Critique I Feel Good

I Feel Good
Comédie sociale et militante, assurément dans son temps, le film avance entre acidité, loufoquerie et bienveillance, l'idée d’une possible alternative à l’individualisme exacerbé.

Verdict Note : Un très bon moment en perspective. Un très bon moment en perspective.

Par Pierre LARVOL

Critique du Film

Après le touchant Saint-Amour, le tandem Kervern-Delépine revient avec une nouvelle comédie douce-amère, dans l’air du temps : une œuvre politico-poétique. Une occasion pour les réalisateurs de retrouver à l’image l’actrice belge Yolande Moreau, qui atteint avec ce film sa troisième collaboration avec le duo, et de tourner pour la première fois avec Jean Dujardin. Sans perdre le ton subversif qui caractérise le cinéma des deux compères, I Feel Good semble plus apaisé et accessible : un plongeon à la fois triste et joyeux, tantôt corrosif, tantôt subtil, dans un univers dont le surréalisme ne met qu’en exergue la véracité de son sujet.

Drôle et simple, très bien incarné et réalisé, le film propose une originale plongée dans cet univers de marginaux, où le lendemain de la désillusion du rêve communiste affronte les dérives du capitalisme.

Jacques (Jean Dujardin) n’a qu’une idée depuis toujours : devenir riche. Grand rêveur, le travail ne l’a jamais passionné ; à plus de quarante ans il n’a pour ainsi dire rien accompli malgré ses ambitions. Alors que ses parents étaient communistes, lui a toujours été un capitaliste convaincu. Un beau jour, alors qu’il n’avait pas donné de nouvelles depuis longtemps, Jacques réapparaît dans la vie de sa sœur : il souhaite essayer sa dernière trouvaille dans la communauté Emmaüs que dirige Monique (Yolande Moreau). Des retrouvailles familiales sous la forme d’une confrontation, celle de deux mondes. Film riche dans son écriture (moins dans ses péripéties), réellement parsemé d’humour et de scènes touchantes, I Feel Good cultive ses savoureux dialogues. Eminemment politique, le discours s’articule autour d’une éventuelle alternative au monde économique actuel, dont Emmanuel Macron représente une incarnation : l’œuvre fait front au capitalisme sans réserve, qui accumule et jette. C’est là où brille certainement le plus le film du duo, dans son évocation du marginal autant par l’humain que le cadre. On découvre une communauté soudée, où l’important s’attache au bien-vivre ensemble, autant dans le travail que dans l’intimité. Jacques, face à ce monde qu’il souhaite réorganiser pour l’adapter à sa vision du toujours plus clinquant, reste obnubilé par sa quête alors qu’au fond, il possède là déjà beaucoup.

Si le texte est utopique, il contribue cependant à la poésie du film. Fable d’une autre société peut-être moins individualiste, l’œuvre s’affranchit de la représentation visuelle du contemporain pour plutôt s’intéresser à ce monde bric-à-brac, où chacun construit son univers avec des objets de seconde main. Une communauté de la seconde chance au final, loin des apparences et des jugements. La réalisation, à ce titre, est certainement la plus aboutie du tandem : les plans sont magnifiquement construits, accordant notamment une réelle importance à la question des échelles de grandeur. L’Homme et son monde, encore et toujours. L’image parle, dans le cas de ce film, autant que son texte : la scène où Jacques, en peignoir, marche à contre-sens d’une grande route par exemple fait évidemment sens dans la construction du personnage. Jean Dujardin, brillant dans ce rôle de raté prétentieux, nous offre une prestation très réussie. De même, Yolande Moreau se montre touchante, partagée entre rires et larmes. Malgré un ensemble bien tenu par les différents acteurs, on reprochera au film une légère baisse de rythme dans son milieu, en raison d'un aspect répétitif, avant une conclusion bien sentie.

Comédie sociale et militante, assurément dans son temps, le film avance entre acidité, loufoquerie et bienveillance, l'idée d’une possible alternative à l’individualisme exacerbé. Drôle et simple, très bien incarné et réalisé, le film propose une originale plongée dans cet univers de marginaux, où le lendemain de la désillusion du rêve communiste affronte les dérives du capitalisme. Conservant le ton singulier du tandem Kevern-Delépine, I Feel Good est un film qui fait du bien.

Informations

Détails du Film I Feel Good
Origine France Signalétique Tous Publics
Catégorie Film Genre Comédie
Version Cinéma Durée 103 '
Sortie 26/09/2018 Reprise -
Réalisateur Gustave Kervern - Benoît Delépine Compositeur
Casting Jean Dujardin - Yolande Moreau
Synopsis Monique dirige une communauté Emmaüs près de Pau. Après plusieurs années d’absence, elle voit débarquer son frère, Jacques, un bon à rien qui n’a qu’une obsession : trouver l’idée qui le rendra riche. Plus que des retrouvailles familiales, ce sont deux visions du monde qui s’affrontent.

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