est la parfaite continuité, respectueuse mais aussi téméraire quand il le faut, à l'instar de cette fabuleuse séquence d'introduction, toute en tension grandissante qui se termine sur un point paroxysmique, aussitôt remplacé par un cut et l’apparition du titre et du célèbre générique: l’ambiance est donnée, rien n'a changé, Myers est capable de nous terrifier sans même bouger ni parler. Mais ne vous y fiez pas, les meurtres seront d’une violence assez inouïe, même si l’on sent le regard de Carpenter là-dessus, et que le pire se passe hors-champ. Malgré tout, grâce aux superbes maquillages de Christopher Nelson, dont le travail sur Suicide Squad et The Walking Dead est reconnu par ses pairs, Gordon Green nous gratifie de quelques cartes postales-souvenirs bien corsées, des images de meurtre stylisées, qui marquent profondément la rétine et l’esprit, comme aimait le faire Maître Carpenter.


Tout cela crée un film étrange, étonnant à bien des égards, qui est assez difficile à classer. Il s’agit à la fois d’un film d’horreur moderne à la production de qualité, mais tourné comme un film à tout petit budget, sur une période très courte de 28 jours, tout comme l’original. Mais il représente aussi un immense hommage au cinéma d'horreur des années 70, aux slashers en général, et bien sûr à Halloween en particulier. On sent dans chaque plan, la déférence et le respect du matériau original, c’est clairement un film de fans pour les fans. Force est de reconnaître que c’est réussi et que vous en aurez pour votre argent, car vous aurez tout simplement l’impression de retrouver des vieux copains de 40 ans...Halloween 1978 et Halloween 2018 sont un seul et même film, en deux parties, à la façon de l’adaptation de Ça de Stephen King.

Informations

Détails du Film Halloween
Origine Etats Unis Signalétique Interdit aux moins de 12 ans
Catégorie Film Genre Thriller - Horreur - Epouvante
Version Cinéma Durée 109 '
Sortie 24/10/2018 Reprise -
Réalisateur David Gordon Green Compositeur John Carpenter
Casting Will Patton - Jamie Lee Curtis - Judy Greer
Synopsis Laurie Strode est de retour pour un affrontement final avec Michael Myers, le personnage masqué qui la hante depuis qu’elle a échappé de justesse à sa folie meurtrière le soir d’Halloween 40ans plus tôt.

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