Critique CoinCoin et les Z'Inhumains

CoinCoin et les Z'Inhumains
Pour Dumont, comme il l'a assez souvent expliqué, il ne s'agit pas de filmer le réel ou de le reproduire, mais de s'en servir pour filmer ce qui se trouve derrière, à l'intérieur des choses. Au fur et à mesure de la série, une accélération comique...

Verdict Note : Un très bon moment en perspective. Un très bon moment en perspective.

Par David Speranski

Critique de la Série

On était resté sidéré devant l'OVNI sériel P'tit Quinquin de Bruno Dumont. A part peut-être Twin Peaks de Mark Frost et David Lynch, sans doute n'existe-t-il pas de série plus bizarre et hors cadre. Avec cette série, consacrée aussi pour ses pures qualités cinématographiques, Dumont renouvelait totalement la nature de son œuvre et surtout changeait de ton et de style, mêlant avec réussite le comique et le dramatique, l'absurde et le métaphysique, alors qu'auparavant, il avait surtout joué sur la corde tragique. Quand une suite a été annoncée à P'tit Quinquin, une certaine angoisse se faisait jour. Allait-on retrouver pareille réussite dans cette continuation?

Pour Dumont, comme il l'a assez souvent expliqué, il ne s'agit pas de filmer le réel ou de le reproduire, mais de s'en servir pour filmer ce qui se trouve derrière, à l'intérieur des choses. Au fur et à mesure de la série, une accélération comique et dramatique s'effectue, ce qui la fait entrer dans une logique carnavalesque qui résout toutes les contradictions et oppositions.

P'tit Quinquin a donc grandi. Quatre ans se sont passés. Il s'est transformé de jeune enfant à adolescent dans la fleur de l'âge et a troqué son surnom contre un autre encore plus ridicule, CoinCoin.  Avec son copain, le Gros, il continue à traîner dans les rues de son village et à faire des bêtises. Quant au commandant Van der Weyden et son lieutenant Carpentier, ils doivent faire face à une menace extra-terrestre venue d'ailleurs...

L'effet de surprise a bien entendu disparu mais Dumont n'a absolument pas cherché à dupliquer sa première saison. Il a bien au contraire cherché à partir encore plus loin dans le délire, l'absurde et l'aberration. Ceux qui n'aimaient pas P'tit Quinquin n'aimeront pas davantage CoinCoin. Ceux qui avaient adoré la première saison ont en revanche de sérieuses chances d'adorer la seconde, tant Dumont s'est sans doute adressé aux fans "hardcore" de la série.

La série fonctionne essentiellement par un comique de répétition très prononcé. Ainsi, ce n'est pas une fois ni deux mais bien dix fois ou plus que l'on verra le lieutenant Carpentier conduire sa voiture sur deux roues. Idem pour le liquide visqueux qui tombera de nulle part sur les pauvres habitants du village de CoinCoin ou encore les duplications extra-terrestre où chaque personne atteinte "accouchera "' de son double. Car CoinCoin et les Z'Inhumains représente l'étrange synthèse de La Soupe aux Choux du regretté et inénarrable Jean Girault, le metteur en scène de prédilection de Louis De Funès, et de L'Invasion des profanateurs de sépulture de Don Siegel. Si on n'est pas sensible à ce comique de répétition, de plus en plus hilarant, on passera forcément à côté de la série.   

Alors que Dumont flirtait avec la métaphysique et l'énigme du Mal, il met en scène un dilemme plus terre-à-terre mais non moins intéressant: qu'est-ce qui constitue en définitive notre humanité? Et surtout l'inhumain? Qu'est-ce qui peut les différencier? A cet égard, le commandant Van Den Weyden  est un véritable phénomène en soi, s'exprimant avec des borborygmes et des mimiques inimitables et finira par se retrouver face à son double, sans que son fidèle lieutenant puisse effectivement les distinguer l'un de l'autre.  

La série fonctionne donc comme dans la première saison sur l'alternance entre P'tit Quinquin/CoinCoin et le tandem comique de policiers. De son côté, CoinCoin sera confronté à la rupture sentimentale (sa petite amoureuse, Eve s'est convertie au lesbianisme) et à l'apparition de migrants étrangers dans son village. Dumont insère dans sa fiction ces thèmes d'actualité mais ne cherche pas à les exploiter outre mesure ou à porter un quelconque jugement. Les migrants, par exemple, sont là et ne sont filmés ni avec crainte ou empathie, ce qui change des fictions qui cherchent forcément à dresser un portrait louangeur ou négatif de ces entités communautaires. Pour Dumont, comme il l'a assez souvent expliqué, il ne s'agit pas de filmer le réel ou de le reproduire, mais de s'en servir pour filmer ce qui se trouve derrière, à l'intérieur des choses. Au fur et à mesure de la série, une accélération comique et dramatique s'effectue, ce qui la fait entrer dans une logique carnavalesque qui résout toutes les contradictions et oppositions. La parade finale sur la musique du leitmotiv de la première saison " Cause I knew"' est ainsi un grand moment de cinéma, tout simplement, justifiant presque à lui seul cette saison 2, où Dumont réconcilie le comique et l'horreur, et se permet même à la toute fin un clin d'œil, via un effet spécial, à Game of Thrones, ce que l'on n'aurait jamais cru possible de sa part.  CoinCoin est sans doute une étape nécessaire qui lui permettra de repartir du côté du tragique, comme son nouveau projet, Jeanne, suite de Jeannette, semble l'indiquer.

Informations

Détails de la Série CoinCoin et les Z'Inhumains
Origine France Signalétique Tous Publics
Catégorie Série Genre Comédie - Fantastique
Version TV Durée 240 '
Sortie 20/09/2018 Reprise -
Réalisateur Bruno Dumont Compositeur
Casting
Synopsis Suite à la découverte inexpliquée d’un magma extraterrestre, Quinquin, qui se fait désormais appeler Coin Coin, et les inspecteurs Roger Van der Weyden et Rudy Carpentier se retrouvent embarqués dans une nouvelle et folle aventure policière et existentielle…

Publicité Amazon - Soutenez Retro-HD

Publicité Google - Soutenez Retro-HD

Publicité Google - Soutenez Retro-HD

Publicité Amazon - Soutenez Retro-HD

Laissez un commentaire

Publicité Google - Soutenez Retro-HD

Dernières Critiques